BARON & BARON > CARNETS & RÉCITS DE VOYAGES > INDE > 2004 [ENVOLS SUR L'HIMALAYA] 3e PARTIE, LE LADAKH
LISEZ LA 1ere PARTIE (DELHI) , LA 2e PARTIE (AMRITSAR) & LA 4e PARTIE (SRINAGAR) DU RÉCIT DE VOYAGE
LISEZ LES RÉCITS DE VOYAGE EN INDE 2003'04 [DU GANGE AU BENGALE], 1999 [AU RAJASTHAN], 1997'98 [SUR LA ROUTE DE GOA] & 1995 [UNE ENFANCE AU CACHEMIRE]
Récit de voyage rédigé par Claude Abou Chedid pour Baron & Baron. 
3e partie du voyage, le Ladakh
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Le Ladakh du futur, Jérôme Saglio (texte), Jean-Baptiste Rabouan (photos), Grands Reportages, 298, novembre 2006
Pour en savoir plus concernant les lieux visites, consultez notre page consacree au Jammu & Cachemire
A suivre: Srinagar

 

Inde août 2004, 3e partie: le Ladakh

55 minutes d’un vol spectaculaire: survol de sommets de montagnes enneigées; bouche bée devant tant de beauté, nos rêves d’enfants semblent pouvoir se réaliser, celui de toucher la pointe des montagnes. Une forêt de cimes s’étend à l’infini. C’est alors qu’apparaît au loin la piste de l’aéroport de Leh, notre destination. Mais comment y atterrir à partir de ce couloir de montagnes? Nous contournons un autre massif montagneux en passant par un couloir rocheux, l’appareil devant rester penché au risque qu’une de ses ailes touchent les parois. C’est effrayant, mais la beauté des lieux et l’excitation du moment nous font oublier le danger. Soudain nous entendons les gaz envoyés à fond et l’appareil vire à 180°. C’est hallucinant, la descente se fait alors très rapidement. Il faudra du temps au pilote pour immobiliser l’appareil. [pour voir les photos de ce vol et de son atterrissage sur Leh, cliquez ici]
Nous découvrons les alentours de Leh, poussiéreux et très peu verdoyants, en route vers notre guesthouse le «Diskit Villa». Diskit Villa est une charmante maison de style Ladakhi. Les chambres aux plafonds en bambous donnent sur les montagnes.


L’air est pur, le silence perturbé par le gazouillement des oiseaux. Un carré de gazon fait face à la maison et à l’arrière un potager pourvoit la cuisine en légumes. Thinless la propriétaire, nous accueille chaleureusement, nous entourant le cou du foulard tibétain de bienvenue et nous proposant du thé. Il faut nous hydrater afin de nous acclimater aux 3500 mètres d’altitude. Notre rythme cardiaque s’accélère et nous sentons nos jambes en coton. L’après-midi, nous tentons une promenade vers le centre de Leh. Des marchés tibétains jouxtent des magasins de toutes sortes. On reconnaît facilement les tibétains à leur visage aplati et buriné par le grand air. Les autres marchands sont pour la plupart de confession musulmane et viennent de Srinagar ou de Kargil. La vie se fait au ralenti ici. Les trottoirs sont jonchés de tibétaines venues des hauteurs pour vendre leurs produits, particulièrement des abricots biologiques. Elles sont en costumes traditionnels et pèsent leur fruits et légumes sur une balance qu’elles tendent à bout de bras. Elles sont si accueillantes et souriantes avec leurs visages si expressifs, ridés par la rudesse de leur vie, que l’on ne peut se retenir d’acheter quelques abricots.

Jour VI, 13’08’04 : Leh
Le mal de l’altitude nous gagne après une nuit blanche. Nos estomacs sont noués et nos migraines nous permettent difficilement d’articuler deux mots d’affilée. Nous tentons après maints efforts de visiter le Gompa de Sankar, situé non loin de notre logement. Un chemin sinueux à travers maisons Ladakhis et champs de blé, nous mène à ce Gompa. Un moine nous accueille dans ce temple aux fresques éclatantes. Dans la pénombre, nous distinguons trois salles accolées et séparées par des colonnes entièrement peintes de couleurs vives. D’innombrables statues de Bouddhas sont posées dans des vitrines de meubles anciens. Nous avons l’impression d’être dans une grotte tant l’atmosphère y est sombre et humide. L’odeur des vieux manuscrits de prières embaume les lieux. Les couleurs prédominantes sont le bordeaux, le vert foncé et certains plafonds en bambous et roseaux sont peints en bleu. Il y règne une atmosphère de méditation et de sérénité qui nous pousse à chuchoter.
Après une promenade dans le centre ville à la recherche de tisanes tibétaines, censées nous aider à faire passer le mal d’altitude, nous resterons avachi sur nos lits, notre seule consolation étant d’admirer la vue des fenêtres de la chambre sur les montagnes de l’Himalaya: un vrai paradis sur terre. Le mal d’altitude nous donne sommeil, nous volons en rêve vers les sommets enneigés.


Jour VII, 14’08’04 : Lamayuru
Départ pour Lamayuru à 176 km de Leh. Une route à flanc de montagnes à travers un paysage rocheux et aride mais de toute beauté. Nous longeons la rivière de l’Indus par une route sinueuse qui serpente et domine une vallée vertigineuse. A chaque tournant une pancarte donne des recommandations de conduite. La rencontre d’un autre véhicule sur la même voie entraîne des manœuvres à couper le souffle. Suivant la lumière du jour, les montagnes prennent différentes couleurs variant de l’ocre au jaune safran puis au gris. Un désert de montagne, pas l’ombre d’un village ou d’une vie humaine.
Plusieurs heures de paysages montagneux nous mènent au Gompa de Lamayuru. Nous marchons autour de chortens (oratoires) et murs de mani (murs de prières) dans le sens des aiguilles d’une montre en faisant tourner les moulins à prières. Un vieil homme, d’un autre temps, psalmodie ses prières et trottine devant faisant de temps en temps tourner d’une main les moulins à prières et de l’autre main et de manière continue, il fait tourner une sorte de petit moulinet. La vue sur les montagnes incite à la prière.
Courbant la tête et après nous être déchaussés, nous soulevons un lourd rideau de velours bordeaux et pénétrons dans le monastère où se déroule un puja (prière). Le bruit des psaumes est cadencé par le son des clarinettes et les roulements de tambour. La lumière du jour pénètre à peine mais l’on distingue les mandalas pendant aux murs. L’atmosphère est chargée par les tentures de toutes parts mais aussi par les peintures foncées ornant les colonnes ainsi que les poutres du temple. Une quarantaine de moines sont installés tout autour sur des petits bancs, devant eux sur un autre banc se trouvent leur livre de prière et un gobelet en argent rempli d’eau pour se désaltérer. Ils se balancent d’avant en arrière et d’une voix nasillarde anone leurs prières tout en les ponctuant de gracieux mouvements de mains. Plus loin au centre, deux petits moines sont en charge de rythmer les prières en tapant sur leur grand tambour. Nous sommes transportés dans un autre monde. Un moine, probablement un supérieur, en tenue plus orangée que les autres, donne le ton. Il y a un tel recueillement que nous n‘osons plus bouger. Nous nous extirpons très difficilement pour retrouver à l’extérieur un tout jeune moine à la mine espiègle. Il a oublié la solennité du moment, perturbé par la présence d’étrangers. Il veut faire le malin et cela réussit. En le suivant nous nous retrouvons à l’étage supérieur. Là, une autre petite porte nous attire. Un vieux moine prie seul en cadence. Sur les murs, des représentations de bouddhas devant lesquels brûlent des lampes de beurre. Le sol est en bois. Nous nous sentons intrus. Je grimpe sur la terrasse et tout en écoutant le vent avec au loin le bruit des tambourins, j’admire les maisons Ladakhis, accrochées au flanc de la montagne et dominant la vallée. Nous devons quitter ce lieu magique pour nous diriger vers Alchi.
 

Alchi est niché au creux d’une vallée. Petit village perdu au fond de nulle part. Une série de monastères partent en ruine, tout est laissé à l’abandon malgré quelques échafaudages et un semblant de réparation, aucune restauration digne de ce nom n’a été mise en place. Les peintures de toute beauté s’effacent peu à peu et les statues géantes autour desquelles sont construits les temples, semblent s’être endormies. Un petit moine bedonnant s’active auprès des rares visiteurs afin de se faire rémunérer du prix du billet d’entrée. Il essaye de vendre quelques cartes postales fanées et défraîchies. Le lieu est triste et manque de vie. Aucune ferveur mystique malgré les bougies de beurre allumées ça et là, un sentiment d’abandon et de vide prône. La guesthouse est accueillante et l’indien qui nous sert à un charmant cheveu sur la langue. Il nous fait craquer par sa gentillesse et nous nous faisons un malin plaisir à lui faire répéter «potatoes and colly flower». Le générateur qui fournit l’électricité d’Alchi est en panne. Nous nous retrouvons au lit à 20h à la lueur d’une bougie. Pas vraiment de divertissement à Alchi. Néanmoins de la fenêtre de ma chambre, j’admire la constellation en 3D, les étoiles filantes ne se comptent plus. Je dore d’un sommeil lourd bien que le loquet de ma chambre ferme difficilement. 

Jour VIII, 15’08’04 : Alchi - Leh
Réveil assez matinal pour reprendre la route des montagnes. Le paysage se colore de toutes sortes de couleurs, les sommets des montagnes sont enneigés. Des pics de montagnes à perte de vue et au fond de la vallée l’Indus bouillonne. Les berges sont des champs de blé encore vert. Sur la route, nous rencontrons un troupeau de Yacks et de Zors (accouplement de Yack et de vache). Soudain, non loin de la route principale un monastère domine: Phyang. Trop de touristes et pas assez de moines, nous restons sur notre curiosité. On nous ouvrira à peine deux portes où quelques bouddhas nous fixent d’un regard désapprobateur. Pas vraiment d’extase, décidément Lamayuru restera pour nous un moment fort.


Retour sur Leh où je vais me promener. Je tente de suivre un groupe de femmes en habits Ladakhis. J’essaye de les imiter et trottinant derrière elles, je fais tourner au passage les moulins à prières, tout en essayant de les photographier. Nous sommes le 15 août, jour de l’indépendance de l’Inde, c’est donc jour de fête et de prières. Je ne tiens plus en place. Une porte m’attire et me voici dans un temple aux 150 moulins à prières. Le groupe de femmes Ladakhis entame le cérémonial de prières. N’arrivant pas à les photographier sous peine de représailles, j’emmagasine un maximum d’images dans ma mémoire et me contente d’une photo de dos. Leurs hauts chapeaux cornus et leur démarche allant de droite à gauche, dû à leur embonpoint et leur petite taille, leur donne un air de guignol. Elles ont systématiquement deux nattes qu’elles regroupent sur leurs reins. Leur robe, sorte de chasuble lourde de couleur marron est animée de châles aux couleurs vives. De lourds colliers de turquoises les parent et rajeunissent leurs rides. Quel plaisir des yeux, je voyage dans le temps. Le temple lui même n’a guère d’intérêt étant trop moderne à mon goût. A les suivre, je me perds dans les ruelles et me retrouve devant une multitude de fours à pain à l’ancienne. La plupart des commerces sont fermés. Après un peu de repos pris dans notre charmante maison d’hôte, le Gompa face à ma chambre, perché sur une colline m’appelle. Je décide d’y grimper afin d’assister au coucher du soleil sur les montagnes. Une bonne demi-heure de marche plus tard, j’atteins le sommet du Gompa. La vue sur Leh y est surprenante. Je m’assieds et ne peut m’empêcher de méditer. Les montagnes parlent et, tout au long de leur conversation, changent de couleurs, de nuances, seule leur cime blanche restant égale à elle même. Un vieux moine m’accueille dans le Gompa. Il pose, pour moi, un tapis par terre, afin que je m’y installe. Je suis toute intimidée. Ses rides sont riantes et son regard espiègle. Il appelle à la prière en tapant avec un gros bâton sur un gigantesque bol tibétain. Les ondes sonores se propagent à l’infini. Le voici ensuite s’agenouillant devant un gros tambour posé en équilibre sur des tréteaux et chantant des chants de sa voix nasillarde. La force de ses bras m’étonne. Je reste un moment perdue dans mes pensées avant l’arrivée des touristes. Le soleil s’est couché, il est temps pour moi de reprendre le chemin quasi désert vers Diskit Villa avant la pénombre complète. 


Jour IX, 16’08’04 : Leh
Le lever du soleil sur les montagnes est indescriptible, tellement beau, à couper le souffle. N’ayant toujours pas retrouvé un sommeil bien réglé étant donné les méfaits de l’altitude, je me fais un plaisir d’admirer le réveil des montagnes.
Je consacre ma matinée à aller visiter le SOS village d’enfants Tibétains. Je me retrouve entourée d’une ribambelle d’enfants et nous discutons par demi phrases. Ils sont attendrissants, s’amusent d’un rien et après vous avoir bien regardé et s’être sentis en confiance, ils sont capables de vous donner leurs plus inoubliables sourires. Ce village est parsemé d’une série de bungalows qui servent soit de classes de cours soit de maisons dans lesquelles sont amassées des familles entières avec leurs mères adoptives. Je rends des sourires, je prends des photos, mon cœur est serré, je les laisse derrière moi pour rentrer dans le centre de Leh.
Le coucher du soleil depuis le « Tsemo » de Leh (grand temple) enveloppe la ville d’une pénombre avant de l’engloutir d’une nuit constellée d’étoiles.



Jour X, 17’08’04 : Hemis - Thiksé
A l’est de Leh, bon nombre de monastères sont à visiter surplombant de leur hauteur des petits villages de paysans.
Hemis nous émerveille par sa grande cour. Un puja (prière) vient de débuter, nous nous laissons bercer par la voix monocorde des deux moines tout en admirant les lieux. Les peintures sur les murs sont d’une rare finesse et le bouddha nous couve de son regard calme et bienveillant. Nous sommes comme envoûtés par la magie des lieux. Nous nous perdons dans les dédales des ruelles, trois marches par ci et quelques autres plus loin, nous mènent sur une terrasse qui nous offre une vue plongeante sur la vallée.


Thiksé paraît plus vivant et plus riche. Perché sur une colline, il domine un village construit à flanc de montagne. Un vieux temple du 14ème siècle jouxte un tout nouveau, construit il y a quelques années mais dans le même esprit. Il y a une telle solennité dans ces lieux que nous n’arrivons pas à nous en défaire. Assis sur des marches, nos esprits vagabondent. Un des temples offre à nos regards des statues représentant la compassion, la protection mais masquées de foulard. En effet, elles ne se dévoileront que pour les grandes occasions (fêtes monastiques annuelles). Elles ne perdent néanmoins rien à leur charme et malgré le peu de lumière, nous essayons de détailler les fresques sur les murs. Dans la salle suivante, les lampes à huile brûlent en quantité et donnent aux regards des bouddhas un air rieur. Une allée majestueuse nous conduit vers un nombre important de statues et de part et d’autres s’alignent des tapis bien posés face à des tablettes. Ils accueillent les moines lors des prières. Nous ressentons leur présence par bon nombre d’objets laissés ça et là. Une tasse vide, une clarinette, une clochette, un bol, …Nous laissons ces boiseries peintes pour retrouver la lumière du jour et cette superbe cour intérieure avec ses colonnes peintes et ces murs recouvert de fresques.
Jullay (bonjour, au revoir et merci en Ladakhi)

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2005, Claude Abou Chedid (texte), 2004, Claude Abou Chedid, Sary Tadros dit Stad (photos), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS