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> ALLER / VENIR
Si vous venez depuis Kolkata par voie ferroviaire, prenez le Howrah Puri Express: départ à 22h05, arrivée à 07h35 le lendemain matin. C’est un des trains les plus intéressants d’autant plus qu’il est quotidien. Si vous venez de Delhi ou de Chennai, le trajet dépassera allégrement les 24h! Le moyen le plus rapide est donc de prendre l’avion via l’aéroport de Bhubaneswar qui n’est qu’à une heure de route.
Il faudra une heure pour parcourir les 35km qui séparent Puri de Konarak (route mauvaise), et au moins deux heures pour les malheureux 45 km pour atteindre Satapada, sur les bords du Chilka Lake (route très mauvaise mais paysages superbes).
Les rickshaws à moteur ou à bicyclette se feront une joie de vous trimbaler dans Puri pour trois fois rien.
> DORMIR
Avant de lire ce qui suit, prenez note de la chose suivante. TOUS les hôtels de Puri, prétextant que le train de Delhi arrive le matin (qui est fou pour faire Delhi-Puri en train, plus de 26h de route?), pour exiger un check-out time draconien: 7h du matin pour les uns, 8h au mieux! Cette mesure, non négociable, risque de vous obliger à réserver (et donc payer) une nuitée supplémentaire. Autre chose, le petit déjeuner n’est (presque) jamais inclus dans les prix.
L’hôtel le plus célèbre de Puri est le BNR South Eastern Railways Hotel (appelez le BNR tout court). Construit à l’époque coloniale au terminal d’une ligne de chemins de fer, le BNR a l’allure d’une gare posée au bord de la mer. L’endroit est superbe, du moins de l’extérieur. A l’intérieur, il faudra beaucoup d’indulgence pour goûter aux charmes de l’établissement. On y est reçu par deux portiers patibulaires (dont un estropié) qui font aussi office de concierges dans un local vétuste et crasseux éclairé par des néons. Les chambres, du moins celles que nous avons visitées, n’ont pas été faites depuis le départ des armées britanniques. Les lits sont défaits, avec des draps dont on a du mal à reconnaître la couleur d’origine, la salle de bains est totalement déglinguée. L’adresse ne conviendra qu’aux nostalgiques les plus aventureux. Le lieu le plus étonnant de l’hôtel reste la salle à manger (seul espace qui est éclairé par autre chose que ces horribles néons) ou officie un personnel en grand uniforme, comme au temps de la grandeur du Raj.
L’hôtel le plus original de Puri est le Z Hotel. Installé dans un petit palais blanc au fond d’un jardin, c’est un havre de fraîcheur et de sérénité. Chambres très diverses et inégales, certaines avec salle de bains. L’endroit, qui a une très bonne ambiance, est très apprécié des routards occidentaux, d’autant plus que le prix de la nuitée n’excède pas 11USD. Sachez que réserver est le parcours du combattant. Narendra vous demandera d’envoyer des arrhes mais risque de ne pas les encaisser et donc de ne pas retenir la chambre demandée. Le mieux est de se présenter directement, l’équipe est très sympa.
L’hôtel le plus déprimant de Puri est incontestablement le Nilachal Ashok. Ne vous fiez pas à son emplacement, au fond d’un jardin et au bord de la mer. Vous constaterez que les murs extérieurs ne sont repeints que sur la façade principale. Dès que l’on fait le tour du bâtiment, il a l’air totalement pourri. Mais le meilleur reste à venir. L’hôtel s’organise autour d’un atrium pur style années 1980. Les chambres (1700 INR la double), défraîchies et poisseuses, sont habitées par des colonies de moustiques insensibles aux insecticides. Le summum, c’est l’accueil. A l’arrivée, un préposé barbu au look taliban vous annonce que l’alcool n’est pas servi dans l’établissement, mais que, moyennant bakchich, il vous procurera de la bière! Si vous avez réservé ici pour 4 nuits et que vous quittez au bout de la 1ere, aucune inquiétude. Pas besoin d’inventer des excuses, ils ne demanderont rien. Ils savent que vous n’êtes pas faits pour eux, et c’est réciproque.
L’hôtel le plus agréable de Puri est le Mayfair Beach Resort. Nichés dans de luxuriants jardins tropicaux, les superbes cottages vous feront craquer. Salles de bains immenses, parquet, terrasse avec meubles en osier, et tout le confort qu’on peut attendre d’un 4 étoiles. L’accueil est des plus sympathiques, la nourriture excellente. L’hôtel possède une piscine, un petit health club et un accès direct à la plage. Plus cher que les précédents (50-70 USD), c’est de loin la meilleure adresse du coin.
Citons aussi, en matière de resorts, le Toshali Sands, en extérieur de la ville, vers Konarak, qui a une belle plage, le Hans Coco Palms et le Sea Palace. Nous n’avons pas essayé ces adresses, mais elles semblent recommandables. Sachez enfin qu’il y a un hôtel chinois en plein Puri, le Lee Garden, sur VIP road, mais qui n’a ni jardin, ni charme particulier. 
> MANGER
Le Mayfair Beach Resort parait être la meilleure adresse pour se faire un bon gueuleton. Des deux restaurants, nous avons craqué pour celui qui est en terrasse, avec ses fauteuils en osier blanc. La nourriture, très propre, est d’excellente qualité (succulentes crevettes grillées). Si vous n’y séjournez pas, vous pouvez toutefois y prendre le petit déjeuner aussi remarquables avec ses pankakes et ses plats indiens pour maharajas. Jus d’orange pressé mais service pas pressé du tout. 
Le Wildgrass (VIP road) n’est pas, comme son nom peut l’indiquer, un coffee shop d'Amsterdam, mais un restaurant niché dans un sympathique jardin. C’est un endroit charmant pour y dîner, à une des tables dispersées et éclairées aux chandelles. La cuisine est de qualité, on y retrouvera les classiques comme le paneer (cottage cheese mariné dans une sauce pimentée).
Voisin du précédent, le Chung Wah est le restaurant chinois du non moins chinois Lee Garden Hotel cité plus haut. Salle à manger sordide, cuisine honnête mais sans grande originalité. Non-fumeurs et pas d’alcool.
> BOIRE / DANSER
Bien que Puri soit un endroit fort sympathique, on n’y trouve pas de bars comparables à ceux des plages de Goa. On pourra toujours traîner sur la plage, aller prendre un verre au Z Hotel ou nichent les routards, ou au Mayfair Beach Resort, quartier général de la bourgeoisie bengalie en villégiature.
Le bhang est la boisson locale la plus fameuse du coin, mais n’espérez surtout pas voir dans nos pages le moindre conseil à sa consommation, dont les effets nous semblent aussi incertains que peu rassurants.
> ÉCOUTER / VOIR
Puri est le théâtre de nombreuses festivités. La plus importante est la Rath Yantra, fête des chars qui se déroule en juin ou juillet entre les temples de Jagannath Mandir (au sud) et de Gundicha Mandir (au nord). Puri  reçoit aussi un festival annuel de musique et de danse (vérifier les dates auprès d’une agence de voyage locale ou d’un hôtel) ainsi que plusieurs fêtes populaires souvent à vocation religieuse.
> ACHETER
L’artisanat de l’Orissa produit, comme un peu partout en Inde, des textiles intéressants que l’on pourra découvrir dans le marché près du grand temple. Par ailleurs, l’achat de ganja étant ici légalisé, nous vous avertissons que, une fois hors de la ville, vous risquez de vous faire arrêter pour possession de stupéfiants, surtout si vous passez par le contrôle de sécurité de l’aéroport de Bhubaneswar. 
A vingt minutes de route de Puri, en direction de Bhubaneswar, ne pas manquer, au détour d’une petite route défoncée, le village de Ragurajpur habité exclusivement par une caste de peintres qui réalisent  des peintures sur coton qui étaient à l’origine destinées aux nombreux temples de la région. La visite de cet endroit idyllique permet d’acquérir ce type de peinture, ce qui est une excellente chose: Outre le fait de posséder une oeuvre d’art, vous encouragerez le maintien d’une tradition et d’un savoir-faire qui se perpétue depuis des siècles. Toujours sur le chemin de Bhubaneswar, vous reconnaîtrez le village de Pipli, sur la route principale, avec ses lampions colorés qui feront d’excellents cadeaux à ramener à vos amis.
> LIRE
JagannathPuri.com et Jagannath Dham, Puri sont deux sites  (le second se dit être le site officiel) consacrés au temple, dispensant des informations sur son histoire, son architecture ainsi que sur les prières et festivités qui s’y déroulent.

 

Aux yeux de la religion hindoue, le territoire de l’Inde est marqué de quatre dhams (1), lieux saints situés à chacun des quatre points cardinaux. Puri est un de ces dhams, celui de l’Est, ce qui en fait un lieu de pèlerinage important. La ville étant située en bord de mer, elle jouit d’une ambiance propice aux vacances, devenant un lieu de séjour bien plus agréable que Bhubaneswar. Puri est aussi une excellente base pour explorer les hauts lieux de l’Orissa: le temple de Konarak, Bhubaneswar avec, en route, les villages de Ragurajpur et de Pipli, et la lagune de Chilka Lake.

Saddam Hussein sur la plage de Puri, le 31'12'03
Depuis l’époque coloniale, Puri est un lieu de villégiature fort apprécié. Chaque hiver, la bourgeoisie bengalie vient en famille depuis Calcutta et y loue des bungalows dans les hôtels en bord de mer. Cette même bourgeoisie s’en ira, en été, passer ses week-ends à Darjeeling pour fuir les torpeurs de la mousson, mais ceci est une autre histoire. Puri attire donc du monde, d’ailleurs son parc hôtelier connaît une grande expansion. Et des mutations. L’époque glorieuse ou les familles expatriées british venaient par le train de la South Eastern Railways et descendaient au mythique hôtel éponyme (rebaptisé BNR), est aujourd’hui révolue. Les immenses chambres à vérandas donnant sur la mer ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, le tables de billard se sont élimées et seuls les serveurs du restaurant, vêtus de leur uniforme pompeux, font comme si rien n’avait changé depuis un demi-siècle. Le BNR n’est plus l’adresse ou il fait bon d’être vu à Puri. La clientèle a changé, aussi. Puri attire essentiellement des indiens, très peu d’étrangers. 
Puri c’est un peu Deauville, en bien moins chic. La plage est interminable, toujours balayée par les vagues incessantes du golfe du Bengale. On aurait aimé une plage plus paradisiaque, plus propre, avec plus de palmiers et moins de badauds. Mais Puri n’est pas Goa non plus. D’ailleurs, la plage semble n’exister que pour la promenade. Rares sont les baigneurs. Les courants y sont violents, et il ne faudra pas trop s’éloigner, toujours avoir pied. Mais il y a aussi et surtout, les habitudes. Et ici, les bains de mer ne sont pas inscrits à l’ordre du jour. Rien n’empêchera les messieurs d’enfiler leur maillot de bain et de prendre leur pied dans les vagues. En revanche, les dames auront plus de mal en se balader sur le sable en bikini. Personne ne les empêchera, mais tout le monde les regardera de travers. Il y aura toujours, pour se consoler, les piscines des hôtels (celle du Mayfair est très agréable), mais ce n’est pas la même chose.
 Traîner, se délasser, ne rien faire, semblent donc les activités les plus propices que l’on puisse faire à Puri. Mais il y a évidement autre chose. Alors que Puri plage est un endroit aéré et verdoyant, le coeur de la ville a quelque chose de plus bourdonnant. Allez voir cette agitation incessante sur Grand road, espèce de large boulevard informe au milieu duquel des gendarmes tentent, du haut de leur guérite, de régler la circulation chaotique. Il y a une densité, une espèce de transe qui peut paraître contradictoire par rapport à la quiétude de la plage. Cette transe va en crescendo au fur et à mesure que l’on s’approche du Jagannath Mandir, le lieu le plus saint de la ville.

Puri, Grand Road près du Jagannath Mandir
Le Jagannath Mandir est le fameux dham évoqué plus haut. Dédié à Jagannath, un des avatars de Vishnou, c’est un temple immense, surtout par rapport aux temples hindous, habituellement de dimensions modestes. Il se rapproche, par sa taille et sa forme conique, de celui de Surya à Konarak. Tous deux étaient visibles par les navigateurs en mer qui les distinguaient par leur couleur respective, blanc pour Puri, noir pour Konarak. Il règne en permanence une animation de folie autour et à l’intérieur du temple. L’ambiance y est très particulière. L’accès au temple étant interdit aux non hindous, on ne peut le contempler que de l’extérieur, ce qui ne fait pas une belle jambe. Il s’est donc établi un rituel immuable qui consiste, pour les visiteurs étrangers, à se rendre à la Raghunandan Library, qui se trouve en face du temple. La bibliothèque, dont tout le monde connaît l’adresse, est au 1er étage du bâtiment. Une fois sur place, on y fait une (petite) donation qui sera scrupuleusement inscrite dans le livre d’or de la maison afin de profiter de l’accès à la terrasse de l’immeuble pour avoir une vue sur le temple. Que l’on se le dise, la vue est assez décevante. D’une part, parce que le temple n’est pas aussi joli que ceux de Bhubaneswar et de Konarak, et d’autre part parce qu’on est trop loin pour sentir l’ambiance de ferveur. Mais attention, il ne faut pas pour autant se passer de la visite de la bibliothèque. Depuis la véranda du 1er étage, il y a une vue renversante sur la grande route et son animation. Et la salle de lecture de la bibliothèque vaut vraiment le détour. De vieux volumes sont soigneusement empilés dans des étagères en bois, des lecteurs indiens consultent des livres et revues assis à de vastes tables au-dessus desquelles tournent d’ancestraux ventilateurs. Et sur les colonnes sont toujours accrochées des photographies évoquant la visite des lieux par son altesse royale le Prince de Galles ou autres membres de la famille royale. Dans ce lieu plein de souvenirs, le bibliothécaire vous proposera peut être, moyennant un petit supplément, de vous montrer un exemplaire rare du Kama Sutra.

Puri, grande animation au stand de distribution de bhang
Retour sur la grande rue, de part et d’autre de laquelle s’alignent commerces en tous genres et pour tous publics. Des châles, ses saris, des fruits et légumes, du matériel électroménager... Autour d’un stand planté sur la chaussée, des clients se pressent dans une petite hystérie collective. Ils attendent, avec impatience, d’être abreuvés par un préposé qui prépare une mixture verdâtre. On croirait voir les gaulois du village d’Astérix faire la queue pour recevoir leur dose de potion magique! Magique elle l’est, cette potion. Les gens l’appellent Green Fanta, mais elle n’a rien d’un soft drink. Son vrai nom est le bhang, un breuvage à base de résidu de cannabis cuit dans du lhassi (lait caillé indien). A voir les mines hallucinées des buveurs dont les yeux tourbillonnent comme dans certains dessins animés de Walt Disney, le bhang n’a pas grand chose d’une drogue douce, et sa consommation semble faire des effets bien plus dévastateurs que celle d’un joint. Tout ce cérémonial se fait en pleine rue, au su et au vu de tout le monde, car Puri a cela d’exceptionnel que son statut de lieu saint lui offre une législation à la hollandaise, c’est à dire l’autorisation de vendre et de consommer certaines drogues. L’autre drogue que l’on peut se procurer en toute légalité à Puri est le ganja. Egalement originaire du cannabis, le ganja est distribué de manière différente. Des revendeurs officient, à travers la ville, dans des échoppes qui peuvent être difficiles à repérer. Il suffit de prononcer le mot à un rickshaw pour qu’il se fasse une joie de vous mener au concessionnaire le plus proche. Le marchand de ganja est assis en tailleur dans son petit magasin. Sur une table basse, devant  lui, sont alignées la marchandise et une balance. La transaction se fait dans une ambiance bien plus solennelle et moins délirante que la distribution de bhang. Considéré comme plus chic et moins violent, le ganja se fume, mais on ne va pas vous faire le mode d’emploi.
A l’autre bout de la ville (et de la même grand road), en direction de Konarak, se trouve l’autre temple intéressant de Puri, le Gundicha Mandir. Le temple est enserré dans des jardins tropicaux et son accès (payant) est autorisé aux non hindous. Chaque année, en été (autour de juin-juillet), Puri est le théâtre du Rath Yantra, une fête grandiose au cours de laquelle des processions de chars construits pour l’occasion traversent la ville, partant du Jagannath Mandir jusqu’au Gundicha Mandir. 
(1) Les quatre dhams de l’Inde sont: Badrinath dans l’Uttarchanal (Nord), Rameshwaram, dans  le Tamil Nadu (SUd), Puri, dans l’Orissa (Est) et Dwarka, dans le Gujjerat (Ouest). 
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