| > ALLER / VENIR |
L’entrée à la
bibliothèque est payante et comporte plusieurs tarifs. Tarif
pour égyptiens, tarif pour étrangers. Au guichet, qui se
trouve dans la rue, préciser ce que l’on veut visiter (salle de
lecture, musées, expositions, etc.) car les prestations ont
différentes tarifications.
|
| > MANGER |
| Une
cafette gérée par la chaîne hôtelière
Hilton se trouve dans complexe de
la Bibliothèque, au 1er étage. Accès depuis
l’extérieur. Déco de style
bédouin qui ne va pas du tout avec l’architecture des lieux,
mais qui
s’en soucie! |
| > ACHETER |
| La
librairie-boutique vend des publications et des cédéroms
en différentes
langues qui ont tous en commun la lamentable qualité de
présentation.
On trouvera aussi ces affreux souvenirs pharaoniques qui vous hantent
depuis le Musée du Caire (statues en or, etc.) |
| > LIRE |
| Le site internet officiel http://www.bibalex.gov.eg/ est
aussi mal fichu que les publications citées plus haut. |
Vegetal and mineral memory: The future of
books, Umberto Eco, Al Alhram
Weekly, 20-20 nov. 2003, n. 665. Le texte d'une
conférence donnée par Eco dans la bibliothèque
d'Alexandrie à l'occasion de son inauguration. http://www.umbertoeco.com
|
Le
site de l'agence d'architecture SNØHETTA
comporte une brève description du projet et une importante
galerie de photos. http://www.snoarc.no/
|
La bibliothèque de tous les savoirs,
un document sur la bibliothèque dans l'antiquité. http://www.arte-tv.com
|
|
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|
Autel
du savoir universel, symbole de civilisation, édifice où
les livres, incunables, manuscrits, imprimés, cartes et
documents numérisés sont abrités,
conservés, classés et mis à la disposition du
public, la bibliothèque représente depuis toujours
l’image du prestige. Espace clos, réceptacle de collections, la
bibliothèque est, en tant que concept, intimement liée
à la ville où elle s’érige. Celle d’Alexandrie
n’en est pas une exception.
|

|
1.
Alexandrie,
bibliotheca Alexandrina, façade nord
|
Fondée
par le grand conquérant grec qui lui a donné son nom,
Alexandrie est devenue la capitale du royaume hellénisé
des Ptolémées, dont le rayonnement s’étendait, au
IIIe siècle av-JC, à toute la Méditerranée
Orientale. Bâtie sur les ruines de l’Egypte pharaoniques et sur
l’héritage de la Grèce de Périclès, la
culture de ce royaume incarne une curieuse fusion. C’est dans une
volonté de mettre en avant la richesse de leur héritage
que les Ptolémées vont attirer dans leur ville un nombre
considérable de savants et constituer un outil scientifique
inédit qui sera la première bibliothèque
d’Alexandrie. Que l’on ne se trompe pas, cette bibliothèque n’a
sans doute pas été une bibliothèque au sens
moderne du terme. Sa conception était sans doute plus proche de
celle d’un cabinet de curiosités ou étaient
amassés toutes sortes d’objets et de documents.
A l’instar de la tour construite sur l’île de Pharos, la
bibliothèque d’Alexandrie, jadis symbole de l’âge d’or de
la cité, finit par disparaitre dans les aléas de
l’histoire. Si la construction d’une bibliothèque est
associée à la gloire d’une cité, sa destruction et
le démantèlement de ses collections signe inexorablement
sa chute. Ainsi, Alexandrie déclinera avec l’invasion arabe, et
cela, au profit du Caire.
Alexandrie connaîtra un nouvel âge d’or à la fin du
XIXe siècle, avec la naissance d’une société
cosmopolite qui fréquentait salons de thé et club
sociaux, mais à laquelle la révolution nassérienne
mit fin en 1952. Depuis lors, la seconde ville d’Egypte somnole. Les
somptueux immeubles néo-gothiques de sa corniche se
dégradent de jour en jour, sans qu’aucune construction digne de
ce nom ne vienne s’ajouter à son paysage. Et puis soudain,
voilà qu’en 1990, un gigantesque disque en béton commence
à pointer face à la mer. C’est le chantier de la nouvelle
Bibliothèque - un défi de premier ordre. Mais
suffira-t-il à redonner son lustre à la ville
d’Alexandrie? |
|
2.
Alexandrie,
bibliotheca Alexandrina, façade sud, détail
|
C’est
par une volonté internationale que le projet de
réouverture de la bibliothèque voit le jour, après
une interruption de plus de mille ans. Un concours d’architecture
international, et c’est un cabinet norvégien, Snøhetta
(C.Dykers, C.Kapeller, K.Thorsen) qui remporte la palme; les travaux
furent achevés en 2002.
La bibliothèque est un édifice circulaire qui forme un
cylindre tronqué. Côté ville, la paroi
extérieure du cylindre fait face à l’Université.
Elle est recouverte d’un revêtement de pierre grise sur lequel
sont gravés des caractères glyphés et
signés de tous les alphabets du monde. Côté mer, la
façade circulaire tombe en pente raide jusque dans l’eau d’une
douve qui entoure l’édifice. Le disque que forme cette
façade est ajouré d’ouvertures qui assurent un
éclairage naturel à l’intérieur. Une rampe
rectiligne, malheureusement interdite au public, traverse
l’édifice au départ de l’université. Un buste
d’Alexandre Le Grand veille sur le lieu. |
|
3.
Alexandrie,
bibliotheca Alexandrina, salle de lecture
|
| Passé
le hall d’entrée, le visiteur découvre la salle de
lecture, enfoncée sous le cylindre. Elle est
éclairée par un système de claire voies provenant
du plafond et descend en escaliers. Cet espace vertigineux n’est pas
sans rappeler les Carceri d’Invenzione ou Prisons
d’Inventions, imaginés par Piranèse, architecte
graveur italien du XVIIIe siècle. Piranèse avait
imaginé les Prisons comme spéculation spatiale plus que
comme proposition concrète. A l’instar des projets utopistes
d’Etienne Louis Boullée, elles font partie d’un discours
révolutionnaire moderne, qui va largement influencer l’art du
XXe siècle: le cinéma (Metropolis de Fitz Lang, Le
Cinquième Element de Luc Besson), la bande
dessinée (Schuiten) et, bien sûr, l’architecture.
Rythmés
verticalement par une forêt de colonnes en béton, et
horizontalement par des étagères dont des tubes
fluorescents assurent l’éclairage, les rayons de livres ont une
allure très high tech. On pourrait presque se croire dans une
scène de Matrix. On pourrait, mais on ne s’y croit pas,
car les quelques usagers de la bibliothèque sont bien là
pour nous rappeler la triste réalité de l’Alexandrie du
XXI ième Siècle, avec ce qu’il en ressort du
désaccord entre l’architecture de l’édifice et son
emplacement.
|

|
| 4.
Alexandrie,
bibliotheca Alexandrina, salle
de lecture |
| C’est
bien là que se situe le problème:
Bien que l’investissement de cette bibliothèque soit colossal,
la moitié de ses rayonnages sont encore vides. On peut croire
que c’est parce que les collections sont encore en cours de
constitution. C’est en tout cas l’explication officielle. Il
n’empêche qu’il est permis de se poser des questions, notamment
celle de savoir quels sont les objectifs d’un tel édifice, et
à qui il s’adresse. A des chercheurs? Y en aurait t-il à
Alexandrie? Et sinon, pourquoi viendraient-ils jusque là? Est-ce
à l’adresse des étudiantes voilées qu’on peut
apercevoir sur les bancs, ou à celle des ces écoliers
qui, visiblement, utilisent l’infrastructure informatique mise à
disposition comme on utiliserait les services d’un simple café
internet? Est-ce à l’adresse de ces jeunes mères de
famille qui discutent entre elles autour de quelque recette de cuisine?
En somme, ce projet futuriste était-il une réponse aux
besoins réels et prioritaires de la ville – cette même
ville où nous n’avons pas vu une seule librairie, une seule
galerie d’art, ni un seul disquaire digne de ce nom? La
bibliothèque d’Alexandrie serait-elle donc le résultat
d’un simple geste politique? Un objet d’une séduction?
Serait-elle une simple attraction touristique pour une ville qui n’en
compte plus? Ou prétend-elle redonner sa gloire d’antant
à la ville d’Alexandrie, en y faisant renaître une
antiquité révolue? La réponse la plus probable et
la plus crédible est que ce projet occidental, co-financé
par la France et l’Unesco offre à l’Egypte l’occasion de
réactiver une scène intellectuelle, dans un monde arabe
en plein désarroi (1). |

|
5.
Alexandrie,
bibliotheca Alexandrina, exposition temporaire sur le thème de
la
caravate
|
| Réponse
totalement décalée dans le lieu et dans le temps, la
bibliothèque a au moins le mérite de poser un regard sur
l’Egypte d’aujourd’hui qui se cherche entre arabité et
modernité, islamisme et ouverture sur le monde. Une Egypte qui,
comme ses voisins arabes, ne s’est pas moralement remise de ses
défaites et humiliations des 150 dernières années
et qui cherche a redorer son blason. Si ce n’est pour la richesse de
son contenu, du moins pour les questions qu’elle suscite, la visite du
complexe reste un moment fort, et justifie à elle seule le
détour vers cette ville déchue de sa gloire, mais qui
demeure néanmoins passionnante. La bibliothèque comprend,
outre la salle de lecture, des espaces d’expositions permanentes et
temporaires. Ne pas manquer la section consacrée aux manuscrits
arabes. Des salles abritent également des antiquités
gréco-romaines provenant du musée éponyme
d’Alexandrie. |
(1) Au
sujet de cette situation de crise politique, sociale et morale que vit
le monde arabe, cf. Considérations
sur le malheur arabe, Samir Kassir, ed. Actes Sud / Sindbad,
2004, un ouvrage concis et d'une grande intelligence.
|
photos: Gregory Buchakjian (1-4),
Sary Tadros (5)
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