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LISEZ LE RÉCIT DE VOYAGE EN INDE 2003'04 [DU GANGE AU BENGALE]
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Hazrat Nizam Ud Din se trouve au sud-est de du centre de New Delhi, non loin de Sunder Nagar. La gare éponyme (trains pour Agra et ailleurs) est également dans le quartier.
Le tombeau de Nizam ud Din est ouvert tous les jours et à toute heure. Entrée libre, mais il faudra donner un billet au gardier des souliers, à l’entrée, et, éventuellement prendre des fleurs en offrandes. Le mausolée de Humayyun est ouvert tous les jours, entrée payante.
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La visite à Nizam ud Din est l’occasion de découvrir les qawwali, surtout les jeudi après midi. Ces chants musulmans de l’Inde et du Pakistan sont des hymnes à l’amour et à la spiritualité. Les maître le plus illustre dans le genre est Nusrat Fateh Ali Khan.
> ACHETER
De nombreuses petites échoppes se trouvent sur le parcours menant à la dargah. On peut y acheter des fleurs dans des feuilles de bananier et les présenter en offrandes sur la tombe du saint homme. On peut également se procurer des CDs de Nusrat Fateh Ali Khan, que l'on peut trouver chez n'importe bon disquaire!
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Nizam-ud-Din Auliya Shrine Complex, description et galerie d'images sur Archnet Digital Library

 

Nous n’avions aucune image du tombeau de Nizam ud Din Aulia, maitre soufi du XIVe siècle. Seulement la descriptions éloquente, du Guide Bleu. On y lisait: "Ce quartier apparaît comme une survivance d’un monde médiéval empreint de poésie et de ferveur au détour d’une bretelle d’autoroute. C’est sans conteste l’un des plus attachants de Delhi (…)" (1). Ces mots nous ont fait rêver durant toute la préparation de notre voyage en Inde. Au lendemain de notre arrivée à New Delhi, nous allions enfin passer à l'acte.
 
New Delhi, à la tombe de Nizamuddin
Connaught Place, fin d’après midi. Nous attrapons un taxi sous le porche de l’élégant hôtel The Park.
-Nizam ud Din!
Et la Ambassador (2) noire et jaune de se diriger vers le sud-est, à travers les larges avenues de la capitale.
- Are you going to Agra?
-Yes, répondons-nous, avec peu de conviction (nous y allons le lendemain soir).
Le chauffeur propose de nous y emmener, nous refusons poliment, précisant que nous avons déjà nos billets de train.

Au détour de quelques rues, nous débouchons sur une gare de chemin de fer. Nizam ud Din Railway Station! La gare de laquelle partent les trains pour Agra! Il y a eu malentendu sur la destination, d'ou la question que nous a posé le chauffeur quelques minutes plus tôt. Nous rectifions l'erreur, indiquant au taximan que nous n’avons pas l’intention de prendre le train pour Agra mais de visiter un mausolée. Ce qui en fait revient un peu au même, vu que les touristes qui vont à Agra le font aussi d'en l'intention de visiter un mausolée, qui est le Taj Mahal. Mais ne polémiquons pas. Le Taj Mahal et le tombeau de Nizam ud Din ne doivent pas avoir grand chose en commun.
-Nizam ud Din Tomb, not train!
-Yes, yes, tomb!
Et la Ambassador de démarrer à nouveau. Pour s’arrêter, quelques instants plus tard, dans un endroit verdoyant.
-Here, tomb!
Bizarre. Ou est la bretelle d’autoroute annoncée par le Guide Bleu? Ou est le quartier "médiéval"?
Baron a une sensation de déjà vu. Il reconnaît l’entrée du mausolée de Humayyun. C'est fou ce que ce pays (pourtant peuplé à plus de 80% d'hindous qui incinèrent leurs morts) est loti en architecture funéraire!

 
dans les jardins du mausolée de Humayyun, la porte à travers laquelle nous apercevons la tombe d'Issa Khan.
Petit retour dans le temps. C’était en 1997. Le 24 décembre. Baron et Baron venaient de débarquer à Delhi. Ce matin là, nous avions pris un taxi pour visiter le tombeau de Humayyun, remarquable monument moghol qui figure d’ailleurs sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité (3). Il y avait alors une brume matinale, et les jardins, totalement déserts, avaient des allures mystérieuses. Seuls les croasements des corbeaux venaient perturber l’idée d’harmonie et de perfection que véhiculaient ces perspectives rigoureuses. Dans le monde musulman, le jardin est une image du paradis. En persan, jardin se dit Firdaws, mot duquel dérive "paradis". C’est d’ailleurs de Perse que Humayyun a ramené l’idée de construire un tombeau entourée de jardins, idée qui sera reprise à une échelle encore plus grandiose au Taj Mahal d’Agra. Est-ce qu’il y avait autant de brume et de corbeaux au temps de Humayyun? Sans doute. Et ce parcours, qui aurait pu être bucolique avec une lumière chatoyante d’après midi, avait une gravité funèbre. Sur la droite, une porte à arcade pleine de promesses nous avait attiré (photo ci-dessus). Nous nous étions retrouvés dans un endroit beaucoup plus sauvage, avec des herbes folles, et, surgissant de nulle part, une construction de plan octogonal aux murs décrépis. Nous apprendrons par la suite qu’il s’agissait de la tombe d’un certain Issa Khan qui semblait avoir été oublié de tous. Nous avons passé beaucoup de temps à contempler cet étrange vestige abandonné, bien plus d’ailleurs que pour faire le tour de l’imposant tombeau de Humayyun lui même, peut étre trop grandiose et trop parfait. C’était donc à cet endroit que nous venions d’échouer. Il fallait expliquer à notre chauffeur qu’il y avait encore erreur, non pas sur le type de bâtiment, mais, cette fois, sur la personne.
- Nizam ud Din tomb! Not Humayyun!
- Oh, yes, Nizam ud Din Dargah!
Of course. Nous avions omis de dire le mot magique: Dargah! (4)

 
New Delhi, à la tombe de Nizamuddine
Après quelques minutes de déambulations, l’Ambassador s’arrête, avec les dernières lumières du jour, à l’entrée d’une ruelle encombrée comme on en trouve dans Old Delhi. Des marchands nous hêlent pour nous vendre des fleurs et autres bondieuseries. Au bout de la ruelle se trouve un portail. C’est l’entrée du quartier enserrant le tombeau de Nizam ud Din. C’est ici qu’il faut se déchausser. Une fois cette formalité, devenue presque une habitude tant elle est fréquente dans ce pays, faite, nous entrons.
 
New Delhi, à la tombe de Nizamuddine
Il fait sombre. Nous sommes dans un dédale de rues couvertes. A moins que ce ne soient des corridors publics. Difficile de définir cet espace. Le dédale n’est pas un labyrinthe, car il n’y a qu’un seul parcours possible, mais il n’est pas rectiligne. Le visiteur qui vient ici pour la première fois croit, qu’à chaque coin, il risquera de se perdre. Mais ce ne sera pas le cas. Le visiteur arrivera comme une lettre à la poste au tombeau de Nizam ud Din. Cette espèce de rue-corridor, ne serait qu’un passage. Une membrane séparant le saint des saints de l’agitation urbaine. Effectivement oui. Mais ce passage est une expérience des plus troublantes. On se sent raser les murs. Parfois, des fenêtres ouvrent sur des cours de maisons ou sur un bassin sacré dont on ne sait plus s’il appartient aux musulmans ou aux hindous ou s'il ne s'agit pas d'une vulgaire citerne publique. Nous sommes très loin de la rectitude des jardins de Humayyun. Très loin du Paradis, aussi. Disons plutôt le Purgatoire. Si ce parcours peut techniquement s’effectuer en moins de temps qu’il n’en faut pour lire ces lignes, il est hors du temps et il est resté gravé dans nos mémoires. Tout le long de ce passage, on est apostrophé par des ombres. Des mendiants. Des vieillards, des femmes, des hommes. Ils sont assis à même sol, blottis les uns contre les autres et enfouis dans leurs chales aux couleurs ternes. Il y a des mendiants partout en Inde. Mais ici c’est autre chose. C’est peut être la pénombre, qui donne à leurs silhouettes un aspect fantomatique et inquiétant, à leur regards une insistance dérangeante. C’est peut être tout le contexte, avec les sons des méloppées soufies, les chants qawwali viennent d’on ne sait où, qui donne à cet endroit un mélange de spiritualité poétique et d’opression carcérale. Ces hommes et ces femmes semblent incarner la misère de l’humanité toute entière. On pourrait aller plus loin et dire qu’il sont la condition humaine, et qu’ils s’imposent, ici plus que nulle part ailleurs, à nous, spectateurs privilégiés et fortunés venus en touristes. Nous n’avons pas le choix, nous ne pouvons pas les ignorer. Ils sont là.
 
New Delhi, à la tombe de Nizamuddine
Ce parcours dans les tréfonds de l’humanité débouche, au détour de quelques marchands de fleurs et d’offrandes, sur une cour au cœur de laquelle se trouve la dargah, mausolée de Nizam ud Din. Le lecteur aura compris que la motivation de cette visite n’est pas la grandeur de l’architecture mais cette ambiance unique de ferveur et de piété. Nizam ud Din Aulia est un objet de vénération. Il y a toujours du monde, qui vient, avec beaucoup de dignité, prier sur la tombe. On retrouve mieux, ici, cette poésie mélancolique et lancinante que véhiculent les qawwali. Les femmes ne sont pas autorisées à pénètrer dans le dargah. Elles prient au seuil de l’élégant édifice en marbre blanc. Le hommes, eux, se pressent à l’intérieur. Ils se prosternent devant la sépulture du saint homme avant d’en faire le tour dans le sens des aiguilles d’une montre. L’espace est très étroit. Au centre, le sarcophage, recouvert de fleurs déposées par les fidèles qui font le tour coincés contre les murs ajourés, et qui prennent soin de ne pas lui tourner le dos, surtout en sortant. C’est très lumineux, et, avec toutes ces fleurs oranges, très coloré. Comme on y tourne autour, ça donne un effet de kaleidoscope. Comme si on était passé de la pénombre du purgatoire à la lumière du paradis.
 
New Delhi, à la tombe de Nizamuddine
Autour du saint des saints on est dans un monde clos, loin de la ville et de ses affres. Ici et là, une mosquée, et d’autres tombes de dignitaires. Et toujours cette ferveur, toujours cette poésie. C’ést encore la condition humaine, celle qui vient se ressourcer dans des rituels collectifs qui lui permettent de retrouver son âme. Ce petit quartier enserrant la tombe d’un maître soufi était un microcosme du monde entier.
(1) Guide Bleu, Inde du Nord Vallée du Gange, Marches du Deccan, 2001, pp. 218-219.
(2) Modèle de voiture servant de taxi en Inde. Très retro.
(3) Deux sites de New Delhi figurent sur cette prestigieuse liste: la tombe de Humayyun et le Qutb Minar.
(4) Mausolée, tombe.
1997, 2003, 2004, Baron & Baron (texte), Stad, Claude Abou Chedid (photos), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS