BARON & BARON > CARNETS & RÉCITS DE VOYAGES > INDE > 2004 [ENVOLS SUR L'HIMALAYA] 2e PARTIE, AU TEMPLE D'OR D'AMRITSAR
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LISEZ LES RÉCITS DE VOYAGE EN INDE 2003'04 [DU GANGE AU BENGALE], 1999 [AU RAJASTHAN], 1997'98 [SUR LA ROUTE DE GOA] & 1995 [UNE ENFANCE AU CACHEMIRE]
Récit de voyage rédigé par Claude Abou Chedid pour Baron & Baron. 
2e partie du voyage, Amritsar
Consultez nos pages de presentation des etats du Punjab et de l'Haryana.
A suivre: Le Ladakh et Srinagar 

 

Inde août 2004, 2e partie: Amritsar et Chandigarh

Le Temple d’Or, lieu saint et de rassemblement du sikhisme se trouve dans le centre d’Amritsar. L’arrivée se fait par un dédale de ruelles dans la pénombre de la nuit tombée. Je ressens la même misère qu’à Bénarès. Notre rickshaw déambule dans ces ruelles sinistres en évitant les passants, les vaches ou tout simplement les monceaux de détritus. Nous sommes devant un grand portail. Il nous faudra se déchausser, chaussettes comprises, se couvrir la tête, hommes compris, se laver les pieds dans un bassin à cette intention avant de pouvoir poser ses orteils sur le marbre immaculé. Quelques marches plus bas, souffle coupé, nous réalisons où nous sommes.
amritsar golden temple
1. Amritsar, temple d'or
Au milieu du lac, un temple tout d’or bâti, scintille. Tout autour du lac une allée avec arcades en marbre blanc se reflète dans le lac à la lumière de la lune. Une musique émane du temple et accompagne nos pas. Une foule glisse en silence vers la passerelle qui mène au temple. Ça et là des gardiens en tenue orange au turban bleu nuit, portant une lance, font les cent pas. Une fois le portique passé, nous poursuivons vers l’entrée du temple où se trouve le livre Saint. Ce livre est ouvert tous les jours à deux heures du matin pour être refermé vers dix heures du soir. Ces manifestations suscitent quotidiennement une dévotion des plus profondes.
amritsar golden temple
2. Amritsar, temple d'or
A l‘entrée, chaque personne faisant attention de ne pas poser son pieds sur la margelle, s’agenouille et embrasse le pas de porte. Une fois la porte franchie, nous découvrons une splendeur de décor ainsi qu’une croyance et une ferveur contagieuses. Dans un coin de la salle, des musiciens accompagnent les prêtres. Tabla, cithare, luth et autres instruments de musique indiens bercent et encouragent à la dévotion. Des prêtres aux longues barbes en tunique et enturbannés de leur foulard bleu sont assis en tailleur autour du livre Saint. Ce dernier de taille anormalement imposant, trône sous un dais aux broderies chatoyantes.
3. Amritsar, temple d'or
Ils psalmodient des incantations tandis que les fidèles les entourent assis en tailleur et mains jointes. Les hommes et les femmes ne sont pas séparés et tout autour de la salle unique de ce temple, les croyants sont accroupis sur le marbre travaillé. La musique nous berce, le miroitement de l’eau sur le lac nous transporte. Il y a des moments, comme celui-ci, que l’on voudrait graver à jamais dans sa mémoire.

4. Amritsar, temple d'or
Une demi-heure plus tard, le livre est emballé de plusieurs couches de draps et recouvert d’un brocart rose. Il est ensuite posé sur un dais que les fidèles porteront à tour de rôle tout au long de la passerelle où il est ensuite déposé en dehors du temple d’or. Au son d’un gros tambour, le livre Saint est déposé dans un temple en marbre blanc construit à cet effet. Un bruit sec. Ce sont les lourdes portes de la passerelle qui mènent au temple d’or qui se referment pour la nuit. Scintillant au milieu du lac, il a retrouvé sa solitude, son calme et ne reviendra à la vie que vers deux heures du matin. Les fidèles se dispersent et se dirigent vers les cuisines qui distribuent des repas gratuits tout au long de la journée et de la semaine.  
5. Amritsar, temple d'or
Les couleurs vives des saris scintillent et se reflètent sur le marbre blanc. Les orangés font la réplique aux turbans bleu nuit de ces sikhs si fiers.
6. Amritsar, temple d'or
Jour IV, 11’08’04 : Amritsar
Ce même dédale de ruelles nous semble bien moins glauque que la veille au soir. La vie courante rythme les bruits et les odeurs. Un ferronnier jouxte un restaurant de rue. Plus loin, un barbier s’acharne sur son client. Au milieu du chemin, les transporteurs de ballots de toutes sortes tirent sans broncher leurs cyclopousses chargés bien que suants et luisants.
En habitués des lieux, nous nous déchaussons, nous nous couvrons la tête, lavons nos pieds. Ce rituel accompli, nous nous précipitons à la découverte du temple scintillant cette fois ci, sous le soleil. C’est une tout autre ambiance, bien moins fervente mais plus mouvementée en activités diverses. Les rénovations vont bon train, une flopée de femmes en saris multicolores est en équilibre sur des échafaudages pour gratter les enduits. En levant les yeux nous remarquons que les hommes sont eux perchés encore plus haut sur les terrasses des temples.


7. Amritsar, temple d'or
C’est du travail en cadence dans la bonne humeur. Plus loin les cuisiniers s’activent aux fourneaux tandis que les femmes dégraissent au sable noir des milliers d’écuelles. Nous refaisons le même parcours que la veille, retraversons la passerelle qui nous mène à l’entrée du temple gardée par ces vieux sikhs aux longues barbes et à la fière allure. Certains sont terrifiants, d’autres posent fièrement devant la caméra. La foule étant moins dense que la veille, cela nous permet de monter au premier étage et d’admirer les magnifiques murs et plafonds peints de minutieux détails. Nous nous trouvons enfin sur le toit du temple, éblouis par les coupoles toutes d’or vêtues. A la sortie du temple, au bout de la passerelle, un préposé m’offre un morceau de pâte, l’équivalent de l’hostie pour la religion chrétienne. Devant ce garde imposant, à la tunique orange et au regard perçant, comment refuser de tendre les mains pour recevoir cette sorte de bouillie d’un beige indéfinissable et bien grasse ? Sous son regard mi-amusé, mi-intransigeant, je joins mes trois doigts à la manière indienne et englouti un morceau de cette pâte. Qu’elle ne fut pas ma surprise de constater qu’en fait de bouillie, cette pâte n’est autre que de la semoule, du beurre et du sucre.

8. Amritsar, temple d'or
Le grand tour autour du lac nous permet de nous imprégner des lieux mais surtout d’admirer la beauté des gens qui nous entourent. Ils ont fière allure avec leur turban et leur barbe. Ils ont des regards amusés à nous voir déambuler parmi eux. A la différence des hindous, aucun encens, aucune fleur, tout est dans la gestuelle. Tout cela pour regrouper une dignité et une fierté si chères à ce peuple sikh.
Un départ en bus «deluxe», bien moins folklorique que le trajet entre Delhi et Amritsar, laisse la ville Sainte bien loin derrière nous pour nous faire découvrir Chandigarh.


9. Amritsar, temple d'or
Jour V, 12’08’04 :Chandigarh - Leh
Une première impression de vide. Des avenues trop grandes, trop droites, trop réglementées, quadrillent la ville en secteurs bien trop réguliers. C’est bien loin du fourmillement que l’on ressent à l’entrée des villes indiennes. Cette ville n’est pas adaptée à leur mode de vie. A croire que Le Corbusier, créateur de cet agencement, n’a pas pris en considération leur façon d’être. Le tempérament, la culture et la façon de vivre de ce peuple ont été oubliés. Quelques monuments gouvernementaux dans le district 1 retracent bien le génie de Le Corbusier. Le reste forme malheureusement une ville sans âme dénuée de tout caractère. Rien ne nous touche, et nous n’admirons en rien ces allées majestueusement propres à une ville occidentale. Une des attractions de cette ville, le Rock Garden, jardin crée par un artiste reconnu sur le tard. Une série de statuettes modelées en poterie et en morceaux de céramiques. L’ensemble forme un jardin intéressant qui mérite de s’y perdre mais sans plus toutefois. Départ de Chandigarh sous un ciel gris et une pluie battante. Sans regrets aucuns.
Le survol de Chandigarh confirme notre sensation d’échec. Les districts bien séparés en allées rectilignes et avec une symétrie parfaite sont bien visibles. Les bâtiments de Le Corbusier ont plus belle allure vus de haut.

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Texte: Claude Abou Chedid, Photos: Claude Abou Chedid (2, 3, 5, 6), Sary Tadros dit Stad (1, 4, 7, 8, 9)
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