| Récit de voyage
rédigé par Claude Abou Chedid pour Baron & Baron. |
1ere partie du voyage, de Delhi
à Amritsar
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| Pour en savoir plus concernant les
lieux visites, consultez notre site consacre a Delhi avec une presentation generale (infos pratiques,
transport, etc.), les guides New Delhi et
Old Delhi ainsi que la page Nizam ud Din. Une page consacree a Wagah Border est egalement disponible. |
| A suivre: Amritsar, le Ladakh &
Srinagar. |
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Inde
août 2004, 1ere partie: Delhi
Jour I, 08’08’04
Delhi, je t’avais promis des retrouvailles, nous revoici. Je ne
pensais pas d’ailleurs que cela serait aussi rapide.
Delhi, ta moiteur, tes sourires avenants, ta nonchalance, ton
insouciance, tu me manquais…
Je ne connaissais pas ton allure durant les mois de chaleur, t’ayant
toujours rencontré durant les mois de froid en décembre.
Il est vrai que la brume a son charme mais il me fallait te
connaître avec tes différentes parures.
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Old Delhi, Chandni Chowk
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La
Sagrita guesthouse, toujours égale à elle même.
Quel plaisir de voir le sourire avenant du réceptionniste et de
l’entendre nous demander des nouvelles du reste du groupe resté
à Beyrouth (cf. le voyage de décembre 2003, 8 mois plus
tôt). Malgré une nuit blanche due au vol de nuit, les
klaxons des rickshaws nous appellent. Nous voici arpentant les rues
encombrées. Cette odeur propre à cette ville, cette
cacophonie qui retrouve son ordre elle même, ces visages à
bicyclette, cette brume (de chaleur cette fois-ci) me calment et
m’aident à faire appel à mes souvenirs pour me sentir
bien. Je te
retrouve, Delhi, pour de bon.
Des dédales de ruelles pour retrouver le nouveau bureau de Sunil
(Mountain Adventures) bien plus moderne que le précédent.
Sunil nous accueille avec son légendaire masala tea et son
sourire de businessman. Les récentes pluies diluviennes nous
forcent à modifier légèrement le parcours. En fait
de changement,
nous nous retrouvons obligés de prendre un bus pour une
durée
d’une dizaine d’heures, le train faisant la liaison Delhi-Amritsar
étant arrêté pour une semaine voire plus afin de
réparer
les voies ayant été inondées. Dommage, nous ne
retrouverons pas le charme des gares indiennes et l’idée d’un
voyage en bus
de plus de dix heures nous laisse perplexes.
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Old Delhi, Chandni Chowk
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Nous
n’avons pas d’autre choix, il nous faudra faire avec. Les
formalités et salamaleks
terminés, l’appel des souks et le souvenir de Chandni Chowk est
si fort que nous sautons dans un rickshaw, direction le marché
aux
épices (Kari Baoli market). Plus de voiture à l’horizon,
des charrettes font la queue avec les rickshaws. Nous y sommes. Les
parfums
de curry, masala, thé et herbes de toutes sortes chatouillent
les
narines. Un sourire se dessine sur nos lèvres, nous en avions
tellement
rêvé qu’il nous est difficile de croire que nous y sommes.
La chaleur est insupportable et ces pauvres ouvriers tirant leur
charrette,
portant leur ballot de jute n’arrivent pas à prendre le temps
d’éponger
leur sueur.
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Old Delhi, Chandni Chowk
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Des
visages luisants aux regards vifs nous réclament des photos.
Nous sommes coincés au milieu d’une ruelle cherchant à
éviter de se faire écraser par ces longs chariots
chargés de sacs d’épices. Par ci, par là, on
décharge puis recharge des énormes paquets. Ils sont tous
affables et ne s’offusquent pas de nos flashs. Nous ne savons plus
où donner de la tête.
Tous mes sens sont en éveil, j’oublie que je suis sous un soleil
de plomb et comme eux je ne sens plus cette sueur dégoulinante
dans le dos. Leurs regards restent impassibles, même devant
l’objectif. Rien ne les ébranle. Aucun moment de
réflexion car lorsque ce n’est plus l’ouvrage qui les appelle,
c’est une sieste bien méritée qu’ils retrouvent, en se
posant sur leur rickshaws ou sur un ballots entassés par terre.
C’est simple, je ne vois que des corps travaillant ou dormant. Il nous
est difficile d’atteindre le sommet de la rue. Nous quittons
le marché aux épices mais y reviendrons-nous ? A la
recherche d’un brin d’air inexistant, nous finissons par prendre un
cyclopousse
chez Karim’s, petit restaurant de quartier face à la grande
mosquée, où nous terminons notre journée par un
bon repas Indien.
Journée bien pleine qui a su nous faire vibrer. J’ai la
sensation
de n’avoir pas quitté l’Inde. Dis moi quel est ton secret?
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Old Delhi, Chandni Chowk
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Jour
II, 09’08’04
Le petit-déjeuner pris sur le gazon de la Sagrita avec comme
bruit de fond les corbeaux, les perroquets et toutes sortes d’oiseaux
est un moment de bonheur et surtout de calme. Ce quartier de Sunder
Nagar
très résidentiel bien loin du brouhaha de la ville met
l’accent
sur toute cette diversité qu’on peut rencontrer à Delhi.
Je retrouve ces bruits, cette ambiance dans le parc du tombeau de
Humayun,
une architecture que le Taj Mahal a emprunté cent ans plus tard
en y ajoutant de la finesse et du détail. Le tombeau de Humayun
est construit de pierres rouges et blanches sans aucune fioriture. Les
jardins bien entretenus qui l’entourent laissent aller à la
méditation. Le gazouillis des oiseaux accompagne les
pensées. Nous sommes loin de tout.
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Old Delhi, Chandni Chowk
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Nous
avions également rendez-vous avec le mausolée de
Nizamuddine. Même impression, même sensation que lors de
mon précédent passage.
Je suis entourée d’enfants, et j’arrive aujourd’hui à
répondre aux regards imperturbables de ces femmes veuves venues
chercher un soutien. Elles sont assez nombreuses cette fois-ci et j’ai
la sensation qu’elles m’acceptent plus facilement. C’est
peut-être parce que je suis seule assise dans un coin essayant de
m’imprégner de ce qui m’entoure. Chacun vaque à ses
occupations. Un vieux porte un long manche à balai
prolongé par un éventail de tissus rouge et vert.
Je ne compris que bien plus tard qu’il ventait les fidèles afin
que ces derniers puissent se concentrer sur leur prière et
oublier cette moiteur insupportable. Des «babas» arpentent
la cour,
des femmes brûlent des bâtons d’encens et une horde
d’enfants
en attente de l’adolescence, insouciants de ce qui les entoure. Nous
sortons
par un autre chemin qui nous conduit vers un marché couvert.
Ça
et là des vendeurs d’images pieuses, d’encens, de fleurs couleur
grenat enfilées comme des perles en colliers odorants, de
musique et de
livres de prières. Beaucoup de bruit, beaucoup de
«hello»,
des odeurs indescriptibles, une ambiance de rue si propre à
l’Inde.
Un passage obligé au marché Paharganj nous rappelle
combien les rues peuvent regorger de marchandises de toutes sortes. Nos
estomacs retrouvent meilleure humeur après un passage dans un
restaurant aux abords du Fort Rouge, restaurant aux
spécialités des différentes régions qui ne
nous a pas laissé indifférent par la qualité de
ses plats.
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Old Delhi, Chandni Chowk
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Jour
III, 10’08’04 : Delhi - Amritsar
Cette ville est incroyable, elle vit 24h sur 24. C’est à croire
qu’aucun rythme ne vient cadencer le temps. Le jour et la nuit ne font
aucune différence. Il est quatre heures du matin, il y a
presque autant de monde qu’en plein jour, à la différence
que les trottoirs sont surpeuplés de corps venus chercher
quelques moments de répit. Il y en a partout, couverts d’un
semblant de couverture en équilibre sur un cyclopousse ou encore
enroulés en boule. La gare routière et ses crieurs de
destinations nous accueille.
Un vrai opéra. En cadence bien ordonnée, l’un
après
l’autre, le contrôleur de sa voix de ténor indique la
destination
du bus. A un «Amritsar Amritsar…» répondra d’une
voix
plus grave un «Chandigarh Chandigarh…» ce n’est que plus
tard
que nous entendrons se joindre aux précédentes voix, une
voix
de baryton indiquant «Srinagar Srinagar…». Un orchestre
n’aurait
pas mieux fait. Des visages endormis se dirigent ça et
là.
Nous sommes les seuls touristes, mais plus étrange, pratiquement
les
seuls passagers à voyager avec des bagages. Comment ce peuple se
déplace-t-il sur des distances de plus de 500 km sans bagages?
La gare routière éclairée aux néons se
réveille difficilement
laissant apercevoir la rangée de bus peu avenants et bien sales.
Nous
embarquons sous l’œil amusé du contrôleur. Nos bagages
sont
en sûreté à l’avant du bus, nous avons eu droit
à
un traitement en faveur du à notre statut d’étranger. Au
bout
d’une dizaine d’heures de trajet, nous arrivons à Amritsar,
centre
du Sikhisme et ville principale du Pendjab indien.
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Old Delhi, Chandni Chowk
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Le
bus, un périple en soi, mais la meilleure façon de
traverser l’Inde. Un voyage
hors du temps parmi ce peuple indien dans un bus brinquebalant,
remettant
nos vies entre les mains d’un chauffeur que rien ni personne ne pourra
entraver le chemin. Coriace et têtu, zieutant sans cesse ses
passagers, notre chauffeur au charme certain, ne montre guère de
grandeur d’âme durant sa conduite et n’aura qu’un seul but: nous
emmener à Amritsar en dix heures maximum!
Quelques arrêts dans des guinguettes de bord de route nous font
découvrir la campagne. Les passagers du bus nous sourient, un
sikh fier avec son turban bleu ciel me jette des regards en coin et un
couple avec un enfant est intrigué de nous voir parmi eux,
on lit l’étonnement sur leur visage. Il nous est impossible de
communiquer. Le barrage de la langue laisse place aux langages des
signes,
mais cela ne nous avance guère. Nous essayons de nous assoupir
malgré le balancement du bus à vouloir survoler les
bosses
de la chaussée. L’entrée d’Amritsar me rappelle
étrangement Bénarès. Les voitures se font plus
rares laissant place
aux rickshaws. Des façades richement décorées sont
laissées à l’abandon. Misère et saleté
bordent
les routes. Nous sommes déçus. Il nous faut faire vite
afin
d’arriver à temps au changement de garde à la
frontière de Wagah Border, frontière Indo-Pakistanaise.
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En route entre Delhi et
Amristar
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Un
taxi nous conduit à un kilomètre de la frontière.
A partir de la, nous continuons à pieds. C’est pire que la foire
d’empoigne. Des marchands de drapeaux nous harcèlent et nous
forcent presque à engager notre patriotisme. C’est un crime de
ne pas avoir de petit drapeau indien à brandir. On sent un
mouvement patriotique qui frise la dérision. Des micros hurlent
des slogans, des drapeaux de toute taille dansent par dessus cette
foule qui court vers une liberté, vers un idéal.
Savent-ils vraiment ce qu’ils vont faire? Des soldats nous parquent et
à leur signal la marée humaine se rue vers les gradins
afin d’assister au spectacle. Le même rituel a lieu du
côté Pakistanais, du côté ennemi! Les
étrangers et personnalités de marque sont
installés sur d’autres gradins. Les policiers en
tenue d’apparat rétablissent l’ordre. Il nous faut attendre une
bonne heure, sous un soleil de plomb et dégoulinants de sueur
pour
que la parade débute. Mais ce moment est l’occasion d’assister
à
un tout autre spectacle, celui de ce peuple
déchaîné qui s’excite. L’atmosphère chauffe
dans les gradins et les policiers avec leurs képis en forme de
crête de coqs arrivent difficilement à maintenir l’ordre.
Il suffira d’un Indien clamant haut et fort
un slogan, incompréhensible pour nous autres étrangers,
pour
enflammer la foule. C’est alors que débute un incessant rituel
de déchaînement de foule, attisé par les cris des
uns et des autres. Ils n’arrivent pas à rester en place. Les
rappels
à l’ordre sont continus. Commence alors une série de
taquineries
de part et d’autre de la frontière. A tour de rôle un
patriote
viendra brandir au bord de la grille son drapeau. Cela ressemble
à
une fête foraine bien orchestrée. Ne serait-ce
l’emplacement
du lieu et sa signification que ce geste n’aurait pas revêtu la
même importance.
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En route entre Delhi et
Amristar
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Une
bonne heure plus tard, les gardes en tenue d’apparat, font des aller
retour en cadence, chacun bien campé dans son territoire (partie
indienne – partie pakistanaise). Les portes s’ouvrent, les gardes se
narguent du regard, on fait baisser les deux drapeaux à
égale distance afin qu’il n’y ait aucune
supériorité d’un côté ou de l’autre. Les
gardes font semblant de se battre en marchant au pas cadencé
(pas de l’oie), les grilles se referment. La fête est
terminée, tous se font photographier aux côtés des
gardes et tel un troupeau, reprennent le chemin du retour. Nous sommes
le premier jour de la semaine, et nous ne pouvons nous empêcher
de nous demander comment chaque soir un
tel attroupement peut-il avoir lieu.
Il suffirait en fait d’une escarmouche pour déchaîner les
foules des deux côtés et la police présente ne
suffirait pas à les calmer. Nous rentrons rapidement
après cette pause folkloriquepour rattraper la
cérémonie de la
fermeture du livre Saint au Temple d’Or.
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