BARON & BARONEGYPTE > ABOU SIMBEL
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> ALLER / VENIR
Abou Simbel est à 270 km au sud d’Assouan. Il semble que la route du désert soit désormais accessible depuis cette ville, mieux vaut se renseigner avant le départ. Le moyen le plus rapide pour rejoindre le site est l’avion: Vol quotidien au départ du Caire, plusieurs vols depuis Assouan et Louxor. Le terminal est minuscule mais charmant, un vrai petit aérodrome de province. Pas de vols internationaux. A chaque arrivée de vol, un bus d’Egypt Air assure un service gratuit avec le Visitors Center ou se trouvent l’entrée du site et les accès aux navires.
Il y a deux manières de voir Abou Simbel: Il y a ceux qui arrivent en avion, visitent le site, et décollent deux heures plus tard, et ceux qui arrivent en avion et repartent en bateau (ou bien l’inverse). Inutile de dire que nous conseillons vivement cette dernière option: Abou Simbel est un lieu trop important pour être vu à la va vite, il a besoin d’être digéré.
Quant à savoir dans quelle sens faut-il faire la croisière, il y a deux écoles. La majorité dit qu’il faut la faire au départ d’Assouan, Abou Simbel étant une fin, la consécration étant l’arrivée sur les lieux. L’autre école défend qu’il faut descendre le Nil en respectant son cours, et d’achever son périple une ville (Assouan). A chacun ses opinions, mais nous avons quand même rencontré des puristes qui faisaient l’aller-retour en bateau! 9 navires assurent la liaison Abou Simbel - Assouan. Les deux meilleurs sont le Prince Abbas et l’Eugénie.
> DORMIR
Pour ceux qui veulent prendre le temps de visiter le site calmement sans profiter de la croisière du Lac Nasser, il y a un ou deux hôtels confortables mais sans excès de luxe à proximité du Visitors Center. Le Néfertari (tel: 324836, fax:2825919) semble une adresse assez correcte.
Pour l’hébergement à bord des navires, consultez notre page sur le Lac Nasser.
> MANGER / BOIRE
Attention, les possibilités de restauration sont pratiquement nulles sur le site et dans sa proximité. Aucun snack, aucune buvette, le désert! 
> ECOUTER / VOIR
Le Son et Lumière. Tous les soirs. Nous ne sommes pas spécialement adeptes de ce genre de spectacles où on nous abreuve ad nauseam de musiques grandiloquentes et vides à la Vangelis et de lasers tonitruants sur les vieilles pierres, mais à Abou Simbel, le Son et Lumière est à ne manquer sous aucun prétexte: 1) parce que vous n’avez rien de mieux à faire ce soir. 2) parce qu’on a la chance voir les temples dans l’obscurité totale – au clair de lune – avant que le spectacle ne commence, et ça, déjà, ça vaut de l’or. 3) parce que le spectacle en lui-même est un petit bijou. Une merveille, dirait-on sans exagérer. La musique enveloppe les lieux avec volupté, et les compositions projetées sur les façades font preuve d’une intelligence et d’une sensibilité hors pair. Cette production italienne a été lancée fin décembre 2001, c’est sans doute une des meilleures au monde en la matière!
En revanche, les animations et autres projections multimédia proposées dans le Visitors Center sont vraiment nulles. On aurait dit des screen saver pour Windows!
> ACHETER
pas grand chose.
> LIRE
La bibliographie abonde tant sur la description des temples et leur iconographie que sur les péripéties de leur sauvetage. On lira évidement Christine Desroches Noblecourt, grande spécialiste de la question avec "La Prestigieuse Fondation de Ramses II", in Le Secret des Temples de Nubie, Stock 1999, rééd. Livre de Poche 2001 ainsi que Ramses II, la véritable histoire, ed. Pygmalion 1996. Enfin, la fameuse égyptologue a aussi dirigé la réalisation d’un CD ROM, A la recherche de l’Egypte Eternelle [Ramses II].
Sur internet, on pourra consulter la page consacrée aux temples de Ramses par Glass Steel & Stone.
Abou Simbel. Un des sites les plus extrêmes du monde. C’est vrai que chez Baron & Baron, nous aimons les superlatifs et l’emphase, mais, dans le cas de ce lieu, rien n’est exagéré. Et pourtant, le site en lui-même n’est pas si grand que ça. Il est même de dimensions modestes face aux Pyramides de Gizeh ou au Temple de Karnak - véritable ville dans la ville. Et pourtant, Abou Simbel incarne, par excellence, le colossal. Les deux temples ont été bâtis par Ramses II –  le grand – à l’extrémité méridionale de l’Empire [270 km au sud d’Assouan, dernière ville d’Egypte] au cœur de la Nubie, pays lointain et étrange. Il suffit de voir l’emplacement d’Abou Simbel sur une carte géographique pour s’en rendre compte. Ramses II a voulu marquer l’espace par sa puissance, et, par ce geste, les limites de son territoire. 
Taillés dans une falaise de grès rose, les temples d’Abou Simbel sont construits sur la rive gauche du Nil, celle qui est réservée au monde de l’au-delà. Ce n’est pas pour autant un vrai temple funéraire – ou temple de million d’années – comme l’est le Ramesseum situé au cœur de la Nécropole thébaine. Les temples d’Abou Simbel sont un des plus grands projets de glorification personnelle, voire, de déification, jamais réalisés.

Le Grand Temple, ou temple de Ramses II, est le plus célèbre. Sa remarquable façade est composée de 4 effigies colossales (20 m de haut) du pharaon assis. L’image est unique. Ceux qui l’ont vue en arrivant à Abou Simbel en bateau, ou en quittant, à l’aube, l’auront gravée dans leur mémoire. Ramses s’est inspiré du temple funéraire d’Aménophis III gardé par les célèbres Colosses de Memnon (1). Il a développé le modèle de son prédécesseur, tant par la taille des colosses, que par leur nombre. Mais les 4 Ramses ne sont pas seuls. Au centre, le dieu Horus fait lui aussi face au soleil et garde la porte d’entrée. Aux pieds des colosses, les membres de la famille royale. A l’intérieur, une salle-cour, de forme allongée, avec 8 colosses de Ramses, cette fois debout. Sur les parois, des reliefs représentant la vie du pharaon, dont la célèbre Bataille de Qadesh. Cette salle-cour, la plus vaste du temple, précède la salle hypostyle sur les parois de laquelle sont représentées les processions de la barque sacrée. On atteint enfin le saint des saints, le sanctuaire, creusé dans le roc, avec 4 statues faisant face à la porte: Ptah, Amon, Ramses et Ré Horakhty. Les 4 gardiens de la barque sacrée. Le message du temple est on ne peut plus clair. Dans tous les registres, dans toutes les représentations, Ramses est assimilé aux dieux. Ramses est dieu. Et le miracle est là. Le temple est orienté face au soleil levant. Ce qui explique qu’il a été construit sur la rive occidentale. Tous les matins, il est baigné par la lumière, et, deux jours par an, le 20 février et le 20 octobre, la lumière du soleil pénètre à l’intérieur du temple, jusqu’au sanctuaire, caressant les figures des gardiens de la barque. Ou plutôt, 3 des 4 figures. Celle de Ptah, gardien des ténèbres, à l’extrême gauche, demeure dans l’obscurité. Il n’en faut pas plus pour s’extasier.
Le grand temple d’Abou Simbel n’est pas exceptionnel que la taille de ses colosses. Il l’est aussi pour sa situation, tant géographique - dans cet endroit éloigné, autrefois réservé aux voyageurs les plus aventureux - que spatiale - son orientation prouvant, une fois encore, le génie des architectes égyptiens et leurs connaissances en matière d’astronomie. Le Petit Temple est moins gigantesque que son prestigieux voisin, mais n’en est pas moins séduisant. Il est dédié à Néfertari, épouse de Ramses II. Sur la façade, six sculptures colossales représentent, en alternance, le grand roi et sa bien aimée. Si, dans le grand temple, Ramses était dieu – Osiris, en l’occurrence – ici, Néfertari est associé à Hathor, déesse de la fertilité. Ce temple est un des plus grands monuments réalisés par un souverain par amour à une femme. L’exemple le plus célèbre du genre étant le Taj Mahal à Agra (2). Les deux temples d’Abou Simbel offrent, par leur face à face, une dialectique féminin – masculin. Aux formes massives et à l’iconographie guerrière du temple de Ramses, répondent les lignes plus effilées et le thème de l’amour du temple de Néfertari. Les architectes du grand pharaon ont inventé de devenir sexuel de l’art. Le sexe de l’architecture.

Les temples d’Abou Simbel ont un peu sombré dans l’oubli, notamment à cause de leur éloignement du monde civilisé. Ils furent redécouverts au XIXe siècle, à demi ensablés, par des voyageurs téméraires qui, fiers de leurs exploits, y gravèrent leur nom. Les jambes de Ramses II et les cartouches hiéroglyphiques sont ainsi devenus des carnets d’autographes. L’histoire reprend le dessus au XXe siècle avec un autre homme qui a fait bouger l’histoire de l’Egypte: Gamal Abdel Nasser. Son projet de construction du Barrage d’Assouan et la campagne internationale mise en place par l’UNESCO pour la sauvegarde des monuments de Nubie furent à l’origine d’un des plus grands déménagements de l’histoire: Le déplacement des temples d’Abou Simbel. Démontés en 1042 blocs, ils furent reconstruits (3) en amont, adossés à une colline artificielle qui est en réalité une gigantesque voûte en béton (4). L’ouvrage, recouvert de pierres et de sable, est en lui-même une intervention architecturale hors pair. Qui plus est, il rappelle curieusement certaines ouvrages du Land Art qui lui sont contemporains. On pense à Michael Heitzer ou à Robert Morris, qui, intervenant dans des paysages vierges, se sont eux-mêmes inspiré des civilisations anciennes! Comme si l’histoire n’était que recommencement! 
(1) Le temple funéraire d’Aménophis III à Thèbes est gardé par deux statues colossales représentant le pharaon assis. Endommagées par un tremblement de terre en 27 av-JC, elles se rendirent célèbres par un phénomène étrange: Tous les matins, un des colosses chantait! L’historien voyageur Strabon, qui assista au phénomène, fut sceptique et cru à une machination pour épater les touristes. Ce chant matinal perdura toutefois tous les matins jusqu’à la restauration de la statue au IIIe siècle sous ordre de Septime Sévère. Le phénomène était sans doute du à une réaction de la pierre à la condensation de l’eau de la rosée matinale.
(2) consulter notre page sur Agra.
(3) les temples ont conservé leur orientation originelle. Ainsi, le phénomène de l’entrée de la lumière solaire les 20 février et 20 octobre a pu perdurer.
(4) espérons que le béton puisse durer aussi longtemps que la pierre des temples...
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