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> LES GENS
Le cas Pinochet
Jamais nous n’avions entendu aussi peu parler de l’auguste "senador vitalicio" (sénateur à vie) que pendant notre séjour au Chili. De discrets encarts dans les journaux chiliens relatent l’avancée des dossiers concernant le grand malade. Par contre, les mises en examen du "transandin" Carlos Menem font aussi couler beaucoup d’encre, rivalité avec les Argentins oblige. L’instigateur du Plan Condor (des milliers d’opposants politiques disparus mystérieusement) demeure un sujet tabou qu’il est risqué d’évoquer en public. Notre guide en plein désert de l’Atacama a vérifié par habitude qu’il était seul avant de nous confier combien il approuvait les poursuites contre ce "criminel". Trou de mémoire collectif en ce qui concerne la mort de Salvador Allende, le président élu disparu en 1973 le jour du coup d’état: une expo sur le 20eme siècle dans un centre culturel de Santiago évoquait le "suicide" d’Allende dans le tristement célèbre Palais de la Moneda. En ce moment, dans les librairies, on peut acheter un pamphlet virulent contre le juge Garzon, tombeur espagnol du général.
Les Chiliens
On a passé deux semaines au Chili, trop peu pour rencontrer autant de gens qu’en Argentine. De la Patagonie à l’Atacama, la population chilienne est plus indienne qu’on ne le pense sauf dans les grandes villes. Sinon, les Chiliens ont surtout des ancêtres européens (souvent allemands). Ils sont extrêmement accueillants dans les auberges, les restos, et il est facile de faire du stop par éxemple.
Pablo Neruda
Poète nobélisé, homme politique, diplomate en Asie et en France, militant communiste, Pablo Neruda était aussi un collectionneur farfelu. Il a laissé 3 maisons meublées au gré de ses envies et de ses manies (visites à ne pas rater) à Santiago, la Isla Negra et Valparaiso. Autant d’aspects de sa vie qui n’apparaissent pas dans le film Il Postino.
Les militaires: Soldat, la profession numero 1 au Chili
Le service militaire dure 2 ans, autant qu’en Syrie, en Turquie ou en Israël. Pendant ces 24 longs mois, les jeunes chiliens ont le temps d’étrenner des tenues de camouflage ingénieuses: bonnets à oreillettes fourrées pour la Patagonie en hiver, vestes rembourrées dans les tons gris, costumes marins très seyants a Valparaiso. L’uniforme des gardes des palais et monuments nationaux rappellent étrangement la garde-robe de la Wehrmacht. Choquant, mais ce sont les Allemands qui sont à l’origine de la formation des premiers militaires chiliens.
> MANGER
Cuisine très différente en fonction des régions, la cuisine chilienne est en général savoureuse. On l’a trouvée meilleure dans le Sud de la Patagonie ou on a mangé d’excellents poissons (cru, mariné ou grillé). Ah, le saumon grille de Puerto Natales! Il nous fera oublier à tout jamais le saumon d’élevage trop gras servi en France. Les viandes ne sont pas mal non plus. La présence allemande a laisse son empreinte dans les desserts. Les gâteaux s’appellent tous Kuchen, les forets-noires débordantes de chantilly côtoient les apfelstrudel tièdes.
NOS COUPS DE COEUR:
Les sushis de Kintaro, monjitas 460, à Santiago.
Le glacier Bravissimo, à l’angle de Avenida San Martin et de la 4 Norte à Vina del Mar.
El Cedro, resto d’inspiration libanaise, Prat 568, à La Serena.
Cafe Export (pour ses pâtes et son vin), à l’angle Toconas-Caracoles, San Pedro de Atacama. 
LES VINS ET AUTRES BREUVAGES
Impossible d’évoquer le Chili sans parler de son vin. Le Macul, le Concha y toro et le Santa Helena offrent des vins blancs liquoreux et des rouges fruités qui font que le vin chilien est vraiment l’un des meilleurs du monde, soutenant la comparaison avec les meilleurs vins français. Conquis par le vin chilien, on a voulu suivre des cours d’œnologie a Santiago. Flop total, l’école du vin avait fermé quelques mois avant notre arrivée. Au rayon alcool toujours, les Chiliens produisent du pisco comme leurs voisins péruviens. Cette sorte de grappa est servie en apéritif dans tous les restos sous le nom de Pisco Sour: du pisco, un blanc d’oeuf battu en neige, un peu de sucre et du jus de citron. Un cocktail rafraîchissant!
> DORMIR
NOS COUPS DE COEUR 
Casa Familiar Carraseo, Abtao 668, Valparaiso pour sa déco kitchissime et une vue imprenable sur le port. Essayez aussi l'Hostal Pilcomayo, Pilcomayo 491, Valparaíso.
Hospedaje El Mirador, Barros Arana 127, à Castro sur l’Ile de Chiloé pour ses chambres ressemblant à des cabines de bateau.
Casa Cecilia, Tomas Rogers 60, Puerto Natales. Un établissement helvétique aux petits déjeuners succulents.
> ALLER - VENIR
AGENCE DE VOYAGES: 
Cosmo Andino (pour ses balades), Caracoles, San Pedro de Atacama.
par Aline Betschart et Philippe Acar
Avec ses paysages tout aussi époustouflants qu’en Argentine, mais une ambiance plus authentique, le Chili nous a conquis facilement malgré quelques déboires climatiques. La Patagonie chilienne est plus belle que sa voisine argentine, l’Atacama, désert le plus aride du monde, mérite une longue visite et Santiago est vraiment une capitale attachante.
Itinéraire 
Sud de la Patagonie: Puerto Natales, Punta Arenas / Puerto Montt - Ile de Chiloe - Puerto Varas / Santiago / Valparaiso, Isla Negra, Viña del mar / La Serena / San Pedro de Atacama
- Sud de la Patagonie: Puerto Natales, Punta Arenas - 
On est seulement resté deux jours à cause du froid antarctique et de la neige. Le climat a eu raison de nos élans aventureux et on a du renoncer au Parc Torres del Paine, un des plus beaux parcs d’Amérique du Sud avec ses volcans et ses lacs bleutés. Le paradis du randonneur! Autre déception, le bateau qui relie Puerto Natales (un ravissant port de pêche) à Puerto Montt en 3 jours à travers les îles et les fjords patagons était en réparation depuis 2 mois. Il nous faudra revenir dans de meilleures conditions. On a quitté rapidement le Sud en avion pour aller à Puerto Montt plus au Nord.
- Puerto Montt - Ile de Chiloe - Puerto Varas - 
On a loué une voiture pour gagner l’Ile de Chiloé. Mélange d’Ecosse et de Suisse perdu au fin fond de l’Amérique Latine, Chiloé est habitée par des Indiens qui ont su conserver leurs particularités. L’habitat traditionnel est une maison de bois aux couleurs vives construite sur pilotis pour faire face aux fortes marées. Un bateau reste ancré en permanence au seuil de chaque "palafito". Les églises chiloennes méritent le déplacement. Elles sont en bois peint et ont un clocher central rappelant les monuments scandinaves. L’île n'est pas totalement idyllique puisque très pluvieuse, on en a fait l’expérience le deuxième jour. Les essuie-glace avaient bien du mal à évacuer les trombes d’eau. Après le ferry, on s’est rendu à Puerto Varas ou on a du renoncer à la visite des lacs pour cause d’intempéries.

- Santiago -
La capitale chilienne n’a pas la réputation de Buenos Aires. Elle peut paraître grise et austère et sa pollution peut devenir gênante. Malgré tout, on a beaucoup apprécié le parc Santa Lucia, aménagé sur une butte près du centre-ville. Le centre, livré aux piétons, est très vivant le jour: Palacio de la Moneda, marché central aux airs de pagode japonaise, vieilles demeures à colombages, gare centrale transformée en centre culturel et musée d’anthropologie bien mis en valeur. 

La nuit, c’est le quartier de Bellavista qui s’anime: cafés-concerts, petits restos, expos de peinture, projections de films. C’est la que vivent les artistes et ce n’est pas un hasard si Pablo Neruda y avait une de ses maisons.

- Valparaiso, Isla Negra, Viña del mar -
L’abord du port mythique de Valparaiso (ah les beaux reportages de "Thalassa" et de "Faut pas rêver"!) est pour le moins décevant. C’est gris, le port n’est pas très actif sauf si vous aimez les cuirassés et les bâtiments de guerre. Mais sous le soleil vu de notre chambre d’hôtel en haut des collines, Valparaiso se livre enfin. C’est un vrai jeu de se déplacer à bord des ascenseurs centenaires qui grimpent à flanc de collines. Un tourniquet, quelques piécettes à la gardienne revêche, et  c’est parti pour une montée très raide dans un funiculaire grinçant. Petit détail technique, les descentes sont moins chères que les montées.

Apres une traversée de la ville en bus, accrochés aux collines, on atteint la Sebastiana, deuxième demeure de Pablo Neruda. Donnant à 180 degrés sur l’océan, cette maison étroite mais très haute, a été meublée scrupuleusement par le poète. Chaque meuble, chaque objet de décoration ont une signification. Les nombreux lavabos permettaient à Neruda de se laver les mains après chaque séance d’écriture (il n’utilisait que de l’encre verte et se tachait beaucoup). L’une des pièces phares est le bar à cocktail, là où Neruda aimait composer des boissons détonantes pour ses amis. La porte de la salle de bains est en métal ajouré donnant sur un miroir déformant, sûrement le genre d’objet qui permettait à Neruda, obèse, d'oublier ses complexes.

Viña del mar est une station balnéaire classique pour Chiliens aisés uniquement. Pas très intéressante.

A Isla Negra, troisième demeure de Neruda, là où il a fini ses jours avec sa 3eme femme. Les Chiliens aiment raconter la vie amoureuse de Neruda. Ils disent qu’après une hollandaise et une argentine, il a enfin trouvé l’amour avec une chilienne... bien sur! La maison a été construite toute en longueur et de plain-pied, face à la mer toujours. Quelques jolies histoires: Neruda a installé dans une des pièces un cheval en papier mâché taille réelle et le jour de sa livraison, il a organisé une énorme fête. Chacun de ses amis, devait offrir un cadeau à l’animal. Personne ne s’étant concerté, le cheval s’est retrouvé avec 3 queues! Les toilettes réservées aux hommes sont tapissées de photos de femmes nues des années 20, le salon est rempli de figures de proue anciennes et le bureau de Neruda est une planche échouée sur la plage qu’il a transformée en écritoire.

- La Serena - 
Jolie ville coloniale du Nord, la Serena nous attirait surtout à cause de ses observatoires gigantesques. C’est dans cette partie du Chili au ciel très clair que sont installés les plus grands observatoires du monde. On a visité le Mamalluca. Géré par des amateurs, il est ouvert au public et gros avantage, après un exposé théorique passionnant sur l’univers, chacun peut observer les étoiles, la lune et Mars. Depuis, la Croix du Sud guide nos pas.

Balade sympathique: au fond d’une vallée désertique, entourée de champs de piments et de vigne à pisco, el valle del Encanto incroyablement fertile et luxuriante est remplie de pierres couvertes de dessins et de gravures rupestres. Des hommes en forme de cosmonautes et des motifs géométriques bizarres, dessinés il y a plus de 2000 ans.

- San Pedro de Atacama - 
Pour fuir la pluie qui nous poursuivait depuis Chiloé, on a posé nos sacs à dos dans l’Atacama, le désert le plus aride du monde. Cette fois-ci, le temps nous était enfin favorable. Le village de San Pedro, en adobe (mélange de boue et d’argile), est l’un des plus jolis que l’on ait vu. De nombreux étrangers et des santiagueños, mi baba cool, mi hippy, s’y sont installés et tiennent des hôtels, des restos et des agences de voyages.

A partir de San Pedro, on a fait deux excursions: la première nous a permis de longer des volcans enneigés culminant à 6500 m en plein désert, des lacs peuplés de flamants roses et de jouer les Indiana Jones en traversant à pied les rivières. La deuxième excursion est la plus populaire auprès des touristes: après un réveil à 3 h du matin, on embarque pour deux heures de routes caillouteuses jusqu’au plateau du Tatio, parsemé de geysers en pleine ébullition. A deux pas, il y a une piscine thermale mais la température extérieure (quelques degrés) décourage bien des volontaires à la baignade. Il faut venir ici à l’aube pour avoir la chance de voir les vapeurs fumantes et les jets diaboliques.

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