| Récit
de voyage rédigé par Claude Abou Chedid pour Baron
& Baron. |
4e
partie du voyage, le Srinagar
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| Pour
en savoir plus concernant les lieux visites, consultez notre page consacree
au Jammu & Cachemire |
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Inde août 2004, 4e partie:
Srinagar
Jour XI, 18’08’04 : Srinagar
Il nous faut laisser Leh à ces cimes et à son peuple si souriant.
Nous nous envolons pour Srinagar.
Après un survol de cols enneigés de l’Himalaya surplombant
la région du Zanskar, nous atterrissons à Srinagar. La traversée
de la ville nous sert le cœur. On ressent une ambiance de guerre larvée.
Un goût de déjà vu durant une période de la guerre
du Liban. Des visages austères et graves vont et viennent. Les femmes
sont pour la plupart voilées. Les quartiers ont des allures de bidonvilles
sans aucun charme. Peu d’enfants dans les rues mais une armada de militaires
en tenue de combat. De la fenêtre des bus on entrevoit des visages soucieux,
graves. Aucune douceur de vivre, beaucoup d’interrogations se devinent. Nous
prenons un sikara, sorte de petite barque qui nous conduit à notre
house boat, le Royal Palace. La traversée du lac fait office de porte
vers le paradis. En effet, après l’enfer des embouteillages et l’atmosphère
pesante de la ville, nous nous retrouvons sur le lac Dal, dans un parterre
de fleur de lotus roses. Les montagnes protectrices entourent le lac et la
série de house boats en bois sculptés orne les rives.
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Srinagar: bois sculptes de notre
house boat sur la Lac Dal
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Nous avons l’impression d’être
des maharadjahs aux pays des lotus. Le house boat est orné dans sa
totalité de bois sculptés. Le décor est on ne peut
plus chargé et riche. Tout n’est que tentures, tapis, boiseries sombres
et sculptées, lustres de cristal bien lourd. Le maître d’hôtel
stylé, Habib, nous convie à déjeuner avec beaucoup de
pompe. Le service est impeccable, avec ce service on se croirait dans un film
de Visconti. Le thé est siroté sur la terrasse. Vautrés
sur les coussins sous la tonnelle en bois sculptés, nous sommes bercés
par le gazouillement des nombreux oiseaux, nos regards perdus dans les lotus.
Plus tard, une promenade en sikara sur le lac parmi les lotus nous permet
d’admirer la diversité des oiseaux présents au Cachemire.
Néanmoins je ressens une certaine désolation dans les alentours
des différents lacs se jouxtant les uns les autres. La plupart des
house boat sont délaissés et les herbes folles se sont permit
d’envahir les marches d’accès. La beauté des fleurs de lotus
et la présence imposante des montagnes me fait oublier mes sensations.
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Srinagar: une sikara parmi les fleurs
de lotus
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Jour XII, 19’08’04 : Srinagar
Le marché aux légumes - équivalent des halles - a
lieu sur une partie protégée du lac. Il est 5h30 du matin,
l’aube laisse un voile sur les sommets des montagnes. Les barques se bousculent,
il n’y a que des hommes en tenue cachemirie. Certains reviennent de la prière
d’autres une fois leurs légumes vendus s‘apprêtent à retourner
à la mosquée. Je suis mal à l’aise, les visages barbus,
bien que beaux, sont agressifs. Ce paradis ne semble plus qu’un paradis perdu,
oublié des dieux. Il y règne une atmosphère lourde. Est-ce
la présence constante des militaires ou les chants incessants s’échappant
des mosquées ? Les jardins de Shalimar regorgent de plantes et de
fleurs de toutes sortes. Ils sont néanmoins tristes. Même les
Indiens en villégiatures n’ont pas l’air bien gais, ils viennent à
Srinagar à la recherche de leur souvenir des années fastes
perdues.
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Srinagar: marche flottant
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Les journées passent
et se ressemblent sur les house boats de Srinagar. De temps en temps, le
silence est interrompu par le plongeon d’un canard ayant perdu l’équilibre
sur sa feuille de lotus où encore le passage d’une barque ramenant
à la maison son propriétaire. Une certaine lassitude, mélange
d’habitudes routinières se lit sur les visages. Je n’y ai jamais rencontré
une expression de gaieté. Aucun pétillement dans le regard.
Des habitants qui aspirent trop à l’indépendance au risque de
se voir engloutis par l’un des pays avoisinants. Un islamisme montant en
flèche qui ne laisse aucune place aux autres religions. Je n’y vois
aucune définition du Paradis. Je laisse Srinagar à son calme
provisoire tout en me demandant pour combien de temps les oiseaux continueront
à gazouiller parmi les champs de lotus sur le lac Dal.
Sortir de Srinagar n’est pas une mince affaire. Après un nombre
incalculable de fouilles et un retard de plus de deux heures nous décollons
enfin.
Retour sur Delhi. Aucune surprise, c’est un retour en terrain conquis.
La guesthouse, La Sagrita, nous accueille comme des connaissances de longue
date.
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Srinagar: marche flottant
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Jour XIII, 20’08’04 : Delhi
Après une bonne nuit assez chaude (35°), bien loin de la fraîcheur
du nord, nous allons découvrir le Tibet Camp. Grande déception.
C’est un amas de bicoques sans aucun charme. Des mendiants pullulent dans
les ruelles tandis que des voyous aux yeux bridés jouent aux dés.
Nous quittons ce lieu rapidement pour nous retrouver sur Connaught place.
Nous traînons dans les marchés de Delhi qui n’ont plus de secrets
pour nous en attendant le vol de retour.
Je ne m’explique pas cet attachement pour ce pays, pour ce peuple. Je ne
peux lui dire adieu, ce sera donc comme à l’accoutumé un simple
«au revoir» ou plutôt un «à bientôt»!
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