BARON & BARON > CARNETS & RÉCITS DE VOYAGES > INDE > 2004 [ENVOLS SUR L'HIMALAYA] 1ere PARTIE, DELHI
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>> LES VOYAGES BARON & BARON EN INDE : 2003'04 [DU GANGE AU BENGALE], 1999 [AU RAJASTHAN], 1997'98 [SUR LA ROUTE DE GOA] & 1995 [UNE ENFANCE AU CACHEMIRE]
>> LES VOYAGES BARON & BARON DANS LES HIMALAYAS : [1991] PAKISTAN, ETAT SAUVAGE | [1995] UNE ENFANCE AU CACHEMIRE | [2004] ENVOLS SUR L'HIMALAYA | [2007] (INVISIBLE) EVEREST
Récit de voyage rédigé par Claude Abou Chedid pour Baron & Baron. 
1ere partie du voyage, de Delhi à Amritsar
Pour en savoir plus concernant les lieux visites, consultez notre site consacre a Delhi avec une presentation generale (infos pratiques, transport, etc.), les guides New Delhi et Old Delhi ainsi que la page Nizam ud Din. Une page consacree a Wagah Border est egalement disponible.
A suivre: Amritsar, le Ladakh & Srinagar. 

 

Inde août 2004, 1ere partie: Delhi

Jour I, 08’08’04
Delhi, je t’avais promis des retrouvailles, nous revoici. Je ne pensais pas d’ailleurs que cela serait aussi rapide.
Delhi, ta moiteur, tes sourires avenants, ta nonchalance, ton insouciance, tu me manquais…
Je ne connaissais pas ton allure durant les mois de chaleur, t’ayant toujours rencontré durant les mois de froid en décembre. Il est vrai que la brume a son charme mais il me fallait te connaître avec tes différentes parures.

old delhi
Old Delhi, Chandni Chowk
La Sagrita guesthouse, toujours égale à elle même. Quel plaisir de voir le sourire avenant du réceptionniste et de l’entendre nous demander des nouvelles du reste du groupe resté à Beyrouth (cf. le voyage de décembre 2003, 8 mois plus tôt). Malgré une nuit blanche due au vol de nuit, les klaxons des rickshaws nous appellent. Nous voici arpentant les rues encombrées. Cette odeur propre à cette ville, cette cacophonie qui retrouve son ordre elle même, ces visages à bicyclette, cette brume (de chaleur cette fois-ci) me calment et m’aident à faire appel à mes souvenirs pour me sentir bien. Je te retrouve, Delhi, pour de bon.
Des dédales de ruelles pour retrouver le nouveau bureau de Sunil (Mountain Adventures) bien plus moderne que le précédent. Sunil nous accueille avec son légendaire masala tea et son sourire de businessman. Les récentes pluies diluviennes nous forcent à modifier légèrement le parcours. En fait de changement, nous nous retrouvons obligés de prendre un bus pour une durée d’une dizaine d’heures, le train faisant la liaison Delhi-Amritsar étant arrêté pour une semaine voire plus afin de réparer les voies ayant été inondées. Dommage, nous ne retrouverons pas le charme des gares indiennes et l’idée d’un voyage en bus de plus de dix heures nous laisse perplexes.

Old Delhi, Chandni Chowk
Nous n’avons pas d’autre choix, il nous faudra faire avec. Les formalités et salamaleks terminés, l’appel des souks et le souvenir de Chandni Chowk est si fort que nous sautons dans un rickshaw, direction le marché aux épices (Kari Baoli market). Plus de voiture à l’horizon, des charrettes font la queue avec les rickshaws. Nous y sommes. Les parfums de curry, masala, thé et herbes de toutes sortes chatouillent les narines. Un sourire se dessine sur nos lèvres, nous en avions tellement rêvé qu’il nous est difficile de croire que nous y sommes. La chaleur est insupportable et ces pauvres ouvriers tirant leur charrette, portant leur ballot de jute n’arrivent pas à prendre le temps d’éponger leur sueur.
Old Delhi, Chandni Chowk
Des visages luisants aux regards vifs nous réclament des photos. Nous sommes coincés au milieu d’une ruelle cherchant à éviter de se faire écraser par ces longs chariots chargés de sacs d’épices. Par ci, par là, on décharge puis recharge des énormes paquets. Ils sont tous affables et ne s’offusquent pas de nos flashs. Nous ne savons plus où donner de la tête.
Tous mes sens sont en éveil, j’oublie que je suis sous un soleil de plomb et comme eux je ne sens plus cette sueur dégoulinante dans le dos. Leurs regards restent impassibles, même devant l’objectif. Rien ne les ébranle. Aucun moment de réflexion car lorsque ce n’est plus l’ouvrage qui les appelle, c’est une sieste bien méritée qu’ils retrouvent, en se posant sur leur rickshaws ou sur un ballots entassés par terre. C’est simple, je ne vois que des corps travaillant ou dormant. Il nous est difficile d’atteindre le sommet de la rue. Nous quittons le marché aux épices mais y reviendrons-nous ? A la recherche d’un brin d’air inexistant, nous finissons par prendre un cyclopousse chez Karim’s, petit restaurant de quartier face à la grande mosquée, où nous terminons notre journée par un bon repas Indien. Journée bien pleine qui a su nous faire vibrer. J’ai la sensation de n’avoir pas quitté l’Inde. Dis moi quel est ton secret?

Old Delhi, Chandni Chowk
Jour II, 09’08’04
Le petit-déjeuner pris sur le gazon de la Sagrita avec comme bruit de fond les corbeaux, les perroquets et toutes sortes d’oiseaux est un moment de bonheur et surtout de calme. Ce quartier de Sunder Nagar très résidentiel bien loin du brouhaha de la ville met l’accent sur toute cette diversité qu’on peut rencontrer à Delhi. Je retrouve ces bruits, cette ambiance dans le parc du tombeau de Humayun, une architecture que le Taj Mahal a emprunté cent ans plus tard en y ajoutant de la finesse et du détail. Le tombeau de Humayun est construit de pierres rouges et blanches sans aucune fioriture. Les jardins bien entretenus qui l’entourent laissent aller à la méditation. Le gazouillis des oiseaux accompagne les pensées. Nous sommes loin de tout.


Old Delhi, Chandni Chowk
Nous avions également rendez-vous avec le mausolée de Nizamuddine. Même impression, même sensation que lors de mon précédent passage. Je suis entourée d’enfants, et j’arrive aujourd’hui à répondre aux regards imperturbables de ces femmes veuves venues chercher un soutien. Elles sont assez nombreuses cette fois-ci et j’ai la sensation qu’elles m’acceptent plus facilement. C’est peut-être parce que je suis seule assise dans un coin essayant de m’imprégner de ce qui m’entoure. Chacun vaque à ses occupations. Un vieux porte un long manche à balai prolongé par un éventail de tissus rouge et vert. Je ne compris que bien plus tard qu’il ventait les fidèles afin que ces derniers puissent se concentrer sur leur prière et oublier cette moiteur insupportable. Des «babas» arpentent la cour, des femmes brûlent des bâtons d’encens et une horde d’enfants en attente de l’adolescence, insouciants de ce qui les entoure. Nous sortons par un autre chemin qui nous conduit vers un marché couvert. Ça et là des vendeurs d’images pieuses, d’encens, de fleurs couleur grenat enfilées comme des perles en colliers odorants, de musique et de livres de prières. Beaucoup de bruit, beaucoup de «hello», des odeurs indescriptibles, une ambiance de rue si propre à l’Inde.
Un passage obligé au marché Paharganj nous rappelle combien les rues peuvent regorger de marchandises de toutes sortes. Nos estomacs retrouvent meilleure humeur après un passage dans un restaurant aux abords du Fort Rouge, restaurant aux spécialités des différentes régions qui ne nous a pas laissé indifférent par la qualité de ses plats.

Old Delhi, Chandni Chowk
Jour III, 10’08’04 : Delhi - Amritsar
Cette ville est incroyable, elle vit 24h sur 24. C’est à croire qu’aucun rythme ne vient cadencer le temps. Le jour et la nuit ne font aucune différence. Il est quatre heures du matin, il y a presque autant de monde qu’en plein jour, à la différence que les trottoirs sont surpeuplés de corps venus chercher quelques moments de répit. Il y en a partout, couverts d’un semblant de couverture en équilibre sur un cyclopousse ou encore enroulés en boule. La gare routière et ses crieurs de destinations nous accueille. Un vrai opéra. En cadence bien ordonnée, l’un après l’autre, le contrôleur de sa voix de ténor indique la destination du bus. A un «Amritsar Amritsar…» répondra d’une voix plus grave un «Chandigarh Chandigarh…» ce n’est que plus tard que nous entendrons se joindre aux précédentes voix, une voix de baryton indiquant «Srinagar Srinagar…». Un orchestre n’aurait pas mieux fait. Des visages endormis se dirigent ça et là. Nous sommes les seuls touristes, mais plus étrange, pratiquement les seuls passagers à voyager avec des bagages. Comment ce peuple se déplace-t-il sur des distances de plus de 500 km sans bagages? La gare routière éclairée aux néons se réveille difficilement laissant apercevoir la rangée de bus peu avenants et bien sales. Nous embarquons sous l’œil amusé du contrôleur. Nos bagages sont en sûreté à l’avant du bus, nous avons eu droit à un traitement en faveur du à notre statut d’étranger. Au bout d’une dizaine d’heures de trajet, nous arrivons à Amritsar, centre du Sikhisme et ville principale du Pendjab indien.


Old Delhi, Chandni Chowk
Le bus, un périple en soi, mais la meilleure façon de traverser l’Inde. Un voyage hors du temps parmi ce peuple indien dans un bus brinquebalant, remettant nos vies entre les mains d’un chauffeur que rien ni personne ne pourra entraver le chemin. Coriace et têtu, zieutant sans cesse ses passagers, notre chauffeur au charme certain, ne montre guère de grandeur d’âme durant sa conduite et n’aura qu’un seul but: nous emmener à Amritsar en dix heures maximum!
Quelques arrêts dans des guinguettes de bord de route nous font découvrir la campagne. Les passagers du bus nous sourient, un sikh fier avec son turban bleu ciel me jette des regards en coin et un couple avec un enfant est intrigué de nous voir parmi eux, on lit l’étonnement sur leur visage. Il nous est impossible de communiquer. Le barrage de la langue laisse place aux langages des signes, mais cela ne nous avance guère. Nous essayons de nous assoupir malgré le balancement du bus à vouloir survoler les bosses de la chaussée. L’entrée d’Amritsar me rappelle étrangement Bénarès. Les voitures se font plus rares laissant place aux rickshaws. Des façades richement décorées sont laissées à l’abandon. Misère et saleté bordent les routes. Nous sommes déçus. Il nous faut faire vite afin d’arriver à temps au changement de garde à la frontière de Wagah Border, frontière Indo-Pakistanaise.


En route entre Delhi et Amristar
Un taxi nous conduit à un kilomètre de la frontière. A partir de la, nous continuons à pieds. C’est pire que la foire d’empoigne. Des marchands de drapeaux nous harcèlent et nous forcent presque à engager notre patriotisme. C’est un crime de ne pas avoir de petit drapeau indien à brandir. On sent un mouvement patriotique qui frise la dérision. Des micros hurlent des slogans, des drapeaux de toute taille dansent par dessus cette foule qui court vers une liberté, vers un idéal. Savent-ils vraiment ce qu’ils vont faire? Des soldats nous parquent et à leur signal la marée humaine se rue vers les gradins afin d’assister au spectacle. Le même rituel a lieu du côté Pakistanais, du côté ennemi! Les étrangers et personnalités de marque sont installés sur d’autres gradins. Les policiers en tenue d’apparat rétablissent l’ordre. Il nous faut attendre une bonne heure, sous un soleil de plomb et dégoulinants de sueur pour que la parade débute. Mais ce moment est l’occasion d’assister à un tout autre spectacle, celui de ce peuple déchaîné qui s’excite. L’atmosphère chauffe dans les gradins et les policiers avec leurs képis en forme de crête de coqs arrivent difficilement à maintenir l’ordre. Il suffira d’un Indien clamant haut et fort un slogan, incompréhensible pour nous autres étrangers, pour enflammer la foule. C’est alors que débute un incessant rituel de déchaînement de foule, attisé par les cris des uns et des autres. Ils n’arrivent pas à rester en place. Les rappels à l’ordre sont continus. Commence alors une série de taquineries de part et d’autre de la frontière. A tour de rôle un patriote viendra brandir au bord de la grille son drapeau. Cela ressemble à une fête foraine bien orchestrée. Ne serait-ce l’emplacement du lieu et sa signification que ce geste n’aurait pas revêtu la même importance.

En route entre Delhi et Amristar
Une bonne heure plus tard, les gardes en tenue d’apparat, font des aller retour en cadence, chacun bien campé dans son territoire (partie indienne – partie pakistanaise). Les portes s’ouvrent, les gardes se narguent du regard, on fait baisser les deux drapeaux à égale distance afin qu’il n’y ait aucune supériorité d’un côté ou de l’autre. Les gardes font semblant de se battre en marchant au pas cadencé (pas de l’oie), les grilles se referment. La fête est terminée, tous se font photographier aux côtés des gardes et tel un troupeau, reprennent le chemin du retour. Nous sommes le premier jour de la semaine, et nous ne pouvons nous empêcher de nous demander comment chaque soir un tel attroupement peut-il avoir lieu.
Il suffirait en fait d’une escarmouche pour déchaîner les foules des deux côtés et la police présente ne suffirait pas à les calmer. Nous rentrons rapidement après cette pause folkloriquepour rattraper la cérémonie de la fermeture du livre Saint au Temple d’Or.

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2005, Claude Abou Chedid (texte), 2004, Claude Abou Chedid, Sary Tadros dit Stad (photos), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS