| > ALLER / VENIR |
| Hazrat Nizam Ud Din se trouve au
sud-est de du centre de New Delhi, non loin de Sunder Nagar. La gare
éponyme (trains pour Agra et ailleurs) est également dans
le quartier. |
| Le tombeau de Nizam ud Din est ouvert
tous les jours et à toute heure. Entrée libre, mais il
faudra donner un billet au gardier des souliers, à
l’entrée,
et, éventuellement prendre des fleurs en offrandes. Le
mausolée de Humayyun est ouvert tous les jours, entrée
payante. |
| > ECOUTER / VOIR |
| La visite à Nizam ud Din est
l’occasion de découvrir les qawwali, surtout les jeudi
après midi. Ces chants musulmans de l’Inde et du Pakistan sont
des hymnes à l’amour et à la spiritualité. Les
maître le plus
illustre dans le genre est Nusrat Fateh Ali Khan. |
| > ACHETER |
| De nombreuses petites échoppes
se trouvent sur le parcours menant à la dargah. On peut y
acheter des fleurs dans des feuilles de bananier et les
présenter en
offrandes sur la tombe du saint homme. On peut également se
procurer des CDs de Nusrat Fateh Ali Khan, que l'on peut trouver chez
n'importe bon disquaire! |
>
LIRE
|
Nizam-ud-Din Auliya Shrine Complex,
description et galerie d'images sur Archnet Digital Library
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| Nous
n’avions aucune image du tombeau de Nizam ud Din Aulia, maitre soufi du
XIVe siècle. Seulement la descriptions éloquente, du
Guide Bleu. On y lisait: "Ce quartier apparaît comme une
survivance d’un monde médiéval empreint de poésie
et de ferveur au détour d’une bretelle d’autoroute. C’est sans
conteste l’un
des plus attachants de Delhi (…)" (1).
Ces mots nous ont fait rêver durant toute la préparation
de
notre voyage en Inde. Au lendemain de notre arrivée à New
Delhi, nous allions enfin passer à l'acte. |
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| New Delhi, à la
tombe de Nizamuddin |
Connaught
Place, fin d’après midi. Nous attrapons
un taxi sous le porche de l’élégant hôtel The Park.
-Nizam ud Din!
Et la Ambassador (2)
noire et jaune de se diriger vers le sud-est, à travers les
larges
avenues de la capitale.
- Are you going to Agra?
-Yes, répondons-nous, avec peu de conviction (nous y
allons le lendemain soir).
Le chauffeur propose de nous y emmener, nous refusons poliment,
précisant que nous avons déjà nos billets de train.
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Au détour de quelques rues, nous débouchons
sur une gare de chemin de fer. Nizam ud Din Railway Station! La gare de
laquelle partent les trains pour Agra! Il y a eu malentendu sur la
destination, d'ou la question que nous a posé le chauffeur
quelques minutes plus tôt. Nous rectifions l'erreur, indiquant au
taximan que nous n’avons pas l’intention de prendre le train pour
Agra mais de visiter un mausolée. Ce qui en fait revient un peu
au même, vu que les touristes qui vont à Agra le font
aussi
d'en l'intention de visiter un mausolée, qui est le Taj Mahal.
Mais ne polémiquons pas. Le Taj Mahal et le tombeau de Nizam ud
Din ne doivent pas avoir grand chose en commun.
-Nizam ud Din Tomb, not train!
-Yes, yes, tomb!
Et la Ambassador de démarrer à nouveau. Pour
s’arrêter, quelques instants plus tard, dans un endroit
verdoyant.
-Here, tomb!
Bizarre. Ou est la bretelle d’autoroute annoncée par
le Guide Bleu? Ou est le quartier "médiéval"?
Baron a une sensation de déjà vu. Il reconnaît
l’entrée du mausolée de Humayyun. C'est fou ce que ce
pays (pourtant peuplé à plus de 80% d'hindous qui
incinèrent leurs morts) est loti en architecture
funéraire!
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| dans les jardins
du mausolée de Humayyun, la porte à travers laquelle nous
apercevons la tombe d'Issa Khan. |
Petit
retour dans le temps. C’était en 1997. Le 24 décembre.
Baron et Baron venaient de débarquer à Delhi. Ce matin
là, nous avions pris un taxi pour visiter le
tombeau de Humayyun, remarquable monument moghol qui figure d’ailleurs
sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité (3). Il y avait alors une brume matinale, et
les jardins, totalement déserts, avaient des allures
mystérieuses. Seuls les croasements des corbeaux venaient
perturber l’idée d’harmonie et de perfection que
véhiculaient ces perspectives rigoureuses. Dans le monde
musulman, le jardin est une image du paradis. En persan, jardin se dit
Firdaws, mot duquel dérive "paradis". C’est d’ailleurs de
Perse que Humayyun a ramené l’idée de construire un
tombeau entourée de jardins, idée qui sera reprise
à une échelle encore plus grandiose au Taj Mahal d’Agra.
Est-ce qu’il y avait autant de brume et de corbeaux au temps de
Humayyun? Sans doute. Et ce parcours, qui aurait pu être
bucolique avec une lumière chatoyante d’après midi, avait
une gravité funèbre. Sur la droite, une porte à
arcade pleine de promesses nous avait attiré (photo ci-dessus).
Nous nous étions retrouvés dans un endroit beaucoup plus
sauvage, avec des herbes folles, et, surgissant de nulle part, une
construction de plan octogonal aux murs décrépis. Nous
apprendrons par la suite qu’il s’agissait de la tombe d’un certain Issa
Khan qui semblait avoir été oublié de tous. Nous
avons passé beaucoup de temps à contempler cet
étrange vestige abandonné, bien plus d’ailleurs que pour
faire le tour de l’imposant tombeau de Humayyun lui même, peut
étre trop grandiose et trop parfait. C’était donc
à cet endroit que nous venions d’échouer. Il fallait
expliquer à notre chauffeur qu’il y avait
encore erreur, non pas sur le type de bâtiment, mais, cette fois,
sur la personne.
- Nizam ud Din tomb! Not Humayyun!
- Oh, yes, Nizam ud Din Dargah!
Of course. Nous avions omis de dire le mot magique: Dargah!
(4)
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| New Delhi, à la
tombe de Nizamuddine |
Après
quelques minutes de déambulations, l’Ambassador s’arrête,
avec les dernières lumières du jour, à
l’entrée d’une ruelle encombrée comme on en trouve dans
Old Delhi. Des marchands nous hêlent pour nous vendre des fleurs
et autres bondieuseries. Au bout de la ruelle se trouve un portail.
C’est l’entrée du quartier enserrant le tombeau de Nizam ud Din.
C’est ici qu’il faut se déchausser. Une fois cette
formalité, devenue presque une habitude tant elle est
fréquente dans ce pays, faite, nous entrons.
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| New Delhi, à la
tombe de Nizamuddine |
Il
fait sombre. Nous sommes dans un dédale de rues couvertes. A
moins que ce ne soient des corridors publics. Difficile de
définir cet espace. Le dédale n’est pas un labyrinthe,
car il n’y a qu’un seul parcours possible, mais il n’est pas
rectiligne. Le visiteur qui vient ici pour la première fois
croit, qu’à chaque coin, il risquera de se perdre. Mais ce ne
sera pas le cas. Le
visiteur arrivera comme une lettre à la poste au tombeau de
Nizam
ud Din. Cette espèce de rue-corridor, ne serait qu’un passage.
Une membrane séparant le saint des saints de l’agitation
urbaine.
Effectivement oui. Mais ce passage est une expérience des plus
troublantes.
On se sent raser les murs. Parfois, des fenêtres ouvrent sur des
cours de maisons ou sur un bassin sacré dont on ne sait plus
s’il
appartient aux musulmans ou aux hindous ou s'il ne s'agit pas d'une
vulgaire
citerne publique. Nous sommes très loin de la rectitude des
jardins
de Humayyun. Très loin du Paradis, aussi. Disons plutôt le
Purgatoire. Si ce parcours peut techniquement s’effectuer en moins de
temps qu’il n’en faut pour lire ces lignes, il est hors du temps et il
est resté gravé dans nos mémoires. Tout le long de
ce passage, on est apostrophé par des ombres. Des mendiants. Des
vieillards, des femmes, des hommes. Ils sont assis à même
sol, blottis les uns contre les autres et enfouis dans leurs chales aux
couleurs ternes. Il y a des mendiants partout en Inde. Mais ici c’est
autre
chose. C’est peut être la pénombre, qui donne à
leurs
silhouettes un aspect fantomatique et inquiétant, à leur
regards une insistance dérangeante. C’est peut être tout
le contexte, avec les sons des méloppées soufies, les
chants
qawwali viennent d’on ne sait où, qui donne à cet endroit
un mélange de spiritualité poétique et d’opression
carcérale. Ces hommes et ces femmes semblent incarner la
misère de l’humanité toute entière. On pourrait
aller plus loin
et dire qu’il sont la condition humaine, et qu’ils s’imposent, ici plus
que nulle part ailleurs, à nous, spectateurs
privilégiés et fortunés venus en touristes. Nous
n’avons pas le choix, nous ne pouvons pas les ignorer. Ils sont
là.
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| New Delhi, à la
tombe de Nizamuddine |
Ce
parcours dans les tréfonds de l’humanité débouche,
au détour de quelques marchands de fleurs et d’offrandes, sur
une cour au cœur de laquelle se trouve la dargah, mausolée de
Nizam ud Din. Le lecteur aura compris que la motivation de cette visite
n’est pas la grandeur de l’architecture mais cette ambiance unique de
ferveur et de piété. Nizam ud Din Aulia est un objet de
vénération. Il y a toujours du monde, qui vient, avec
beaucoup de dignité,
prier sur la tombe. On retrouve mieux, ici, cette poésie
mélancolique et lancinante que véhiculent les qawwali.
Les femmes ne sont pas autorisées à
pénètrer dans le dargah. Elles prient au seuil de
l’élégant édifice en marbre blanc. Le hommes, eux,
se pressent à l’intérieur. Ils se prosternent devant la
sépulture du saint homme avant d’en faire le tour dans
le sens des aiguilles d’une montre. L’espace est très
étroit. Au centre, le sarcophage, recouvert de fleurs
déposées par les fidèles qui font le tour
coincés contre les murs ajourés, et qui prennent soin de
ne pas lui tourner le dos, surtout en sortant.
C’est très lumineux, et, avec toutes ces fleurs oranges,
très
coloré. Comme on y tourne autour, ça donne un effet de
kaleidoscope.
Comme si on était passé de la pénombre du
purgatoire
à la lumière du paradis.
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| New Delhi, à la
tombe de Nizamuddine |
| Autour
du saint des saints on est dans un monde clos, loin de la ville et de
ses affres. Ici et là, une mosquée,
et d’autres tombes de dignitaires. Et toujours cette ferveur, toujours
cette poésie. C’ést encore la condition humaine, celle
qui vient se ressourcer dans des rituels collectifs qui lui permettent
de retrouver son âme. Ce petit quartier enserrant la tombe d’un
maître soufi était un microcosme du monde entier.
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(1)
Guide Bleu, Inde du Nord Vallée du Gange, Marches
du Deccan, 2001, pp. 218-219.
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(2)
Modèle de voiture servant de taxi en Inde. Très retro.
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(3)
Deux sites de New Delhi figurent sur cette prestigieuse liste: la tombe
de Humayyun et le Qutb Minar.
|
(4)
Mausolée, tombe.
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| 1997, 2003, 2004, Baron & Baron
(texte), Stad, Claude Abou Chedid (photos), tous droits
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