BARON & BARON > CARNETS & RÉCITS DE VOYAGES > INDE > 2004 [ENVOLS SUR L'HIMALAYA] 4e PARTIE, SRI NAGAR
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LISEZ LES RÉCITS DE VOYAGE EN INDE 2003'04 [DU GANGE AU BENGALE], 1999 [AU RAJASTHAN], 1997'98 [SUR LA ROUTE DE GOA] & 1995 [UNE ENFANCE AU CACHEMIRE]
Récit de voyage rédigé par Claude Abou Chedid pour Baron & Baron. 
4e partie du voyage, le Srinagar
Pour en savoir plus concernant les lieux visites, consultez notre page consacree au Jammu & Cachemire

 

Inde août 2004, 4e partie: Srinagar

Jour XI, 18’08’04 : Srinagar
Il nous faut laisser Leh à ces cimes et à son peuple si souriant. Nous nous envolons pour Srinagar.
Après un survol de cols enneigés de l’Himalaya surplombant la région du Zanskar, nous atterrissons à Srinagar. La traversée de la ville nous sert le cœur. On ressent une ambiance de guerre larvée. Un goût de déjà vu durant une période de la guerre du Liban. Des visages austères et graves vont et viennent. Les femmes sont pour la plupart voilées. Les quartiers ont des allures de bidonvilles sans aucun charme. Peu d’enfants dans les rues mais une armada de militaires en tenue de combat. De la fenêtre des bus on entrevoit des visages soucieux, graves. Aucune douceur de vivre, beaucoup d’interrogations se devinent. Nous prenons un sikara, sorte de petite barque qui nous conduit à notre house boat, le Royal Palace. La traversée du lac fait office de porte vers le paradis. En effet, après l’enfer des embouteillages et l’atmosphère pesante de la ville, nous nous retrouvons sur le lac Dal, dans un parterre de fleur de lotus roses. Les montagnes protectrices entourent le lac et la série de house boats en bois sculptés orne les rives.

Srinagar: bois sculptes de notre house boat sur la Lac Dal
Nous avons l’impression d’être des maharadjahs aux pays des lotus. Le house boat est orné dans sa totalité de bois sculptés. Le décor est on ne peut plus chargé et riche. Tout n’est que tentures, tapis, boiseries sombres et sculptées, lustres de cristal bien lourd. Le maître d’hôtel stylé, Habib, nous convie à déjeuner avec beaucoup de pompe. Le service est impeccable, avec ce service on se croirait dans un film de Visconti. Le thé est siroté sur la terrasse. Vautrés sur les coussins sous la tonnelle en bois sculptés, nous sommes bercés par le gazouillement des nombreux oiseaux, nos regards perdus dans les lotus.
Plus tard, une promenade en sikara sur le lac parmi les lotus nous permet d’admirer la diversité des oiseaux présents au Cachemire. Néanmoins je ressens une certaine désolation dans les alentours des différents lacs se jouxtant les uns les autres. La plupart des house boat sont délaissés et les herbes folles se sont permit d’envahir les marches d’accès. La beauté des fleurs de lotus et la présence imposante des montagnes me fait oublier mes sensations.
 

Srinagar: une sikara parmi les fleurs de lotus
Jour XII, 19’08’04 : Srinagar
Le marché aux légumes - équivalent des halles - a lieu sur une partie protégée du lac. Il est 5h30 du matin, l’aube laisse un voile sur les sommets des montagnes. Les barques se bousculent, il n’y a que des hommes en tenue cachemirie. Certains reviennent de la prière d’autres une fois leurs légumes vendus s‘apprêtent à retourner à la mosquée. Je suis mal à l’aise, les visages barbus, bien que beaux, sont agressifs. Ce paradis ne semble plus qu’un paradis perdu, oublié des dieux. Il y règne une atmosphère lourde. Est-ce la présence constante des militaires ou les chants incessants s’échappant des mosquées ? Les jardins de Shalimar regorgent de plantes et de fleurs de toutes sortes. Ils sont néanmoins tristes. Même les Indiens en villégiatures n’ont pas l’air bien gais, ils viennent à Srinagar à la recherche de leur souvenir des années fastes perdues.


Srinagar: marche flottant
Les journées passent et se ressemblent sur les house boats de Srinagar. De temps en temps, le silence est interrompu par le plongeon d’un canard ayant perdu l’équilibre sur sa feuille de lotus où encore le passage d’une barque ramenant à la maison son propriétaire. Une certaine lassitude, mélange d’habitudes routinières se lit sur les visages. Je n’y ai jamais rencontré une expression de gaieté. Aucun pétillement dans le regard. Des habitants qui aspirent trop à l’indépendance au risque de se voir engloutis par l’un des pays avoisinants. Un islamisme montant en flèche qui ne laisse aucune place aux autres religions. Je n’y vois aucune définition du Paradis. Je laisse Srinagar à son calme provisoire tout en me demandant pour combien de temps les oiseaux continueront à gazouiller parmi les champs de lotus sur le lac Dal.
Sortir de Srinagar n’est pas une mince affaire. Après un nombre incalculable de fouilles et un retard de plus de deux heures nous décollons enfin.
Retour sur Delhi. Aucune surprise, c’est un retour en terrain conquis. La guesthouse, La Sagrita, nous accueille comme des connaissances de longue date.


Srinagar: marche flottant
Jour XIII, 20’08’04 : Delhi
Après une bonne nuit assez chaude (35°), bien loin de la fraîcheur du nord, nous allons découvrir le Tibet Camp. Grande déception. C’est un amas de bicoques sans aucun charme. Des mendiants pullulent dans les ruelles tandis que des voyous aux yeux bridés jouent aux dés. Nous quittons ce lieu rapidement pour nous retrouver sur Connaught place. Nous traînons dans les marchés de Delhi qui n’ont plus de secrets pour nous en attendant le vol de retour.
Je ne m’explique pas cet attachement pour ce pays, pour ce peuple. Je ne peux lui dire adieu, ce sera donc comme à l’accoutumé un simple «au revoir» ou plutôt un «à bientôt»!

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2005, Claude Abou Chedid (texte), 2004, Claude Abou Chedid, Sary Tadros dit Stad (photos), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS