BARON & BARON > SITES NATURELS & REGIONSEGYPTE > LA NUBIE / LE LAC NASSER
LISEZ LE RÉCIT DE VOYAGE EN EGYPTE 2001'2002
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> ALLER / VENIR
Le seul moyen de découvrir le Lac Nasser et ses sites archéologiques est la voie maritime. 9 navires au maximum assurent la liaison entre Abou Simbel et Assouan. Il est possible de rejoindre Abou Simbel en avion depuis Le Caire, Assouan et Louxor. La croisière du 4 jours / 3 nuits, avec un forfait pension complète.
> DORMIR
Nous avons passé les 4 jours de croisière à bord du MS. Prince Abbas, un des meilleurs navires du Lac Nasser. Moins célèbre que l’Eugénie, il est aussi bien plus abordable. Son architecture privilégie l’usage du bois, ce qui lui donne un coté retro craquant. Très belles terrasses pour prendre le soleil, se détendre en contemplant le paysage insolite et grandiose. Petite piscine sur le pont supérieur, salons, bar, chambres très confortables, service attentionné et confort digne d’un vrai 5 étoiles.
> MANGER
Les 3 repas inclus dans le forfait sont de très bonne qualité. Buffet ou dîner servi, ce sont toujours des mets variés allant des spécialités égyptiennes à la sole meunière.
> BOIRE / DANSER
Le navire offre tous les après midi un 5 o’clock tea avec mignardises. Pour les soirées, les boissons alcoolisées ne sont pas inclues dans le forfait et peuvent s’avérer onéreuses. Un conseil aux buveurs: acheter à l’avance une (ou des) bouteille(s) et demander à payer le bouchon au bar (prévoir un petit pourboire). Autre plan à la Baron & Baron: Prévoyez votre choix de cassettes audio pour vos soirées au bar ou sur le pont supérieur. Cesaria Evora ou Om Koulsoum en plein Lac Nasser, c’est vraiment le pied!
> ECOUTER / VOIR
Les voyageurs auront droit à l’illumination nocturne (un lumière sans son) des temples de Wadi es Sebou et de Dakka depuis le pont du bateau. Au programme aussi, une soirée nubienne, au cours de laquelle l’équipage joue les ballets vernaculaires dans la grande tradition club med! Ambiance garantie!
> ACHETER
De petites bricoles colorées et drôles à l’entrée des sites archéologiques.
> LIRE
Egypte Nubienne, la renaissance d'un pays sauvé des eaux, un des 15 articles préférés des lecteurs de la revue Géo (n. 248), un grand dossier à travers les temples deplacés.
Le Secret des Temples de Nubie, Christine Desroches Noblecourt, Stock 1999, rééd. Livre de Poche 2001. Un ouvrage  passionnant et passionné, par une des plus grandes égyptologues du XXe siècle, qui fut partie prenante des opérations de sauvetage des temples.
Nubia Submerged through their eyes, with their own words, Giuseppe Marino, Constanza De Simone. Catalogue d’une exposition organisée par l’Ambassade Italienne au Caire (2000). Relevé photo avec une anthologie de textes des monuments de Nubie dans leurs emplacements d’origine. Disponible au musée d'Assouan.
Le musée de Nubie, guide édité par le ministère de la culture sous la direction de G.A. Abdallah, disponible en français, un bon apreçu général.
Mirages nubiens, Nicolas Jouriot, Qantara, n. 53, automne 2004. Un carnet de voyage de Assouan à Khartoum. Remonter le Lac Nasser pour aller à la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu.
Egypte: le rêve fou d'une seconde vallée du Nil et le pays poursuit sa conquête des sables, Jean-Louis Péninou, Geo, n.308, octobre 2004, dans le dossier "Nil". Les projets pharaoniques de l'Egypte d'aujourd'hui pour irriguer son désert et y sédentariser 10 millions d'agriculteurs.

 

La Nubie a toujours été un ailleurs. Bien qu’on en connaisse l’existence des les temps les plus reculés (Ve millénaire av-JC), ce territoire demeure étranger, sauvage, même lorsqu’il est sous la domination des pharaons égyptiens. La Nubie, c’est ce qui se trouve en amont (au sud) de la 1ere cataracte du Nil qui est située près d’Assouan. Ou plutôt, c’était. Car la Nubie est un pays dont on ne peut parler qu’au passé. Elle a entièrement disparu sous les flots lors de la mise en marche du Haut Barrage d’Assouan. Sacrifiée pour sauver le reste de l’Egypte – on l’espère au moins. La construction du Haut Barrage, un ouvrage pharaonique voulu par Gamal Abdel Nasser a provoqué la création d’un lac de retenue de 800 km de long avec 40 km de large par endroits, inondant tout se qui se trouvait sur les rives du Nil. On sauva ce qui pouvait l’être: Les populations furent installées autour d’Assouan, y reconstituant, tant bien que possible, leur habitat traditionnel, les monuments les plus importants furent déplacés au cours d’une gigantesque opération de sauvetage organisée sous l’égide de l’Unesco (cf. Abou Simbel et Philae).
Le voyage en Nubie, ou plutôt sur le Lac Nasser est une expérience étrange. 3 jours de navigations entre Abou Simbel et Assouan, dans un paysage surréaliste. De l’eau, à perte de vue, et puis, des montagnes, abruptes, sans plaine côtière, sans cultures, sans villages. RIEN. LE NEANT. Dans le désert, il y a des oasis. Ici c’est le choc entre un monde aquatique et un monde minéral, sans l’ombre d’une vie. Quoique... Le Lac Nasser est peuplé d’oiseaux, sans doute migrateurs, avec de beaux spécimens de pélicans... et puis il y a les fameux crocodiles du Nil, qui ont pratiquement disparu du fleuve en aval, mais qu’on peut croiser dans les parages... Et puis il y a quelques sites archéologiques. 3 sites sur lesquels ont été groupés 3 monuments.
- l’ex. colline de Kasr Ibrim -
Le 1er arrêt au départ d’Abou Simbel, c’est Kasr Ibrim. C’est le seul site encore existant sans avoir été déplacé. Occupé des l’époque pharaonique, il s’agit d’un complexe chrétien dont l’élément principal est une basilique byzantine à 3 nefs avec des arches assez bien conservées. Située originellement au sommet d’une colline, elle ne fut pas engloutie mais se trouve aujourd’hui sur un modeste îlot que viennent accoster les navires de croisière... On ne débarque pas, on regarde d’en haut, depuis le pont. Assez curieux. Kasr Ibrim comptait nombre de structures rupestres très intéressantes, un mini Pétra, que l’on ne verra plus qu’en photos.
- Amada & co
Plus au nord, sur une grande boucle du Nil, ont été rassemblés plusieurs monuments sur le site dit d’Amada. On y trouve la Tombe de Pennout, sous un tumulus pyramidal, le temple de Derr, fondation modeste et peu élégante de Ramses II et le temple d’Amada. Amada est un petit bijou qui a été sauvé in extremis. Fondé par Thoutmosis III, sa construction fut poursuivie par son fils Aménophis II puis par Thoutmosis IV qui le fit agrandir en transformant la cour en salle hypostyle. Le temple est conçu comme une basilique avec une nef centrale et deux collatéraux. Les murs sont couverts de fresques admirables en excellent état de conservation. C’est là tout le problème. La délicatesse des peintures excluait, lors des opérations de sauvetage la possibilité de démonter le temple. En 1963, Amada était condamné à disparaître. Mais l’archéologue française Christiane Desroches Noblecourt n’était pas prête de lâcher le morceau. Après avoir obtenu des crédits supplémentaires à De Gaulle, elle réussit à déplacer le temple d’un seul tenant de 52 x 13 m en le détachant du sol et en le faisant glisser sur des rails! Le voyage dura 4 mois pour franchir 2800 m!
- Wadi es-Seboua -
Un peu plus en aval, à mi-chemin entre Abou Simbel et Assouan, on a reconstruit les temples de Wadi es-Seboua et de Dakka. Ces temples sont loin de figurer au rang des chefs-d’œuvre de l’art égyptien. Le plan est assez sommaire, la décoration est un peu grossière... La visite des lieux est bien plus mémorable pour l’environnement dans lequel ces deux édifices ont été reconstruits. Vraiment grandiose. Entre les deux temples, une petite marche de 15 min dans le désert, très agréable... On notera quand même que Wadi es-Seboua, en très bon état, est précédé d’une allée de sphinx assez intéressante.
- Kalabcha-
Last but not least, près d’Assouan. Les bateaux sont amarrés à des docks en face d’une gare de marchandises. Le décor est saisissant, on se croirait au Havre! s'exclame Gwendo. Une petite embarcation longe le Haut Barrage, interminable, permettant d’en saisir la démesure, pour atteindre, sur la rive gauche, le Temple de Kalabcha, le plus grand de Nubie. L’entrée du Temple, avec son imposant pylône, est face à l’eau. Le temple, reconstruit en 1962, s’est séparé de son petit portique qui a pris le chemin du Musée Egyptien de Berlin. Kalabcha est de loin, le plus beau monument du Lac Nasser [excepté Abou Simbel, bien sur!]. La cour a portique précède la salle hypostyle, magnifique, et le sanctuaire. Très beaux détails. Ne pas manquer de faire le tour du temple, par le déambulatoire, pour voir le nilomètre et les détails de poutres en pierre qui supportent le plafond. On adore. On adore aussi le tout petit kiosque de Kertassi (ou Qertassi), juste à côté, situé au-dessus de l’eau, avec ses chapiteaux hathoriques. Pour la petite histoire, Kalabcha et Kertassi qui sont aujourd’hui voisins, étaient à l’origine distants de 10 km! 3e structure reconstruite sur le site, l’hémispeos de Beit el Wali, un temple creusé dans le roc, la première fondation du grand Ramses II en Nubie. Le chemin qui y mène est balisé avec des luminaires Guzzini alliant design et technologie (saluons le, pour une fois!) et jouit d’une vue imprenable sur le Haut Barrage avec le monument à l’amitié soviétique qui y fut érigé, un autre vestige d’une époque révolue...
Reste que, dans ce périple de 4 jours  – fort agréable par ailleurs, demeure de manière obsédante l’absence de ce pays perdu. Les opérations de sauvetage qui bénéficièrent d’une participation internationale ont permit de sauver un patrimoine inestimable. Les pays participants furent remerciés pour leurs efforts. L’Allemagne reçut le portique de Kalabcha (cité plus haut), la France un colossal Akhenaton, les Etats Unis le petit temple de Dendur, reconstruit sous une serre dans le Metropolitan Museum of Art de New York et l'Espagne a récupéré le gros lot, le temple de Dabod, reconstruit dans le parc de Rosales à Madrid. Mais que sites disparus à tout jamais. Le petit temple de semi-rupestre de Gerf Hussein qui surplombait joliment le Nil, avec ses statues colonnes de Ramses II. La Nécropole de Wadi Allaqi, un cercle creusé dans le sol, véritable pièce de land art avant l’heure. Aucun édifice chrétien ou arabo-musulman ne fut démonté, ni le cimetière islamique de Gebel Adda, avec ses petits marabouts, ni les églises médiévales de Faras (dont on a toutefois sauvé les fresques)... Les dessins rupestres préhistoriques de Abka ont aussi été transférés à Assouan, mais détachés de leur cadre naturel, ils semblent devenus un corps sans organe! Que le lecteur ne nous prenne pas pour des nostalgiques. Nous regrettons simplement ne plus pouvoir voir de nos propres yeux des endroits qui devaient être merveilleux. Notre préféré demeure le château de Ukma East, au sud de la seconde cataracte (en territoire soudanais), avec des murs en mille-feuilles de granite et de schiste. Fascinant. Mais enfin, cessons de nous lamenter et mieux vaut se satisfaire de ce qu’on a encore sous la main, ce qui, déjà, est énorme.
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