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> ALLER / VENIR
L'aéroport International de Dubai est un des plus actifs du monde. Il fonctionne 24h sur 24, avec des heures de pointe la nuit. Pour aller de et vers l'aéroport, de nombreux taxis sont disponibles. Il sont toujours climatisés et abordables par rapport au cout (très élevé) de la vie. Des bus navettes circulent entre les hôtels et certains points de la ville, se renseigner auprès de concierge sur leurs horaires et parcours.
Autrefois ramassée autour de la crique, l’agglomération s’étale depuis dix ans le long de l’axe Sharjah-Abou Dhabi, la Cheikh Zayed Road. Si cette artère autoroutière roule généralement bien, les secondaires et sorties sont souvent très encombrées surtout aux heures de pointes. L’accroissement démographique a fait de Dubaï un enfer de la circulation que les autorités tentent de soigner a travers des solutions - instauration de péages, construction d’un métro aérien – qui laissent les résidents sceptiques. Le climat rend la promenade a pied impossibles au moins neuf mois sur douze.
La crique de Dubai est traversée à longueur de journée par des embarcations rustiques manoeuvrées par des iraniens et des pakistanais. Prix modique et ambiance garantis.
> DORMIR
La palette hôtelière de Dubaï s’étale habituellement en palaces clinquants aux tarifs astronomiques, auberges mal famées pour trafiquants des ex. républiques soviétiques pas très amicaux et pensions sordides pour ouvriers originaires du sous-continent indien.
Le coup de cœur Baron & Baron
La XVA Gallery est une superbe guesthouse installée dans une ancienne demeure restaurée du vieux quartier de Bastakiya. Autour d’un magnifique patio (idéal pour prendre une collation), neuf chambres adorables à l’étage (150 à 200 USD, ce qui est très bon marché pour le pays) avec boiseries et déco de style contemporain. Comme l’endroit abrite des expositions d’art contemporain, on a de fortes chances d’y faire des rencontres intéressantes.
Les palaces en bord de mer
Ils sont, en majorité, dans la région de Jumeirah. Le plus célèbre et le plus cher est
Burj al Arab ou, pour plus de 600 USD / nuit, on aura droit à un étalage de kitsch impossible et au privilège d’être dans une tour plantée dans le mer. Plus attrayants sont le One & Only Royal Mirage et le Madinat Jumeirah. Ces deux établissement sont construits selon le même principe: Reconstitution d'un village arabe avec des pavillons andalous, des patios, des salons, des jardins plantés, une multitude de restaurants, bars, salons de thé, boutiques, et plage de sable. Ça a peut être un côté Disneyland, mais ça fonctionne. Madinat Jumeirah est composée de plusieurs parties, Mina Salam, la plus populaire, et Al Qasr (le palais), au luxe tapageur. Si vous préférez l'architecture plus conventionnelle de style contemporain, optez pour un des deux resorts de la chaîne Le Meridien: Le Meridien Mina Seyahi Beach Resort and Marina et Le Royal Meridien Beach Resort & Spa, plus récent et plus luxueux.
Plus éloigné du centre, le Jebel Ali Golf Resort & Spa reste une adresse de grand prestige. Niché dans des jardins, il est doté d'une marina privée, d'un spa magnifique et de restaurants réputés dont le Signatures.
Le plus kitsch
Le plus extreme, le plus radical, le plus colossal, le plus sous marin, le plus mauvais gout, celui qui laisse les hotels casinos de Las Vegas au rang d'une auberge de charme, c'est Atlantis The Palm.
Les palaces urbains
Si vous passez à Dubaï pour affaires ou que vous préférez loger en ville, l'hôtel
Emirates Towers occupe une des tours éponymes. Très grand standing, l'hôtel est situé au coeur du plus beau centre commercial de la ville avec les plus belles enseignes de la mode et de la joaillerie: l'endroit rêvé pour les fashion vicitms. Le Sheraton Dubai Creek Hotel and Towers occupe un emplacement moins glamour mais plus bucolique. Son inoubliable façade en forme de triangle est posée sur la crique de Dubaï avec une vue imprenable sur la navigation des boutres dans le vieux port. Le Sheraton est un des hôtels les plus anciens de Dubaï (près de 30 ans) mais son architecture est une des interventions contemporaines les plus intéressantes de la ville. Il a été récemment rénové (un peu trop à notre goût) pour maintenir son standing face à la compétition des nouveaux établissements.
Le Qamardeen Hotel, de la chaine Southern Sun est une curiosité de design: Très particulier, avec de superbes salles de bains integrées à la chambre et un lobby à tentures sur trois etages. Et dans un lieu pour l'instant totalement baronnien: au beau milieu de l'immense chantier de Burj Dubai... 1 km de chantier pour arriver a l'hotel, seul batiement en etat de fonctionnement du "most prestigious kilometer on earth!".
Hôtels d’aéroport (au cas ou)
Si vous êtes à Dubai pour une correspondance et que vous devez y passer la nuit, il y a un hôtel à l'intérieur même de l'aérogare, le Dubai International. Les chambres sont facturées la somme mirobolante de 180USD et ne les valent pas du tout. Cette option n'est valable que pour les personnes qui sont obligées de la prendre, celles n'ayant pas de visa et dont la nationalité ne permet pas d'entrer automatiquement dans le pays. Sinon, vous pourrez descendre au Le Meridien Dubai (à ne pas confondre avec ceux cités plus haut), en face de l'aéroport et très confortable.

Escapades dans le désert
A une heure de route de Dubai on peut se delasser au Hatta Fort Hotel, un Relais et Chateaux niché dans les montagnes près du sultanat d'Oman ou au Emirates Al Maha Desert Resort & Spa, un sanctuaire romantique pour revivre les fantasmes exotiques de l'orient lointain dans des suites inspirées des tentes bédouines.
> MANGER
Dubai offre une palette de saveurs à la hauteur de son cosmopolitisme. Vous aurez le choix entre les cuisines moyen-orientales arabes (beaucoup de restaurants libanais) et iraniennes. L'Inde occupe, avec son immense communauté locale, une place de choix. Les pays d'Asie du Sud Est sont eux aussi très bien représentés. Du côté de l'occident, ça va des pizzas aux restaurants français (certains sont excellents et horriblement chers) et, évidement, bien plus bas, à toutes les chaines de restauration rapide américaines, toutes présentes ici. Mention spéciale pour les poissons et fruits de mer, particulièrement savoureux. Les eaux du golfe sont très poissoneuses et de nombreux hôtels proposent un 'fish market', buffet de produits de la mer, un vrai délice.
L’endroit le plus séduisant de Dubaï est probablement Pierchic, à Al Qasr, Madinet Jumeirah. Après avoir traversé les salons de l’hôtel, on vous embarque sur une golf car jusqu’au bord de la mer. Là, une jetée en bois mène au restaurant construit sur pilotis au milieu de la mer. On a le choix entre la salle intérieure comportant un bar lumineux en brique de verre qui change de couleur et la terrasse. On choisit la terrasse pour l’air marin et la vue incroyable sur le littoral, Madinet Jumeirah et Burj al Arab. La carte comporte peu de plats, principalement de la mer. Ces derniers sont précédés de apetizers étonnants, dont un servi dans un immense saladier vide avec juste une cuillère contenant une bouchée de quelque chose de non identifié. La nourriture est de qualité mais pas transcendante et le prix astronomique de l’addition se justifie bien plus par le cadre exceptionnel et la mise en scène.
Le Teatro (Towers Rotana Hotel, Sheikh Zayed Road) est une des adresses les plus appréciées pour ses plats européens et sa bonne ambiance (réserver longtemps à l’avance). Le décor n’est, en revanche, pas aussi spectaculaire que le nom pourrait l’indiquer.
Le patio de la XVA Gallery (voir dormir) est une excellente adresse pour déjeuner léger ou prendre le thé. Un choix de salades et de sandwiches organiques est proposé. Eviter le fetta eggplant burger, lui préférer le halloumi and grilled vegetables qui est excellent. Le service peut être lent mais toujours amical.
Une confiserie locale à ne pas manquer, ce sont les dattes fourrées (aux oranges amères, c'est un rêve). A acheter chez Bateel, le meilleur chocolatier de Dubai, plusieurs adresses en ville.
> BOIRE / DANSER
Prendre en verre en fin d’après midi / début de soirée se conjugue dans de nombreux endroits. Le spot le plus glamour du moment est Momo’s (Mall of the Emirates, chez Harvey Nichols), un restaurant salon de thé marocain (on peut aussi y déjeuner ou dîner). Les luminaires dessinés par Annabel Kassar donnent au lieu une touche ethnico-hype et les petites pâtisseries sont des pêchés mignons.
Les bars, pubs et boites de nuit sont de plus en plus nombreux à Dubaï. Ils s'adressent à des clientèles variées, certains risquant d'être assez sordides, comme les lieux de perdition animés par des "artistes" des pays d'Europe de l'Est. On peut honnêtement prendre un verre dans un endroit sympa et bien fréquenté, les adresses changeant assez souvent, le mieux est de se fier au bouche à oreille. Souk Madinet Jumeirah comporte plusieurs spot pour prendre un verre et / ou danser, dont le JamBase, un lounge ou se produit parfois de la music live. Possibilité de grignoter des bouchées. Posé au milieu de la mer en face du Jumeirah Beach Hotel, le 360° est un bar lounge terrasse sur un ilot avec canapés blancs et vue imprenable sur la mer et Burj al Arab. 
> ÉCOUTER / VOIR
Les Emirats sont passés du stade de désert culturel à une étape quasi incontournable pour ce qui se passe dans ce monde. La ville bouge au rythme de nombreux évènements tels que le Dubaï Film Festival, le Gulf Art Fair, plus grande foire d’art contemporain du monde arabe, des concerts de rock, de jazz et de musique electro, des tournois sportifs, etc. Voir la programmation dans Time Out Dubai ou dans la presse locale.
> LIRE
Lonely Planet propose un guide (en anglais) sur Dubai. L'éditeur australien avait déjà Istanbul, Le Caire, Delhi et bien d'autres. Mais un guide sur Dubai, rien que sur Dubai, il faut le faire! Certes, il y a les bonnes adresses, les conseils pratiques, et les choses à voir, mais quand même! Dubai est une ville petite, facile à maitriser et dans laquelle il y a très peu de choses à visiter. C'est sans doute le LP le plus superflu que nous connaissions, mais, parait-il, comme Dubai est à la mode, il se vend comme des petits pains. Un petit aperçu de la ville est disponible en français sur le site www.lonelyplanet.fr
Time Out, autre référence anglo saxone, a aussi jeté son dévolu sur Dubai. Sa version en ligne propose un carnet d'adresses de restaurants, bars et autres activités.
Les mirages de Dubaï, Patrick Jourdain, Routard Mag, 12 janvier 2005, une reportage dont l'esprit est assez proche de celui-ci, on comment Dubai fait sont entrée sur le site du Guide du Routard.
On peut également consulter le site internet du Dubai Department of Tourism and Commerce Marketing.
Page non officielle du Dubai Museum
> ACHETER
Deux sortes de shopping sont possibles à Dubai: Celui des shopping malls, à commencer par celui de l'aéroport, ou vous trouverez tout ce que produit la terre en matière d'articles, des vêtements italiens aux articles électroniques. Dubaï se veut une Mecque de la consommation, organisant à grands renforts de publicité des shopping festivals, mais il faut savoir que les prix ne sont pas spécialement attrayants. Les malls les plus intéressants sont Mall of the Emirates (architecture hideuse mais excellent choix de magasins, de Camper à Harvey Nichols) et Ibn Batuta, le summum du kitsch avec son décor à thèmes de voyages (Inde, Egypte, Iran, Tunisie, Chine). L'autre façon d'acheter, c'est de déambuler dans les souks de la vieille ville, sur les bords de la crique, et de Deira, chez les marchands d'épices, de textiles ou autres articles exotiques (indiens, africains) parfois inutiles mais toujours charmants. Le souk de la ville voisine de Sharjah est encore plus typique que celui de Dubaï. Sachez enfin qu’il existe des endroits hybrides, comme le shopping mall chinois, immense Chinatown à ciel couvert.
- airport city -
A travers le hublot de l'avion qui entame sa descente, la ville déploie ses lumières. Ça brille de partout. Sur le tarmac, des gros porteurs du monde entier et ceux de la compagnie Emirates sont agglutinés le long d'un terminal allongé à l'allure futuriste. Débarquement. Moquette moelleuse et palmiers en or. Des préposés asiatiques en uniforme à la Spirou attendent des V.I.Ps. A la sortie, c'est la tour de Babel: Des occidentaux, des indopakistanais, des africains et pas autant d'arabes qu'on ne pourrait l'imaginer. Travailleurs, hommes d'affaires, femmes du monde et vacanciers se sont donnés rendez-vous ici. L'aéroport est le premier contact avec une ville, les autorités de Dubaï l'ont bien compris. Tout est fait pour donner au voyageur l'impression qu'il arrive au "centre du monde". Débauche de moyens, formalités d'entrée ultra rapides, etc. Mieux que ça, l'aéroport de Dubaï est la pièce maîtresse dans cet ambitieux projet de "ville monde". Avec la compagnie Emirates, une des plus performantes du monde, Dubaï est devenu un noeud aérien majeur entre l'Occident (Europe, USA) et la région Asie Pacifique. Objectif en vue: détrôner les tigres asiatiques que sont Singapour, Kuala Lumpur, Bangkok et Hong Kong.

Pour y arriver, Dubai s'est lancée dans un rythme de construction effréné et surréaliste. La ville a vu sa surface se multiplier par dix en dix ans, couverte de gratte ciels, de shopping malls et d'hotels les uns les plus luxueux que les autres. Des constructions totalement hors échelle par rapport à la demande et largement alimentées par la spéculation immobilière. Une bulle qui a gonflé, gonflé, gonflé et qui, avec la crise financière de 2008-2009, a éclaté.
1. Autoroute Abou Dhabi – Dubaï. En face, Dubai Marina, à 30 km du centre ville, vers Jebel Ali.
La photo est "ancienne": il y a aujourd'hui dix fois plus de gratte-ciels
- blade runner (1) -
La ville, la nuit. Une vaste autoroute - Cheikh Zayed Road - fonce sur quatre vois. De part et d'autre de la voie, s'alignent des gratte-ciels illuminés aux formes étranges parfois fantaisistes, inspirées parfois de châteaux gothiques ou de minarets. On se croirait dans une ville virtuelle ou dans un film de science fiction. En roulant à toute vitesse dans ce décor, on retrouve l'ambiance du film Blade Runner ou d'un jeu d'arcade sur un écran d'ordinateur. Retour au même endroit, le lendemain matin. Ces immeubles sont bien réels, mais ressemblent à un décor de théâtre, non seulement à cause de leur architecture, mais tout simplement parce qu'il n'y a rien derrière, si ce n'est des terrains vagues. Terrains qui seront bientôt occupés par d'autres tours qui longeront une autre autoroute. Car le facteur temps est déterminant. Dubaï est une ville en perpétuelle mutation. Le présent se conjugue au futur sans conditionnel. Vous croyez que Berlin et Beyrouth, villes en reconstruction, sont des villes qui changent? Vous n'avez rien vu. Dubaï vit depuis une dizaine d'années avec des projets de construction les uns plus hallucinants que les autres. Les tours, c'est évidement ce qu'on voit en premier. Les plus hautes sont celles d'Emirates Towers. Deux tours jumelles, comme à New York (non, trop tard) et à Kuala Lumpur. En fait presque jumelles. D'une facture sobre à coté des atroces bâtisses des hôtels Dusit et Westin, elles abritent des bureaux, un hôtel de luxe, et une centre commercial de grand standing. La crème des joalliers et des couturiers du vieux monde expose les collections les plus prestigieuses. Des tours vous en verrez partout, le long de la crique, avec cet intéressant immeuble des Telecoms qui a la forme d'un plan courbe. Mais il y a les tours et il y a LA tour. Burj Dubai ou tour de Dubaï. Signée par l’agence S.O.M (Skidmore, Owings & Merrill), a qui conçu certains des plus hauts gratte ciels comme le Sears Tower à Chicago et la Tour Jin Mao à Shanghai et qui a raflé à Daniel Libeskind le projet de reconstruction du World Trade Center de New York, Burj Dubaï a commencé à sortir de terre. Son plan étrange est supposé reprendre la forme d’une fleur, l’hymenocallis (voilà qu’on parle botanique, à présent!). Haute de 705 m pour 160 étages, elle abritera un hôtel de luxe entre autres prestations. Il n’y a pas de doute que dans un lointain (?) avenir, Dubaï offrira aux amateurs d’archéologie de belles ruines.
2. Jumeirah: Burj el Arab vu depuis Madinat Jumeirah
- la croix e(s)t la bannière -
En attendant l’achèvement de Burj Dubaï, il y a une tour dont la notoriété dépasse, et de très loin, celle des autres. C'est Burj el Arab, ce qui signifie, "la tour des arabes". Dubai se veut donc être la nation phare du monde arabe. Après la révolution nasserienne, les frasques de Kadhafi et la chute de Saddam, il y a peut être une place à prendre pour le leadership d'un monde arabe en plein désarroi. Burj el Arab est d'ailleurs le symbole de Dubai, puisque l'édifice est dessiné sur les plaques d'immatriculation de l'émirat. C'est vrai qu'elle a fière allure, cette tour construite sur un ilot artificiel en pleine mer. Sa silhouette inoubliable qui semble émerger des flots a la forme d'un grand arc qui vient s'accrocher à un pylône, avec au sommet, une plate forme. (les mauvaises langues disent que la structure s'enfonce et que Burj el Arab serait la prochaine tour de Pise mais nous n'en savons pas grand chose). Le pylône étant vertical et la plate forme horizontale, leur accouplement forme une croix. Ce sont les douaniers saoudiens qui ont découvert cette lecture chrétienne (voire croisée) au dépens des premiers automobilistes dubaoites dotés de ces plaques minéralogiques qui tentaient de franchir la frontière entre les deux pays. Et qui se sont vus refuser l'accès au royaume wahabite. Cet épisode, aussi cocasse soit-il, reflète le fossé idéologique qui sépare les monarchies pétrolières du Golfe. Dubai, ville internationale, fait tout pour se donner une image de tolérance et d'ouverture. Européens et asiatiques sont les bienvenus, avec leurs us et coutumes, leurs religions et leurs habitudes vestimentaires. Temples hindous côtoient églises catholiques. Tandis que l'alcool coule à flots dans les nombreux bars et que les djs les plus en vue viennent animer des soirées explosives, dans les shopping malls, les jeunes femmes sont en shorts et sur la promenade maritime les baigneurs se promènent carrément en maillot de bain, comme sur dans les stations balnéaires de la Méditerranée. Mais à regarder une carte de géographie, difficile de ne pas se poser de questions. Dubaï a beau faire pour se donner des airs d’Ibiza, elle est située entre l'Arabie Saoudite, l'Iran et l'Irak. Sans aller aussi loin, il faut savoir que dans l'émirat de Sharjah, distant de moins de 40km de la ville lumière, la prohibition est de rigueur. Cette occidentalisation à outrance semble surréaliste dans cette partie du globe et contribue à donner à Dubaï son image de cité virtuelle. "C'est trop beau pour être vrai", "ça a l'air faux", "jusqu'à quand ça va durer?" sont des phrases qui reviennent souvent dans la bouche des expatriés ou des voyageurs de passage. Et ils n'ont pas toujours tort, car
Dubaï est schizophrène. Tandis que l'alcool y coule à flot, la tolérance zéro est de rigueur sur les routes. Tout alcootest positif vous emmène droit en prison! 
dubai
3. Les luminaires signés Annabel Kassar chez Momo's, Mall of the Emirates
Pour le moment, le mirage fonctionne, et à plein rendement. Alors que les pays voisins sont au bord du chaos, Dubaï connaît un boom hôtelier fulgurant. D'ailleurs Burj el Arab est un hôtel. Pour le symbole, c'est tout dire. Un hôtel pas comme les autres. Le premier 7 étoiles du monde. Bon, c'est un peu n'importe quoi, ces classements par étoiles. D'ailleurs, on est passé à 7 alors que 6, ça n'existe pas (même 5, c'est pas dans tous les pays). L'hôtel étant, depuis sa construction, un landmark et une curiosité touristique, l'entrée est payante. A moins d'y loger (nuitée à partir de 600USD) ou de rendre visite à un résident, il faut s'acquitter d'un droit de passage d'environ 50USD (pouvant être réinvestis en consommations) pour avoir droit aux halls, salons et bars décorés dans une profusion d'ors digne du plus kitsch des mille et une nuits. Les prolétaires que nous sommes se contenteront de l'extérieur. Au Jumeirah Beach Hotel voisin, reconnaissable par son dessin en forme de voile, il y a dans le hall à la déco de mauvais goût, une immense carte avec Dubaï éclairant le monde.
4. Jumeirah: boutre échoué et sapin de noel dans la (fause) lagune de Madinat Jumeirah
- sous les hôtels, la plage -
Le miracle - ou le génie - de Dubaï est d'avoir su créer un environnement favorable aux vacances et aux loisirs dans une partie du monde plus habituée aux affaires d'hydrocarbures (dans le meilleur des cas) et aux "conflits de civilisations". Le quartier de Jumeirah en est devenu la "côte d'azur", avec son charmant boulevard de bord de mer longeant une plage - publique - de sable fin que fréquentent des vacanciers insouciants. Un peu plus loin, ce sont les palaces qui prennent le relais. Outre ceux cités plus haut, on en a construit dans un style arabo-mauresque, évoquant des médinas d'Afrique du Nord ou des palais persans, Madinat Jumeirah et Royal Mirage. Ça frise souvent le burlesque, notamment avec cette fausse lagune ornée d'un boutre échoué et dans laquelle on plante également, en saison de fêtes, un immense sapin de noël. Dubaï veut tirer profit de toutes ses ressources, y compris ses superbes plages, pour concurrencer les stations balnéaires de la Méditerranée et de la Mer Rouge. Le problème est que, avec tous ces chantiers de Palm Islands et autres archipels, la mer a été totalement bousillée. Un, à la plage, au lieu de voir l'horizon, vous avez droit à une vue sur des alignements d'immeubles hideux, Deux, l'eau, quand on y entre, a une consistance bizarre - comme de la vase - poisseuse. On y préfère presque la piscine. Alors, pour voir la mer, la vraie, il y a une excursion inoubliable, c'est Khor Fakkan. En longeant la côte vers l'est, la route traverse une portion de territoire appartenant au Sultanat d'Oman pour redescendre vers la mer dans un paysage grandiose: On est entouré de montagnes noires dont la couleur forme un contraste saisissant avec les bleus intenses du ciel et de la mer. A Khor Fakkan, on ne baigne plus dans le Golfe Arabo Persique mais dans la Mer d'Oman. C'est un excellent endroit pour la plongée sous marine.
5. Dubai éclaire le monde dans l'atrium de l'hôtel Jumeirah Beach

- dubai e(s)t le monde sur la carte du monde -
Les promoteurs de Dubai ne se sont pas contentés de ce que la nature leur a donné. Il fallait frapper un grand coup, créer quelque chose de tout à fait exceptionnel. Ce fut le projet de Palm Island, une opération pharaonique visant a faire sortir des eaux une ile artificielle en forme de palmier dont les branches sont des ilots bordés par des lagons tropicaux. Mega coup de pub, Dubai attire l'attention du monde entier. Méga opération foncière, les villas pieds dans l'eau (de style colonial, art déco, chinois, selon le gout du client) se vendent comme des petits pains malgré (ou grâce à?) leur prix mirobolant. Cerise sur le gateau, au coeur de Palm Island émerge une tour double style chateau fort hollywoodien avec une grande arche au milieu: Atlantis The Palm, un resort de tous les excès.


Alors que Palm Island était en cours d'achèvement on lança, The World, un archipel tout aussi artificiel que le précédent, en forme de planisphère. Re méga campagne de pub avec le slogan suivant:

"The Palm a placé Dubai sur la carte du monde, The World place le monde dans Dubai"
The World sera un gigantesque paradis voué aux loisirs et au luxe. Alors que les autres pays tirent profit de leurs attractions naturelles, à Dubaï, on les invente. Alors qu’en été, la température extérieure atteint des pointes difficilement supportables, c’est, la haute saison des sports d’hiver grâce à Ski Dubaï, un complexe installé dans un centre commercial - Mall of the Emirates - avec des pistes de ski couvertes avec neige artificielle et moniteurs venus d’Europe et du Liban. Sans aller jusque là, on ne peut manquer de constater à quel point l’environnement à changé. Parcs, jardins, lagons tous artificiels ont fait passer la ville d’un paysage désertique à un mélange hybride entre les campagnes irlandaises et les jungles tropicales.
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Et on ne cesse de revenir à cet aspect illusoire et utopique de Dubai. En roulant sur l'autoroute de Jebel Ali, on voit des alignements de maisons dont on ne sait plus si elles sont staliniennes ou orweliennes. Sur des kilomètres de superficie, des villas grand luxe pour yuppies ou familles arabes, dans un style postmoderne alliant des éléments orirntaux à des détails classiques. Sauf que ces villas, c'est exactement la même. Sur des kilomètres, la même villa reproduite en milliers d'unités, comme si, sur un ordinateur, on a avait appliqué les commandes copier / coller à l'infini. Ça, c'est pour l'habitat "de prestige". Encore que, nombreux usager se sont plains de la qualité approximative de la construction comme ce pas très heureux propriétaire qui a décrit dans un quotidien local comment la porte entière de la maison s’est détachée lorsqu’il a tenté de l’ouvrir! Ce chapitre de la construction nous pousse à aborder un problème bien qu’il relève plus de la sociologie que du guide de voyage: Les ouvrier en bâtiment, issus du sous continent indien, qui travaillent pour des salaires inversement proportionnés aux gains des promoteurs et ce, dans des conditions assez inimaginables sans aucune protection sociale. On a d’ailleurs vu ces derniers temps des manifestations de travailleurs, une chose assez inimaginable dans ces émirats dont l’essentiel de la main d’œuvre est immigrée.

Un autre concept que Dubaï adore, ce sont les quartiers à thème. On a commencé avec Media City, pour attirer les agences de presse. Il y a aussi Internet City, qui se veut la Silicon Valley du monde arabe. Comment penser encore concentrer en un lieu des cyber activité alors que leur spécificité même est la dissémination? Un autre avatar, pas mal dans son genre, c'est Knowledge City ou, si vous tenez à traduire en français, la "cité de la connaissance". A voir un nom pareil, on se replongerait dans ce monde de la cité idéale et du siècle des lumières avec l'encyclopédie de tous les savoirs et les premiers musées alors nommés museums. Goethe, Schiller, Buffon, Voltaire, le Baron Dominique Vivant Denon (3)... Non mais quelle blague!? (En fait ce n’est pas vraiment une blague, c’est un complexe universitaire qui va faire de la ville l’Oxford de l’orient). La blague finale de ce texte (on ne peut pas toutes les énumerer), c'est le centre commercial Ibn Batuta: Un truc supposé évoquer les périples d'un grand voyageur arabe du moyen age: Voyez ces architectures indienne (taj mahalesque), chinoise (rouge rouge rouge), égyptienne (mi arabe mi pharaonique), tunisienne (sidi bou said?) et persanne!

6. boutres amarrés dans la crique de Dubai, sur la rive de Deira
- face à l'histoire -
Knowledge city peut être une blague, mais Dubaï ne l'est pas tout à fait. Cette cité mégalo qui transforme la science fiction en réalité n'est pas surgie de nulle part. On a toujours l'idée que tout cela est sorti des sables du désert et qu'avant 1980, il n'y avait rien du tout. Pas vrai. Pour s'en rendre compte, direction, la crique, ce bras de mer séparant Dubaï de Deira. Certes, il y a ici aussi des façades ultramodernes en béton ou en mur rideau, mais il y a aussi, dans l'eau, plein de boutres, ces embarcations en bois qui assurent le transport de marchandises avec l'Iran. Et c'est un voyage dans le temps dans ce lieu qui ne manque pas de dégager une certaine magie, rappellent un peu le Bosphore ou le Grand Canal. Ce trafic sur les boutres se perpétue depuis des centaines d'années. Dubaï a toujours profité de sa position géographique comme lien commercial entre la perse, la péninsule arabique et l'Inde. De part et d'autre de la crique, sur les deux rives, on retrouve un tissu urbain arabe traditionnel avec des souks, des ruelles, des mosquées. On distingue historiquement Deira de Dubaï car cette localité appartenait à l'émirat de Sharjah avant d'être conquise par le cheikh de Dubaï.
7. souk arabo-indien à Deira. Noter les tours des vents

Les souks de Deira sont hauts en couleur, riches en produits venant de tout l'orient et offrent une image moins aseptisée que celle des shopping malls ultramodernes. C'est un peu l'extension, en moins crade, du chandni chowk d'Old Delhi. L'Inde et partout. Enseignes géantes de la Bank of Baroda (une des plus grandes du sous-continent), présente ici comme si elle était chez elle. Sur la rive de Dubaï, un immeuble d'apparence ordinaire abrite un temple hindou. Nous sommes dans le marché aux tissus, le plus grand au monde dans son genre. Dans tout le quartier, des marchands, tous indiens, vendent, en gros et en détail, des tissus venus de l'Inde et de toute l'Asie. Du bas de gamme synthétique aux pashminas rares, toute la planète du textile se retrouve dans ce quartier à l'apparence modeste. Des millions de dollars se brassent loin le faste des palaces. Un peu plus bas, on débouche sur Bastakiya, le plus vieux quartier de la ville dans lequel se regroupe un ensemble de maisons traditionnelles. Ces habitations sont un témoignage unique d'une architecture arabe mal connue. Les maisons sont organisées autour d'une cour centrale avec un patio ombragé et sont surmontées d'une tour dont l'allure rappelle celles de Notre Dame de Paris. Ce sont des tours à vent qui servent à assurer une circulation d'air à l'intérieur de la maison et rafraîchir l'intérieur. On retrouve ce type de maisons dans certaines régions orientales de l'Iran, notamment dans la ville de Yazd.


8. Dubai, quartier de Bastakiya, ancienne maison rénovée

Les autorités locales ont longtemps négligé ce patrimoine, ne s'intéressant qu'aux buildings ultramodernes. Ce n'est qu'au cours de dernières années qu'une véritable politique a été engagée pour préserver ces témoignages du passé de la ville. De nombreuses maisons, qui avaient été laissées à l'abandon et qui tombaient en décrépitude, ont été rénovées. Certaines ont été transformées et hébergent des institutions diverses comme, par exemple, un centre de recherche sur la calligraphie arabe. 

9. ruelle du vieux Dubai
L'ancien palais des emirs Dubai a été transformé en musée, le Dubai Museum. Le bâtiment à conservé son allure extérieure avec ses murs extérieurs fortifiés. On y a aménagé, au sous sol, des salles modernes dont le parcours, très didactique, permet de découvrir les us et traditions populaires, les anciens métiers, ainsi que la faune et la flore de la région. La présentation est peut être surfaite mais elle a au moins le mérite de raconter des histoires et de créer un lien, qui semblait perdu, avec le passé de la cité.

10. Dubai, quartier de Batakiya, XVA Gallery
Et ce passé ouvre à son tour sur l’avenir. Depuis un moment, Dubaï, comme Abou Dhabi, Doha et Bahreïn, commence à se passionner pour l’art contemporain. Une ancienne demeure de Bastakiya est devenue une galerie d’art de premier rang, la XVA Gallery (http://www.xvagallery.com/). Fondée au début des années 2000 par Mona Hauser, c’est un espace de rencontre (qui fait aussi café et petit hôtel de charme) et une vitrine pour des artistes émergeants du monde arabe comme la très talentueuse égyptienne Nermine El Ansari. XVA est pionnière mais pas un cas isolé. Autre quartier, autre décor : The Third Line Gallery (http://www.thethirdline.com) a été se nicher dans la zone industrielle d’Al Qoz. Il faut compter une bonne heure de dérive dans les steppes poussiéreuses et glauques, longer entrepôts et ronds points qui se ressemblent tous pour arriver à bon port. La salle d’exposition est dans le style hangar, idéal pour des pièces de grandes dimensions. La programmation assez éclectique de la maison - photo / objets de design / installations - rappelle un peu les événements de feu l’espace SD à Beyrouth. Ces deux lieux assez alternatifs – il y a plein de galeries beaucoup plus classiques et moins intéressantes en ville – font de Dubaï une étape de choix sur la scène artistique moyen orientale, situation qu’est venue confirmer la tenue du Gulf Art Fair. Manifestation annuelle de standing international (la Third Line était en 2007 le seul exposant local) regroupant des galeries de Los Angeles, Moscou, Damas, New Delhi, Londres, Pékin, Tunis, Helsinki, Istanbul, Séoul, Mumbai et Paris, la foire présente des œuvres du monde entier, certaines atteignant plusieurs millions de dollars. La création du Gulf Art Fair est un pas de plus dans cette instrumentalisation des arts et de la culture aux Emirats Arabes Unis, initiée avec la Biennale d’Art Contemporain dans la ville voisine de Sharjah et dont le point de mire est le mega projet multi-muséographique qui devra voir le jour dans la capitale Abou Dhabi.

Et le mot de la fin, dans tout ça ? Quelle image garder de Dubaï ? Quelle impression ? Peut être celle de Karim, qui me disait : « cette ville est fatigante. Ni je l’aime, ni je ne l’aime pas. C’est cette absence de sentiment et de passion qui la rend fatigante »

(1) film culte de Ridley Scott (1982) d'après la nouvelle de Philip K. Dick Do Androids Dream of Electric Sheep? dont le titre (Blade Runner) est repris de William S. Burroughs. L'action du film se déroule à Los Angeles en 2019 dans un environnement postmoderne peuplé de cyberpunks.
(2) Action de copier / coller (copy / paste). [Pomme] sur Mac OS, [ctrl] sur Windows, _c pour copier, _v pour coller.
(3) Baron Dominique Vivant Denon (1747-1825), figure marquante la la vie culturelle en France avant et après la révolution, il fut directeur du Musée du Louvre dont une des ailes (celle qui longe la scène) porte son nom.
Texte: Gregory Buchakjian. Photos: Gregory Buchakjian (1-7), Rana Haddad (9), Patrick Kassardjian (8, 10). Merci à Nathalie et Ghazi Aboujaoudé et à Karim Kik pour nous avoir fait découvrir la ville, et à Ghassan Kotait pour ses updates.
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