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LISEZ LE RÉCIT DE VOYAGE EN INDE 2003'04 [DU GANGE AU BENGALE]
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> ALLER / VENIR
Si vous avez l’intention d’aller à Bénarès par avion, vous avez le choix entre: le vol quotidien Delhi-Bénarès de la Air Sahara, le vol quotidien Mumbai-Delhi-Bénarès de la Indian Airlines et le vol Delhi-Agra-Khajuraho-Bénarès d’Alliance Air pour Indian Airlines. Ce dernier est à éviter. Nous avons tenté de le prendre trois fois: Il fut annulé deux fois et, lorsqu’il décolla, ce fut avec 8h de retard! Indian Airlines assure également des vols Bénarès-Katmandou. 
Le moyen de transport le plus fréquent pour aller et venir de Bénarès est le train, notamment depuis Delhi, Agra, Lucknow ou Calcutta. Pensez réserver longtemps à l’avance. La gare de Varanasi Cantonnement (le plus importante de la ville, avec une enseigne Varanasi en anglais, hindi et urdu) est chaotique à souhait et il faut beaucoup de patience savoir à quel quai (et ou, sur le quai) il faut attendre le train. Seuls les porteurs détiennent cette info. Sachez enfin qu’il y a dans la gare un bureau d’assistance aux voyageurs étrangers mais que son utilité est assez limité (préposé pas très au courant de ce qui se passe). 
De nombreux routards prennent depuis Bénarès un bus pour se rendre à la frontière népalaise et rejoindre Katmandou. Nous n’avons pas tenté l’aventure..
La circulation à Bénarès à de quoi donner le tournis. C’est un chaos assez indescriptible de rickshaws (à bicyclette et à moteur). Pour se rendre sur les ghats et alentours, les rickshaws vous déposeront au bout de Chaitganj road d’où vous devrez marcher quelques minutes pour arriver à Dasaswamedh ghat, le plus grand et le plus accessible des ghats. Depuis cet endroit, vous pourrez, au choix, longer les ghats à pied, vous perdre dans les ruelles labyrinthiques de la vieille ville, ou prendre une promenade en bateau (recommandée à l’aube).
> DORMIR
Les routards qui viennent à Bénarès logent habituellement dans des petits hôtels ou guesthouse disséminés un peu partout autour des ghats. L’expérience pourra s’avérer pesante pour certains qui trouveront l’ambiance un peu trop intense. Surtout si l’établissement choisi a des fenêtres qui donnent directement sur les ghats de crémation.
L’adresse la plus recommandable est l’Hotel Ganges View (tel: 0542 – 2313218, fax: 0542 – 2369695), une adorable maison rouge perchée au-dessus de l’Assi ghat, au sud de la ville. L’endroit est fort sympathique, joliment décoré, et on y donne parfois des concerts de musique classique indienne. L’adresse étant très prisée, il est recommandé de réserver longtemps à l’avance.
Nous avons logé à l’hôtel Pallavi, un ancien palais de maharadjah situé en centre ville mais pas tout à fait sur les ghats (compter 10 min en rickshaw). L’endroit a le mérite d’être situé sur une ruelle calme qui contraste avec l’agitation de la ville. Passé une extension moderne assez kitsch dans laquelle se trouve la réception, les chambres sont disposées dans ce que fut le palais (palais est quand même un grand mot) autour d’un patio assez charmant, avec, à l’étage une agréable galerie qui en fait le tour et ou l’on peut s’affaler dans un canapé. Les chambres sont immenses (disons plutôt des suites), avec des meubles anciens assez amusants, mais déglinguées. La literie n’est pas spécialement orthopédique et les salles de bains n’ont pas vu de plombier depuis des lustres. Malgré sa vétusté, l’endroit (qui n’est pas bon marché) ne manque pas de charme. Ce qui nous a dérangés en revanche est l’attitude du personnel qui n’a pas manqué de stratagèmes pour nous extorquer de l’argent, au niveau du “room service” qui pointait pour un oui pour un nom et attendant systématiquement un bakchich, mais surtout au moment de régler la note qui s’est envolée, enrichie de petits suppléments qui n’étaient pas vraiment prévus au programme. 
Si vous désirez loger à Bénarès, sans sentir que vous êtes à Bénarès, vivre dans une ambiance feutrée et aseptisée, profiter des services d’un hôtel de classe internationale et vous baigner non pas dans le Gange mais dans une piscine, optez pour le Taj Ganges, l’établissement le plus luxueux de la ville, ou pour le moins onéreux Radisson. Des agences de voyages pourront vous procurer des tarifs avantageux pour ce dernier (qui vous reviendra en fait le même prix que le Pallavi cité plus haut).
> MANGER
Nous n'avons honnêtement pas fait de repas inoubliable à Bénarès. A moins de tomber sur un endroit vraiment charment, vous pouvez vous contenter de la cuisine de votre hôtel ou guesthouse.
> ÉCOUTER / VOIR
Benares a une tradition musicale et très importante. De nombreux concerts de musique classique indienne s'y déroulent à longueur d'année mais il est difficile de connaître les programmations à l'avance. Le mieux est de se renseigner sur place. La Ganges View Hotel (cf. plus haut) organise parfois des soirées musicales.
> LIRE
Banaras: Sacred City of India, Raghubir Singh, ed. Thames & Hudson, 1988, beau livre du grand photographe indien, difficile à dénicher de nos jours.
Circuits, Death And Sacred Fiction: The City of Banaras, Mahesh Senagala, CTHEORY, novembre 1999, un article de fond sur l'organisation de la ville par rapport à ses rituels.
Banaras Hindu University Varanasi, site officiel.
> ACHETER
Bénarès est célèbre pour ses soiries que vous trouverez chez les innombrables marchands du Chowk. Vous trouverez aussi toutes sortes d'objets d'artisanant très intéressants dans des petites echoppes disséminées dans les ruelles de la vieille ville: bijoux, pipes à ganja, chales safran avec des inscriptions en sancrit, etc. 

 

Lorsqu'on a décidé de partir pour Bénarès, on a la tête déjà toute pleine. Pleine d'images vues dans des magazines, des livres et des films, comme le magnifique Baraka de Ron Fricke. Pleine aussi des récits que nous ont ramené ceux qui y sont déjà allés. Il y a ceux qui se sont ressourcés "j'ai passé une semaine à faire du yoga et de la méditation sur le toit de mon guesthouse" (Ziad), ceux qui ont pété les plombs "Greg, tu ne peux pas imaginer, Varanasi, c'est de la folie. Fares et moi on en est vraiment tombés malades!" (Carol), ceux qui ont joué les braves et en on pris plein la gueule "la fenêtre de ma chambre d'hôtel donnait juste sur le ghat de crémation" (Maryse), sans compter ceux qui se sont baignés dans les eaux du Gange.
Varanasi (Benares), Dasashvamedha Ghat
Inutile de dire qu'avant d'y arriver, on ne cesse d'y penser. Est-ce aussi incroyable qu'ils le disent? Est-ce que je serais une autre personne à mon retour? C'est un désir très profond, presque un besoin, mêlé à une certaine appréhension. Lors de notre premier voyage en Inde, nous étions à Khajuraho, à deux pas de Bénares, mais nous n'avons pas osé faire le pas. Nous n'étions peut être pas encore prets. Cette fois-ci, Bénares fut placé au coeur du parcours. C'était, pour la majorité d'entre nous, le but du voyage. Nous devions y arriver le 24 décembre. Passer un réveillon de Noël dans la ville sainte de l'hindouisme eut été une drôle d'expérience. C'était sans compter avec l'annulation de notre vol et notre arrivée dans cette ville, retardée de plus de 24h et compromise jusqu'à la dernière minute.
Varanasi (Benares), Manikarnika Ghat
La première chose que nous avons vu de Bénarès a été son aéoport. Minuscule et champêtre, pas aussi chaotique que ne l'avait annoncé le Guide du Routard. Taxi pour notre hôtel, en ville. Plus on s'y enfonce, plus l'ambiance change, et se démarque des autres villes indiennes. C'est quelque chose d'imperceptible, à moins que ce soit tout simplement nous qui soyions tellement conditionnés. Il fait nuit quand nous nous promenons à pied dans les rues du Chowk, le centre animé, autour de Chaitganj road. L'agitation est très intense. Les rickshaws, à pédales ou à moteur, les piétons, les marchands, les flics, les camions, cohabitent difficilement dans un brouhaha indéscriptible. De nuit ou de jour, à pied ou en rickshaw, ces artères semblent interminables et dégagent une ambiance très stressante. De temps à autre, on tombe sur un petit temple hindou ou se déroule une Puja. Cette cérémonie brève, ou des chants sont accompagnés d'instruments à cuivre, se tient sur le trottoir même. Dans leurs prières, les hindous ont cette faculté admirable de se détacher du chaos ambiant pour entrer dans leur bulle de spiritualité. Les hindous ne sont pas seuls à Bénarès. Il y a beaucoup de musulmans, comme l'attestent les deux mosquées devant lesquelles nous passons, ainsi qu'une communauté chrétienne. Nous étions entrés en contact avec l'évêque Mgr Patrick D'souza, afin de nous enquérir des festivités de Noël. Le diocèse de Bénarès a récemment construit une nouvelle cathédrale non loin de la Gare de Varanasi-Cantonnemnent. Sur le Chowk, l'édifice le plus important est l'église Saint Thomas, de style néo-gothique. Lors de notre passage, le 25 décembre au soir, il s'y passait des choses assez bizarres (cf. notre récit de voyage) qui ne semblaient pas très catholiques.
Varanasi (Benares), temple népalais
Mais laissons les églises et mosquées. Nous sommes venus à Bénarès pour voir le Gange, et ce dernier semble introuvable. Ce n'est pas comme lorsqu'on débarque à Venise et qu'on découvre directement le Grand Canal. Il faut longer Chaitganj road, cette grande avenue courbe du chowk, jusqu'au bout, là ou les rickshaws ne peuvent plus continuer et la chaussée devient un passage en terre battue pour les seuls piétons. Plus il avance, plus le voyageur est harcelé par des mendiants et des rabatteurs qui le poursuivent et le sermonnent dans toutes les langues que Dieu à créées après la tour de Babel. Entre les marchands de fruits et légumes, de châles safran aux inscriptions en sanscrit, et de peintures dévotionnelles, les pélérins frayent leur chemin. Nous aboutissons au sommet d'un vaste escalier. Nous sommes enfin arrivés sur les ghats. 
Varanasi (Benares), Man Mandir Ghat, intérieur du palais du Maharajah de Jaipur
L'endroit en question s'appelle Dasashvamedha Ghat. Le ghat le plus grand et le plus facilement accessible. C'est souvent d'ici que commencent les promenades sur les bords du Gange. L'endroit, qui a le mérite d'être vaste dans cette ville de dédales, est toujours bondé. A 5h du matin, on y vient pour faire l'inévitable excursion en barque au lever du soleil. C'est une des expériences les plus belles du voyage. Il fait encore nuit lorsque l'on arrive sur le ghat et que l'on négocie avec les bateliers. Des enfants viennent nous vendre des feuilles dans lesquelles sont posés des fleurs et une petite chandelle. La promenade commence avec les premières lueurs de l'aube. La promenade se fait dans un calme étonnant. On est loin de l'agitation hystérique du chowk. Nous allumons les petites lampes des barquettes que nous ont vendu les enfants avant de les mettre à flot en faisant un voeu ou en pensant à un être cher. C'est un moment très émouvant. L'image de ces frêles lumières flottant sur l'eau est très belle.
Varanasi (Benares), Chet Singh Ghat
La barque longe les rives sur lesquelles sont aménagées les marches permettant aux hindous de descendre à l'eau. Les ghats se succèdent et sont signalés par des panneaux bilingues anglais-hindi, comme ceux des stations de metro. Certains ghats sont particulièrement sacrés. Le panchtirtha, un parcours qui passe par cinq ghats, est un devoir pour tout hindou désirant de pouvoir atteindre le nirvana. Un des arrets du panchtirtha est le Manikarnika Ghat, le lieu le plus saint de la ville, au pied duquel est construit un temple immergé et penché dédié a Shiva, comme pour souligner la force destructrice du dieu. D'autres ghats sont bien moins importants, comme celui des blanchisseurs et le Rana Ghat réservé aux musulmans. Présence islamique que l'on retrouve avec la mosquée d'Aurangzeb construite par ce souverain moghol sur les restes d'un temple hindou, et dont la coupole et les minarets se dressent au dessus du fleuve.

Le Gange est un fleuve sacré descendu du ciel, et pour l'hindou, s'y baigner correspond un peu a atteindre le ciel. Il sont donc nombreux à venir en pélérinage à Bénarès pour s'y baigner. On les voit dès cette heure matinale, tremper leurs corps gaillards dans l'eau saumatre, qui à cette heure-ci, est tiède. Parmi les fidèles en extase dans cette célèbration de la vie, on remarque des occidentaux, comme cet homme barbu aux cheveux longs assis en tailleur à méditer pendant des heures sur une plate forme surélevée, ou cette très belle femme en sari rouge venue prendre de l'eau dans un grand gallon métallique.
Varanasi (Benares), Reewa Ghat
Fleuve de vie et d'espoir, le Gange est aussi l'endroit ou l'on vient pour mourrir et s'y faire incinérer sur les ghats de crémation. Il y en a plusieurs à Bénares, le plus grand étant le Jalsain Ghat, voisin du Manikarnika Ghat cité plus haut. Depuis la barque, on le distingue de loin par la fumée qui s'en dégage en permanence. Tout autour, des monticules de bois servent à alimenter les buchers. Le batelier, qui rapelle l'interdiction formelle de photographier les lieux, nous informe que le fournisseur de bois est un homme extrait d'une des castes les plus basses, mais que c'est l'homme le plus riche de la ville. Voir le ghat de crémation depuis le Gange est spectaculaire, mais s'y rendre est bien plus troublant. Nous avions fait cette étrange promenade la veille, alors que nous arpentions les dédales de la vieille ville.

Il était un peu plus de 22h lorsque nous avions débouché sur un escalier bordé de deux grands bâtiments crasseux et qui descendait vers le bucher. Il y a avait une odeur de brulé qui, à priori, n'avait rien de spécial, mais qui, avec le temps, semblait devenir insupportable. Ces deux immeubles cités avaient des façades lezardées qui semblaient avoir été ravagées par une guerre. Leur fonction n'était pas plus réjouissante. C'étaient des hospices ou plutôt des mourroirs. Vieillards et malades y séjournaient dans l'attente de l'heure ultime de leur mort et de la crémation, qui aurait lieu juste à quelques pas de là. Quelqu'un nous a invités à y pénétrer, afin de profiter de la vue panoramique sur le ghat. Réjouissante proposition qu'il était impossible de refuser au milieu de tous ces regards insistants. L'intérieur de l'endroit était aussi lugubre que prévu. Des salles vides et ouvertes aux quatre vents dans lesquelles les pensionnaires dormaient à même le sol. On nous guida pour nous frayer un chemin entre ces défunts en attente et atteindre la terrasse dotée d'une vue imprenable.
Varanasi (Benares), Dasashvamedha Ghat
A nos pieds, cinq buchers fonctionnent simultanément. Ce ghat est en service permanent, 24h sur 24, 365 jours par an, depuis plusieurs centaines d'années, selon un rituel immuable que rien (guerre, cyclone, grêve des aiguilleurs du ciel...) ne viendrait perturber. Enveloppé dans un tissu brillant, le corps du defunt arrive à travers les ruelles étroites de la ville, porté par une procession composée de proches et précédée par des hommes de la caste des Doms (qui s'occupe des rituels funéraires) qui l'annoncent en répétant un Mantra. Les passants, ainsi avertis, sont priés de s'écarter du passage. Les femmes ne sont pas autorisées à participer aux cérémonies afin que leurs pleurs ne viennent pas perturber le cours des choses. Un fois arrivé à destination, le corps est baigné dans les eaux du Gange avant d'être installé sur le bucher qui sera allumé par un proche du défunt. C'est alors que commence ce processus étrange au cours duquel le corps humain se désagrège, se réduit en cendres. Les préposés à la crémation, membres de cette caste citée plus haut et dont le rôle est à la fois impur et indispensable, font ce travail à la chaine, manipulant les corps humains ou ce qui en reste avec autant d'émotion qu'une secrétaire tapote sur le clavier de son ordinateur. La directrice de l'hospice nous decrivait le rituel dans ses moindres détails, avec une voix rauque et un ton monocorde plein de gravité. Le fait d'avoir vu ce spectacle en pleine nuit, et, par dessus le marché, depuis cette salle d'attente de la mort, n'arrangeait pas les choses. C'était très dur d'être confronté à cette banalisation de la mort. Comme si la vie sur terre avait si peu de valeur. Chacun d'entre nous a été pris par des pensées remettant en question ce qu'il savait, ou plutot ce qu'il croyait savoir sur la vie, la mort, l'existence. Ces pensées n'ont pas cessé de germer en nous, plusieurs mois après notre retour au Liban. Notre rapport avec les choses de la vie, notre comportement, notre sens des valeurs s'en est trouvé altéré, et ce après quelques heures à peine passées dans cette ville. La réponse aux questions posées avant le voyage étaient claires. Oui, c'est aussi extraodirnaire qu'ils le disent. En fait, c'est encore plus extraordinaire, encore plus perturbant, encore plus beau et encore plus terrible que tout ce que l'on a pu imaginer. Oui, on ne peut pas sortir indemne de Bénarès. Non que l'on devienne un(e) autre, mais on devient en tout cas plus sage et plus fou à la fois. Le spectacle du ghat de crémation nous a tous hantés. La nuit que nous avons passé a Bénarès fut des plus étranges. Alors que j'étais sous la douche, je sentais ma peau, elle avait une drôle d'odeur. On aurait dit le parfum de la mort. Plus tard, au moment de dormir, nous n'avons pas cessé d'entendre des bruits stridents, empêchant le sommeil de pointer tant ils semblaient angoissants. Le lendemain matin nous avions appris qu'il ne s'agissait que de trains.
Varanasi (Benares), Mir Ghat
Difficile d'imaginer qu'on puisse mener une vie normale à Bénarès. Tout y est si intense, si extrême, que les notions mêmes de normalité, de routine et de quotidien semblent ici exclues. Comment concevoir, qu'en pleine ville, un temple hindou se retrouve enserré entre les branches et les racines d'un arbre, comme si on était à Angkor? Commment réagir, en se promènant sur les quais, à cette étrange cohabitation entre ces sages en méditation qui semblent atteindre le sublime, ces élégantes vieilles femmes qui lavent leurs saris colorés et les étalent sur les marches, et ces vaches qui trainent et qui laissent sans complexe leurs excréments un peu partout? Cette perpétuelle dualité entre le beau et le laid, le pur et l'impur, le noble et l'infâme, toutes ces contradictions ne cessent de nous interpeller. Toujours des questions, jamais des réponses. Et puis, le quotidient reprend parfois ses droits. Dans les marchés, ou le commerce est toujours roi, dans les ruelles, ou, en soirée se dégagent des sons mélodieux qui rappellent au promeneur que Bénarès est un important centre pour la culture (et la musique) indienne. Sans compter ce ghat que se sont approprié les enfants pour en faire un terrain de cricket (photo ci-dessus).
Varanasi (Benares), quelque part dans la vieille ville
Au détour d'un ruelle, des peintures votives déploient leurs couleurs vives. Qui est cette déesse à quatre bras chevauchant un éléphant? Peut être Lakshmi, déesse de la prospérité (photo ci-dessus). Et ce cette tête moustachue en forme de soleil rayonnant? serait-ce Surya, dieu du soleil? Ces images, de facture naive, rappellent que le génie de l'Inde se conjugue aussi bien dans les grands monuments qu'à chaque coin de rue. Allons au temple népalais, perché au dessus du Lalita Ghat, dont la silhouette se démarque avec sa forme de tour composée de deux toits superposés desquels pendent des clochettes. Dédié à Shiva, le temple fut construit au début du XIXe siècle. Il est entouré d'une galerie ou sont exposées des sculptures en bas relief, dont des scènes érotiques recommandées par  les guides de voyage. Nous avons aimé cet endroit pour la beauté formelle de son architecture, mais aussi pour la quiétude et la sérénité que procurent son environnement. Construit à l'ombre d'un arbre touffu sur une hauteur dominant les ghats, il jouit d'un certain isolement par rapport au brouhaha de la ville. On y est accueuili par de jeunes moines résidents (photo ci-dessous), dont le supérieur, originaire du Bhoutan. Le genre de rencontres délicieuses qui rappellent qu'un voyage ce n'est pas seulement voir, c'est aussi partager.
Varanasi (Benares), temple népalais
La majorité des édifices surplombant des ghats de Bénarès sont de somptueux palais que se firent construire les maharajahs et autres princes hindous, au sommet de leur gloire, pour venir en pélérinage dans la ville sainte. C'est un mélange de résidences secondaires et d'ambassades, et c'était évidement la concurrence à qui va avoir la façade la plus grandiose de cet alignement qui n'est pas sans rappeler, dans un autre genre, le Grand Canal de Venise. On raconte ainsi l'histoire de l'épouse du raja de Gwalior qui voulut avoir, en 1830, le palais le plus grandiose de la ville, sur Scindia Ghat, si grandiose qu'il s'écroula! Ces palais sont d'ailleurs dans un état assez délabré, depuis la fin de la puissance de ces seigneurs locaux. Abandonnés, ils tombent en décrépitude, parfois en ruines, envahis par la végétation, donnant à Bénarès un aspect encore plus mystérieux. Toute la ville semble tomber en ruine et s'enfoncer dans l'eau du fleuve. Le plus beau et le plus ancien de ces palais est celui du Raja d'Amber, situé sur Man Mandir Ghat, juste à côté du Dasashvamedha Ghat (à gauche dans le sens de la descente). A la fin du XVIIe siècle, cet élégant édifice fut réaménagé par Jai Singh II, maharajah de Jaipur, qui installa sur le toit un observatoire astronomique ou Jantar Mantar. Ce monarque eclairé était un passionné d'astronomie. Il a fait construire plusieurs Jantar Mantar, les plus fameux étant ceux de Jaipur et de Delhi (cf. nos pages sur ces villes), avec des lunettes d'observation monumentales et autres instruments étranges pour la lecture des signes astrologiques. La version de Bénarès est bien plus modeste mais n'est pas moins intéressante. Drole d'endroit, duquel on a une vue panoramique sur la ville et son agitation febrile, ou l'on contemple ces instruements scientifiques complexes et que l'on repense à tous ces rituels, ces croyances et toute cette complexité qui fait la singularité de Bénarès.
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