| > ALLER / VENIR |
| Le Caire est la principale porte
d’accès de l’Egypte. La plupart des grandes compagnies
internationales y assurent un vol quotidien. Egypt Air
dessert le Moyen Orient, l’Afrique, l’Europe, les USA et quelques
destinations en Extrême-Orient. L’Aéroport du Caire compte
3 aérogares: le Terminal 1 (old terminal) est
réservé aux vols Egypt
Air et aux compagnies des pays du Tiers Monde. Architecture
années
60, rien n’a changé depuis la mort de Nasser. Vraiment crade. Le
Terminal 2 (new terminal), plus moderne, est desservi, on l’aura
compris,
par les vols des compagnies occidentales. Enfin, les passagers
empruntant
des vols intérieurs (aux tarifs souvent prohibitifs) auront la
joie
de découvrir le terminal 3. Surprise! |
| L’aéroport est à 20km du
centrer ville, le trajet prend environ 40 min A noter que les autocars
de tourisme sont strictement contrôlés par la police et ne
quittent l’aérogare qu’en convois. |
| La gare Ramses est le nœud ferroviaire
du pays. On peut ainsi gagner
Alexandrie ou Louxor... |
| Circuler au Caire, voila une autre
affaire. C’est à pied que l’on perçoit au mieux l’essence
de la ville. C’est le seul moyen de se faufiler dans les ruelles de la
vieille ville et d’éviter ses embouteillages légendaires.
Le Caire n’est cependant pas Amsterdam. La ville est immense, et les
quartiers sont souvent très éloignés les uns des
autres. Solution la plus facile, les taxis, jaunes, pas trop
chers et très bavards. Il faut discuter ferme (souvent
réduire de 50%). Il est recommandable de négocier un
aller-retour ou un
forfait de plusieurs heures pour visiter les endroits
éloignés.Plus populaires, les bus
surbondés qui sillonnent la ville. Un bon moyen de
s’imprégner de l’atmosphère cairote. Contrairement
à Paris, le métro, tout neuf, est plus chic que
le bus. Il ne dessert évidement pas tous les quartiers. |
| > DORMIR |
wHOTELS DE CHAINES INTERNATIONALES
Les milliers de voyageurs
étrangers se déversent quotidiennement dans les palaces
des grandes chaînes internationales qui sont presque tous
situés sur les bords du Nil. Ils partagent un certain standing
de qualité - et de propreté, et une vue
intéressante.
Dans ce lot se distinguent:
- Pionnier: Le Nile
Hilton, palace des années 1950, avec
son décor un peu suranné et son ambiance animée et
cosmopolite.
- Spectaculaire: Le Mariott. Deux tours gigantesques sont
reliées par un palais oriental qui fait office de salons et de
restaurants. Le reste de l’hôtel est aussi standardisé que
dans les autres
établissements de la chaîne.
- Parfait: Le Four Seasons Cairo
at Nile Plaza unaniment considéré comme
étant le meilleur (et le plus cher) hotel du Caire. Grand
raffinement, spa, service attentionné.
- Inattendu: Le Sofitel El Gezirah Cairo occupe
la tour de l'ex. Gezira Sheraton. Les critiques le placent parmi les
meilleures adresses du Caire, notamment pour son spa.
|
HOTELS
DITS DE CHARME
- Le Cosmopolitan (tel: 3923663)
près de la rue Kasr el Nil est une adresse de charme avec sa
façade art déco, ses lustres et son mobilier
suranné, mais, aux dires de nos amis de America Viage, "le
charme a ses limites!".
- Nous avons essayé le Victoria
(tel: 5892290), un autre hôtel
ancien assez central. Les chambres sont immenses et
immaculées. Une très bonne affaire.
|
| > MANGER |
| Il y en a pour tous les goûts.
Dans le répertoire traditionnel égyptien, le Restaurant
Naguib Mahfouz est une adresse très appréciée.
Au cœur de Khan el Khalili (tel: 3923821), on peu déguster un
large éventail de la gastronomie égyptienne et fumer une
chicha (mais pas boire d’alcool) dans un décor palatial arabe.
Géré par la chaîne Oberoi (qui possède le
Mena House), très chic. Abou'el Sid (157, avenue du 26
juillet, Zamalek, tel: 7359640, reservation indispensable) est
réputée pour sa mouloukhiyyé
à l'egyptienne (fameux plat gargantuesque à base d'une
plante verte du même nom, avec riz, poulet, oignons,
coriandre...) et sa fatté (autre plat non moins
pantagruélique avec pois chiches et lait caillé).
Décor baroque dans un apartement 1900, faune
intéressante et, contrairement au précédent, sert
de l'alcool. Arabesque (6, Kasr el Nil, tel: 5748677) est un
petit restaurant simple et agréable qui
sert des spécialités orientales ‘comme à la
maison’. Essayez aussi les mezzés du Sabaya,
restaurant libanais du Sémiramis Intercontinental, qui est plus
original que ce à quoi nous ont habitués les
chaînes
hôtelières. |
| Le Caire c’est aussi des restaus
branchés, comme le Bodega (26th of July Street, Zamalek)
l’endroit dont tout le monde parle et qui fait aussi galerie d’art.
Situé au 2eme étage d'un immeuble, c'est un resto
genre brasserie chic parisienne. On l’aura vite
compris, les gens n'y vont pas pour manger (la nourriture n'est
pas géniale) mais pour voir et être vus. Les
fresques
murales sont assez originales. Encore plus hype, le Flux (2,
rue
Jamhiyet el Nasr, Muhandissin, tel: 02 3386601), le nouveau temple de
la
fusion. Dans les assiettes, avec une kebbé au saumon ou un
immense
quartier de veau à la canelle et patates douces, dans un
décor, sobre et rouge avec des tableaux modernes. Remarquer le
plafond
très intéressant. Une adresse vivement recommandée
par Baron & Baron qui réconciliera avec le Caire tous ceux
qui croient qu’on y trouve que des usines pour touristes. |
| On peut aussi essayer les restaurants
sur des bateaux ancrés dans le Nil. Le Pacha 1901 (non
loin du Mariott, tel: 3406730) est le lieu de rendez-vous de la haute
société locale. Plusieurs restaurants servants diverses
spécialités, dont une cuisine française des plus
raffinées. Excellentes spécialités de poissons. Le
Blue Nile est aussi très à la mode,
mais on ne sait pas vraiment pourquoi. |
| Ceux qui cherchent à grignoter
sur le pouce autre chose qu’un falafel dans la rue ou un Mac Do iront
à la pâtisserie du Nile Hilton qui sert sandwiches et
viennoiseries à prix raisonnables. On peut également
manger un bout dans la plupart des endroits de la rubrique
suivante. |
| > BOIRE / DANSER |
| Le Caire regorge d’endroits typiques
pour fumer une chicha (narguilé). Grande concentration dans le
quartier de Khan el Khalili. On peut toujours espérer rencontrer
Naguib Mahfouz, grand habitué du minuscule mais
légendaire café Fichaoui (près de la
mosquée Saidha el Hussay, ouvert 24h/24). Ceux qui cherchent un
cadre plus élégant s’installeront dans le jardin du Mariott,
juste derrière le palais arabe, mais n’auront aucune chance d’y
rencontrer
Youssef Chahine. |
| Pour les fans de Oum Koulsoum, le Leila
Café est un bateau sur le Nil qui ne met que de la musique
de la diva. Des photos d'elles sont partout sur les murs. Toujours sur
les bords du fleuve, le Casino Kasr el Nil, ou se retrouvent,
en fin d'après midi, intellectuels et écrivains. Dans le
même quartier se trouve le fameux Café Riche, avec
les portraits de personnalités qui l’ont
fréquenté. L’endroit est toujours excellent,
contrairement à la Pâtisserie Groppi (Midan
Tal’at Harb) qui a beaucoup périclité , mais qui garde sa
belle façade. |
| Depuis les légendaires
danseuses du ventre qui ne dansent plus que pour les touristes
désœuvrés et les Arabes du golfe en quête de
fantasmes, la vie nocturne cairote jouit d’une sulfureuse
réputation. Ce ne sont pas les endroits pour faire la fête
qui manquent. Dans le genre bars et boites de nuit, il y a toujours du
nouveau. Il faut savoir que la soirée commence très tard
(à partir de 23h) et ne finit donc pas avant l’aube! Le Sangria
(casino el Shagara, corniche el Nil, en face de l‘Hôtel Conrad)
est un des endroits les plus branchés du Caire. Une terrasse
dominant le Nil, une faune d’habitués triés sur le volet,
on est entre le Bouddha Bar de Claude Challe et les parties de Goa.
S’il y a un endroit pour passer son jeudi soir, c’est bien celui-ci! !
La mode du 'lounging' a aussi gagné Le Caire: allez au Lounge
de la Bodega (157, 26 july str, Zamalek, tel: 7356761), c'est
simple, classe et agréable. |
| Le Absolute ne sert pas que de
la vodka mais aussi de la musique jazzy et une ambiance assez festive
en week end.Au Tabasco (8 Amman Square-Dokki, tel: 336-5583),
petit (décor rouge et or et immenses bougies) et toujours
bondé (surtout après 23h), beaucoup d’ambiance avec de la
musique jazz & blues. Le Deals (40A Baghdad Street, Qorba,
Heliopolis, tel: 291-0406) est un endroit sympa pour prendre un verre
après le boulot ou alors il faut y aller très tard (comme
partout ailleurs). Les grands buveurs apprécieront le Zinc
(derrière la Maison Thomas, off 26th of July
Street, Zamalek, tel: 340-9640) puisqu’ils pourront apporter leur
propre
bouteille d'alcool (oui, c'est autorisé!) pour une facture
raisonnable.
Sympa pour manger un bout, réservation nécessaire vu que
c'est
bondé après 23h. |
| > ECOUTER / VOIR |
| Même si Oum Koulsoum n’est plus
de ce monde depuis belle lurette, la scène cairote reste
brûlante. Les musiciens arabes plus ou moins connus se produisent
régulièrement dans les théâtres ou cabarets
de la capitale. Cette dernière est la seule du monde arabe
à se vanter d’un opéra. L’ancien
opéra du Caire qui avait péri dans les flammes il y a une
dizaine
d’années a été remplacé par un ensemble
ultra
moderne au cœur de Gezira. Programmation éclectique. L’orchestre
symphonique est encore très loin de ses homologues occidentaux. |
| Les danses du ventre ont fait la
gloire des nuits cairotes mais ne sont plus ce qu’elles étaient
du temps de la gloire de Samia Gamal. Cette légendaire
démonstration de sensualité est devenue un attrape
touristes de médiocre qualité qui se
joue dans les hôtels (très cher) ou dans des cabarets (mal
famé).
Mieux vaut chercher dans le mystique plutôt que dans
l’érotique.
Les Derviches tourneurs présentent un spectacle
fascinant et envoûtant. Dans le palais Ghouri, mercredi et samedi
à 21h. C’est gratuit et la troupe étant de très
grande
renommée, il y a foule au moins deux heures à l’avance! |
| Loulia
Damerji nous a recommandé Makan, 1 rue Saad Zaghloul -
el Dawaween - derriere Kasr el Eini pour les chansons arabes populaires
les mardis et du Zaar les mercredis. |
| > ACHETER |
| Des tarbouches et des tapis
kilims à Souk el Haraniya. En face de la mosquée Ibn
Tulun, Maryse et Ismail Borhan ont ouvert Khan Misr Tulun (tel:
3653327, du lundi au vendredi 10h00-17h00), un magasin d’artisanat
comme on les aime: Enorme choix de châles, vêtements
créés par Nagada, poupées et objets en bois,
livres, etc. Articles de belle qualité et de très bon
goût, on adore. Dans le même genre, il y a aussi Nomad
(14 Saraya al Gezira, tel: 7361917, tlj. 10h00-19h00, et au Nile
Hilton), avec de beaux textiles mais pas autant de choix. Dans ces
magasins sérieux, les prix sont affichés, ce qui
évite au client de perdre du temps en marchandages. Plein de
bonnes adresses dans le quartier chic de
Zamalek: citons Alef (14 rue Mohamed Anis), Caravanserail,
Bizarre Bazar. Les amateurs de livres devront se
consoler de la fermerture de l’Orientaliste. Reste, Livres de France,
rue Kasr el Nil, avec un bon choix de livres d’art, mais les prix sont
asssez élevés. |
| > LIRE |
GUIDES
L'excellent dossier Cités du Monde: Le
Caire de TV5 et Lonely Planet Destination Cairo. Concierge.com,
les bonnes adresses et les articles de Condé Nast Traveller. |
REPORTAGES & RÉCITS
|
Le Caire, Autrement Hors
Série. Le Caire, G.Ghitany, photos de D.Dailleux,
ed. Chêne, coll. Errances, un ballade urbaine avec de très
belles images captées sur le vif. Passages
du Caire, Eric Lang, Routard Mag, à travers les
décors baroques de la capitale égyptienne,
véritable
pays des merveilles, où des populations mélangées
fument des chichas dans des bars ouverts toute la nuit.
|
ART & ARCHITECTURE
Les éditions Citadelles & Mazenod viennent de
sortir un somptueux ouvrage collectif intitulé Le Caire.
A se faire offrir et a déguster pour la richesse
de l'iconographie et la pertinence des textes. |
| Le Caire, La cité des
morts, G.EL Kadi A. Bonnamy, 2001, Mardaga. Très
intéressant, voire magnifique. Dommage que les éditeurs
aient mis de vilains cernes noirs autour des photos... |
| Historic Cairo, A walk in the
Islamic City, Jim
Antoniu, American University of Cairo Press, 2000: un parcours
architectural joliment illustré. |
| Palais et maisons du Caire,
XIIIe-XVIe siècles, Jean-Claude Garcin, CNRS. |
| Les Oubliés du Caire,
RMN 1994, l'exposition du Musée d'Orsay qui fit découvrir
à l'occident les
chefs d'oeuvres du musée Mahmoud Khalil. |
| Glass
Steel and Stone, un sujet sur la mosquée de Muhamad Ali
Pasha. sites internet du Musée
Mahmoudd Khalil, site internet du Musée
Egyptien et de la Town House
Gallery |
URBANISME
Cairo: grand choix d'articles et immense banque
d'images sur Archnet.
Deciphering
Greater Cairo, Michael Sorkin, Architectural Record,
04-2001. Le Caire, regard de Jacques Windenberger, Urbanisme
Magazine, sept-oct 2001. Le Caire mise en place d'une
ville moderne -
1867-1907, Jean-Luc Arnaud, Sindbad-Actes Sud, 1998. |
PHOTO
Portraits du Caire, Van Leo, Armand, Alban, trois
portraitistes du Caire dans les années 40-60.
Conception: Akram Zaatari, Collection Fondation Arabe pour l'Image -
Editions Actes Sud, 1999 - Trilingue arménien-francais-arabe. |
|
|
|
La
plus
grande métropole du monde arabe et de l'Afrique est une ville
qui
accroche. Fascinante par son immensité grouillante,
hérissée de minarets et de dômes, tentaculaire par
ses quartiers qui, des bords du Nil, tentent de déborder sur le
désert, elle semble indéfinissable, incalculable,
indomptable. Pourtant, ce ne sont pas les points de repères ou landmarks
qui manquent.
-
la cité aux mille minarets -
En
venant de Héliopolis, après la Cité de Morts, se
dresse, sur la Citadelle, la Mosquée de Mohammad Ali.
Reconnaissable à sa coupole argentée, cette
mosquée
du milieu du XIXe siècle rappelle singulièrement et
volontairement
Aya Sofia et les mosquées de Sinan à Istanbul (et
ailleurs...). C’est la plus ottomane des mosquées d’Egypte. A
l'intérieur, remarquable salle à coupole, à
l'extérieur, les terrasses de la citadelle dispensent une
magnifique vue sur la ville, avec ses milliers de minarets. Et de
mosquées, il y en a. Probablement plus que n’importe ou ailleurs
sur la planète. Leurs architectures mais aussi leur
déploiement dans la ville reflètent l’importance de la
culture islamique implantée ici depuis plus de mille ans.
La
plus ancienne est la Mosquée Amr, située dans la vielle
Fustat, entre la Nécropole et le quartier Copte. Il ne doit pas
rester grand chose de l’établissement initial du VIIe
siècle, mais l’édifice conserve la structure initiale des
mosquées à salle hypostyle ouvrant sur une cour (comme
à Damas). On retrouve ce plan dans la Mosquée
En-Nasser Mohammed (située elle aussi dans la citadelle),
construite avec des matériaux de remploi d’édifices
romains et chrétiens. Bien plus complexe est
la Madrassa Sultan Hassan (place Salaheddine), un des
fleurons de l’art mamelouk du XIVe siècle. Rompant avec
l’horizontalité des modèles antérieurs, ce
bâtiment joue sur la hauteur dès sa porte d’entrée.
C’est presque gothique! La cour
centrale, carrée est flanquée de quatre iwans dont un
débouche sur la salle de prière. Cette magnifique chose
connaît depuis le début du XXe siècle un voisin qui
semble vouloir lui
ressembler; la Mosquée Rifaï, beaucoup moins
envoûtante,
mais que l’on visite pour les tombes de personnages illustres dont elle
est la dernière demeure: le roi Farouk, le Chah d’Iran [avis aux
nostalgiques].
Dans
le
quartier auquel elle a donné son nom, la Mosquée El
Azhar abrite, derrière sa succession de cours et de
minarets, une des plus hautes autorités de l’islam. Lieu de
culte, mais aussi et surtout nœud social, la mosquée n’est
pas simple lieu de prière, mais un ensemble d’institutions
sociales qui s’intègre dans des ensemble urbains regroupant
plusieurs types d’institutions, comme c’est le cas dans l’ensemble du Sultan
El Ghouri (début XVIe s).
-
les
souks -
On est
ici au cœur de la ville, non loin du célèbre Khan
el Khalili cher à Neguib Mahfouz. La ville
vit. Partout et tout le temps, comme dans le quartier de Bab Zuweyla,
une des dernières portes fortifiées de la ville,
flanquée de deux minarets. En entrant, à droite, belles
maisons à moucharabiehs. Plus loin, c’est Souq el Khayyameyya.
Cinq minutes à pied, une demi-heure en voiture. Mariette a
choisi (pour des raisons aussi mystérieuses que les
hiéroglyphes l’étaient au XVIIIes) la seconde option.
Souq el Khayyameyya est, comme son nom l’indique, là où
nichent les marchands et fabricants de tentes. Dans ce quartier plein
d’odeurs et de couleurs, des marchands ambulants de thé sont
postés à chaque coin de rue. C’est là aussi
qu’on trouve les deux dernières fabricants de tarbouches.
| "le tarbouche était un élément
unificateur. Même les étrangers qui vivaient en Egypte le
portaient. Tout ça c'est de la vieille histoire, aujourd'hui on
vit nu tête..." Robert Solé, propos recuillis lors
d'une intervention télévisée. |
Il
est, malheureusement, des traditions qui se perdent. Ralph et les deux
Baron n’ont pas pas dérogé à la tradition. En
cette belle fin d’après midi, ils étaient probablement
les trois seuls quidams arpentant les rues de la ville la tête
couverte d’un tarbouche...
-
la cité des morts -
Il
faut toutefois ressortir du centre de la ville pour y découvrir
une des spécificités les plus étonnantes.
Au-delà de la citadelle, formant une sorte de frontière,
un lieu de passage, s’étale, la ville des morts. Les
nécropoles du Caire sont immenses. Elles s’étalent sur
une dizaine de kilomètres. Elles font
sensation auprès des touristes du monde entier parce qu’elles ne
sont pas exclusivement habitées par des macchabées. Ici,
se
côtoient morts et vifs dans un univers qui semble
détaché du reste de la ville, dans l’espace et dans le
temps. Revient cet inévitable rapprochement avec la
prééminence du culte des morts dans l’Egypte Pharaonique.
L’autoroute qui traverse la Nécropole, reliant Le Caire à
Héliopolis présente une qualité de poste
d’observation et permet d’apprécier l’étendue de ce tissu
urbain hors du commun hérissé d’une multitude de coupoles
oblongues. Ces dernières distinguent les mausolées que
les dignitaires se sont fait ériger au cours des siècles.
Celui du Sultan Qaytbay (fin XVe s) est un des plus
célèbres. Il faut entrer à l’intérieur,
découvrir la magnifique salle à coupole. Le dôme
circulaire est posé sur un tambour octogonal lequel repose sur
la structure de plan carré. La décoration est des plus
raffinées. Un peu plus loin, Mariette a hésité
avant de nous emmener (malgré l’insistance de Baron & Baron)
au Khanqaq de Barqouq (début XVe s), un des plus grands
mausolées de la nécropole. Toujours des salles à
coupoles, mais, en plus une très grande cour admirablement
proportionnée. Un des grands chefs-d’œuvre de l’architecture
mamelouke.
-
le vieux caire -
Autre
ville dans la ville, autre voyage dans le temps, le Vieux Caire, ou le
quartier copte. Situé dans les murs de la ville antique, sur les
restes du Fort de Babylone, cet enclos est la ‘Jérusalem de
l’Afrique’, un lieu saint ou serait passé le Christ, et surtout,
le cœur de la
culture copte. La promenade à travers les ruelles calmes permet
de
découvrir un monde de ferveur et de piété, mais
aussi
un patrimoine exceptionnel. Dans le monastère copte de Saint
Georges,
la chapelle est un lieu hautement vénéré. On y
pénètre
à travers un vestibule aux plafonds très hauts (remarquer
les
différentes formes de fenêtres), puis on traverse une
gigantesque
et magnifique porte qui a peut être inspiré Alvaro Siza
pour
son église de Marco de Canavases. Un peu plus loin,
passée
la Haret Mar Girgis (rue St Georges) sur la droite, on s’enfonce dans l’Eglise
Saints Serge et Bacchus, la plus ancienne de la ville. Plan
basilical
avec une nef centrale et deux collatéraux. Douze colonnes de
remploi
soutiennent les arcs des travées. Elles toutes en marbre, sauf
une,
qui est en granit rouge très sombre. Chaque colonne serait une
allusion
à un apôtre, on devine donc ou est l’exception. Sur les
colonnes
et sur les linteaux en bois, des restes de peintures. L’église
conserve
une importante icône de 12 volets retraçant la vie et la
passion du Christ. Près du transept on accède à la
crypte,
quand celle-ci n’est pas inondée! Non loin de là se
trouve
l’Eglise Sainte Barbara, construite selon le même plan
général. Plus loin, près de la tour romaine, sur
l’ancienne forteresse,
on découvre avec effarement l’Eglise al Moallaqa
(suspendue), un des lieux les plus étranges qui soient. Une
façade XVIIIe précédée d’un escalier nous
mène dans une salle de plan basilical. Mais drôle de plan
basilical, avec 4 nefs de largeurs différentes. L’édifice
comptait, à l’origine 3 nefs, avant que la nef centrale ne soit
divisée en deux par une série de 3 colonnes! Sur le mur
de droite, une ouverture communique avec une
5eme nef elle-même flanquée d’un espace semi circulaire:
on
obtient 5 nefs et demi! Mais il n’y a pas que le plan
tarabiscoté
digne des gares de Harry Potter pour nous donner le tournis,
l’élévation n’est pas en reste puisque cette
église est littéralement
suspendue dans le vide, au-dessus de l’ancienne tour romaine. Par un
trou
dans le sol, on peut voir le vide!!! Cet espace complexe est
appelé
à être restauré. la tache ne sera pas facile. Au
cœur
du quartier se trouve aussi le Musée Copte, mais on remarque la
présence d’édifices religieux appartenant à
d’autres rites [d’où notre comparaison avec Jérusalem]:
Les grecs orthodoxes, avec le
Monastère Saint Georges, les grecs catholiques, avec
l’église
Saint Elie, et les juifs, avec la synagogue Ben Ezra,
témoin
somptueux de ce que fut la présence juive au Caire. La ville
compte
aujourd’hui 11 synagogues pour 167 juifs. Tous les autres sont partis
depuis
la révolution nassérienne...
-
au Palais Manyal -
Très
loin de là, dans l’espace et dans le temps, un des derniers
témoins d’une époque révolue, un ancien
régime balayé par la révolution
nassérienne. Le Palais Manyal (XIXe s) se tient en
périphérie de l’agitation urbaine, sur la Geziret el
Roda. Entourée de jardins luxuriants, cette demeure
princière un peu décrépie a conservé sa
décoration
pompeuse d’inspiration marocaine (!). Une partie du domaine a
été transformée en hôtel (géré
par le Club Méditerranée) mais on peut toujours visiter
le pavillon abritant la kitschissime salle d’audiences ainsi que la
mosquée (qui n’a rien de particulier surtout par rapport
à celles citées plus haut).
-
la
ville moderne -
Place
Talaat Harb / rue Kasr el Nil: La ville bouillonnante dans
toute sa splendeur. Les immeubles coloniaux, comme le Cosmopolitan
Hotel, la
Bourse, ou la façade en céramique art-déco de
Groppi. Les boutiques, comptoirs de compagnies aériennes, les
banques, les passants, les taxis, les marchands ambulants. Le
café Riche, avec sa
galerie de portraits. Et puis, la Place Tahrir, encore plus
grande, avec, entre le Nile Hilton et le Mac Do, l’immense Musée
Egyptien pourtant
trop à l’étroit. Enfin, la Corniche bordant le Nil, point
de
repère le plus important de la ville.
Les
bords du fleuve ont littéralement été envahis par
les immenses hôtels des grandes chaînes internationales.
Loin est le temps ou le Nile Hilton et le Helnan Shepheard's
étaient les
deux seules adresses en vue. Aujourd’hui chaque chaîne aligne
plusieurs
mastodontes rivalisant de prestations et offrant tout le confort
aseptisé
que recherche le voyageur en expédition dans des pays du tiers
monde.
Au delà de ce cliché inévitable, la ville
dite
moderne est beaucoup moins impersonnelle qu’elle n’y parait. Les
façades
fin de siècle offrent une promenade architecturale assez
variée, les rues larges et verdoyantes des quartiers chics de Gezira
et de Zamalek reflètent l’opulence d’une certaine
bourgeoisie cairote et peuvent être une promenade des plus
agréables. Au Sud de Gezira, un grand espace vert au centre
duquel se dresse la Tour du Caire abrite un ensemble
d’institutions culturelles: Le tout nouveau, mais ô combien
massif, Opéra du Caire, et le Musée d’Art
Moderne. Le Caire ville d’art? Eh oui, et pas que des
antiquités. Le Caire vit la création contemporaine. Les
galeries fleurissent
un peu partout dans la ville, elles nichent souvent à
l’étage, dans des immeubles, comme l’espace Karim Francis
(rue el Sherifein, Kasr el Nil, tel : 3916357) qui expose des artistes
novateurs comme Mohammed Tamam et Hanafi Mahmoud. La Town House
Gallery (rue Hussein el Me'Mar Pasha, près de Talaat Harb)
est une institution unique en son genre. Sur deux bâtiments
s’étend un espace dédié à la
création contemporaine arabe, avec des expos, des films et des
débats. Town House réalise des projets d’échange
[comme un centre culturel] et peut se vanter d’avoir lancé sur
la scène internationale de nouveaux talents comme Wael Shawki.
Shawki réalise des installations et de l’art vidéo
mettant en scène certains aspects de la culture
égyptienne, comme la transe des derviches...
-
le
Musée Egyptien* -
Probablement
l’attraction la plus populaire de la ville. Ne pas inclure sa visite
dans un parcours provoquerait des émeutes de la part des
voyageurs, y compris les plus dociles! Fondée par un
français, Auguste Mariette (tout rapprochement avec
l'auguste Mariette de notre voyage n’est que pure fiction), cette
vénérable institution tente, tant que bien, de
préserver et d’exposer l’art de l’Egypte Pharaonique. Les
collections sont d’une immensité légendaire, tant en
qualité, qu’en quantité. Faute de place, plus de la
moitié des pièces sont en réserve, ce qui
n’empêche pas les salles d’exposition d’être aussi
encombrées que la caverne d’Ali Baba. Inutile d’avoir l’ambition
de tout voir. Les visiteurs se précipitent en
général sur les pièces les plus
célèbres: le trésor de Toutankhamon et les
Momies (dont
celle de Ramsès II), ce qui fait l’affaire des
autorités qui ont imposé pour cette dernière
section un forfait supplémentaire! Dernier venu en la demeure,
le sarcophage d'Akhenaton, découvert en 1907 dans la
Vallée des Rois, disparu en 1931, avant de
réapparaître en Allemagne à la fin du XXe
siècle. Restitué à l'Egypte, il est exposé
au public depuis le 27-01-02.
| *Place Tahrir, tlj 9h-16h45. Un nouveau musée
près de Gizeh est en projet pour désengorger les
lieux. |
-
le
Musée d’Art Islamique* -
Un des
plus riches au monde, étape indispensable sur le parcours de
Baron & Baron. Le Musée permet de découvrir les arts
décoratifs du monde arabe et islamique, compléments
indispensables
de l’architecture omniprésente dans la ville. Dans les grandes
salles, près de l’entrée, sont suspendus des panneaux de
boiseries
sculptés et marquetés. Le gardien se proposera, moyennant
un pourboire, d’allumer les éclairages adéquats (dont on
pourrait se demander pourquoi ils ne fonctionnent pas en permanence!).
Au delà de ces éléments assez monumentaux, le
cheminement
permet de découvrir, de salle en salle, différents
aspects
de la culture islamique. De l’importance des sciences (traités
de médecine ou d’astronomie, astrolabes et autres instruments de
mesure et de navigation) à l’omniprésence de la religion
et des rituels auxquels elle est liée : lampes de
mosquées,
plats en céramiques ornés de calligraphies coufiques, et,
surtout, des corans sur toutes sortes de supports. Pièce
maîtresse
de la collection, une tunique en lin blanc couverte des textes saints
dans
leur intégralité (au bout des galeries). Le musée
est
un peu vétuste et s’apprête à fermer bientôt
(quand?)
pour des travaux de rénovation.
| *Midan Ahmed Maher, horaires à vérifier.
Petite cafette dans le jardin avec une mamma égyptienne à
l’appui pour vous servir. |
-
le
Musée Mahmoud Khalil* -
Est au
Caire ce que le Musée d’Orsay est à Paris, toutes
proportions gardées, bien sur. Cette somptueuse demeure est
l’écrin
d’une collection de peinture française, principalement
impressionniste, réunie dans les années 1930.
Contrairement aux autres musées du pays, on a mis le paquet pour
rénover les lieux, avec un système de
sécurité ultra moderne. Au rez de chaussée, des
salons d’apparat avec des objets décoratifs (vases, tapisseries,
etc.). Les deux étages supérieurs sont consacrés
à la peinture. On y accède par un escalier monumental ou
par un ascenseur retro. Sur les cimaises, on retiendra, entre autres,
un nombre assez considérable de toiles de Monet, dont
une Vue de Londres, et des Nymphéas, un immense
pastel de Degas, Sortie de Bain, une Leçon
de Piano de Toulouse Lautrec, des natures mortes dignes et
sobres de Fantin Latour. Il y a aussi des Delacroix, et
un curieux nu monochrome gris de Ingres, variante miniature de
sa Grande Odalisque du Louvre. La muséographie a
réservé, avec une scénographie assez
spectaculaire, une salle entière a chacune de ces deux oeuvres,
considérées comme fleurons
de la collection: un Bouquet de Fleurs de Van Gogh, et Le
Jour et la Nuit de Gauguin, composition allégorique
avec
une opposition de deux figures nues, une des ses plus belles toiles de
son
séjour à Pont Aven.
| *Avenue
de Gizeh, près du Cairo Sheraton, ouvert tlj sf lundi 10h-18h.
boutique librairie à l’entrée (fermée lors de
notre
passage). |
Le
Caire, ville des extrêmes. Architecturales, entres autres. Elle
en a vu de toutes les couleurs sous El Hakim, un des derniers caliphes
fatimides, qui la
fit incendier avant de disparaître, le 23 fevrier 1021, sans
laisser
de traces. On garde de lui la magnifique mosquée qui porte son
nom, dans le nord de la ville. Le remarquable minaret à
degrés
rappelle un peu celui de Kairouan et la grande porte est directement
inspirée de celles des mosquées fatimides de l'Afrique du
Nord. Bien plus ancienne, la Mosquée Ibn Tulun (IX e
siècle) est un modèle d’équilibre et
d’élégance. Sa cour à portique d’une grande
rigueur géométrique est centrée avec un pavillon
à coupole, mais elle reste célèbre pour son
extraordinaire minaret à degrés de plan carré pour
les niveaux inférieurs et circulaire pour le sommet avec un
escalier hélicoïdal, réminiscence des origines
irakiennes des Tulunides. La quadrature du cercle. Et l’ellipse alors?
Elle se trouve non loin de là, dans un quartier grouillant et
plein de surprises. Rue Sheikhou, ou il y a déjà le sabil
du Sultan Qaytbay, admirablement rénové, on s’engouffre
dans une ruelle et on tombe, en demandant son chemin aux passants, sur
le Mausolée Cheikh Hassan Saqada,
aménagé au XIXe siècle en théâtre
de derviches tourneurs. Le théâtre est un espace
elliptique, avec, au centre de la scène, un cercle de la taille
de la robe d’un derviche lorsqu’elle est déployée. Tout
dans les lieux, dont les fenêtres, reprend cette forme elliptique
qui correspond au concept d’infini auquel aspirent les derviches.
L’atmosphère qui s’en dégage à d’ailleurs quelque
chose de magique, de presque vertigineux, malgré les dimensions
relativement modestes. L’Institut italien du Caire s’occupe de
l’entretien et de la rénovation de cet endroit exceptionnel et
peu connu qui devrait, à terme, devenir un musée.
On
trouve aussi les plus folles extravagances, comme la maison du Baron
Empain, dans la banlieue chic de Héliopolis. Ce
personnage à la vie mouvementée se fit construire, dans
ce quartier dont il est à l’origine, une fantaisie orientale en
forme de temple hindou. Cette curiosité est aujourd’hui
inhabitée. Elle faillit même passer sous les bulldozers
mais fut heureusement sauvée. On ne
sait pas que deviendra une autre folie dont seule l’Égypte a le
secret, le Village Pharaonique du Dr Ragab, également en
banlieue. Ce parc d’attraction se veut une reconstitution de la vie
quotidienne
dans l’Egypte pharaonique et fera la joie des acheteurs de bimbeloterie
kitsch et des nostalgiques du Louxor de Las Vegas. Baron & Baron ne
sont pas prêts d’y mettre les pieds...
Autre
banlieue, autre registre. Pas pour les touristes, mais pour loger le
population qui n'en fini pas de croitre. October City est un
prolongement de la ville dans le désert. Des milliers
d’immeubles, de maisons, de luna park(!) qui constituent le défi
de l’Egypte d’aujourd’hui face à la nature et à sa
démographie galopante...
Le
Caire n’en fini pas de bouger...
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et Taline Mikaelian pour leurs bonnes adresses. >> CONTACTEZ NOUS |
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