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> ALLER / VENIR
Rien de plus problématique en Bolivie que les déplacements. 4% des routes seulement sont asphaltées et le reste ressemble davantage à des sentiers caillouteux qu’à des nationales. Ajoutez là dessus les barrages des paysans mécontents et vous comprendrez que l’avion peut être une bonne option. 
"Y a-t-il un pilote dans l’avion?" 
Bonne idée, sauf si vous voyagez comme nous sur la TAM (Transport Aérien Militaire). Dotée d un emblème qui aurait pourtant du nous amener la puce à l’oreille: un pelican (bizarre dans un pays qui n’a pas accès à la mer), la TAM nous a gardés prisonniers pendant 8 heures nous faisant miroiter l’arrivée "prochaine" de son avion très légèrement en retard. Dans un hall d’aéroport aux allures de caserne militaire, on a pu conjuguer le verbe patienter à tous les temps. Quand enfin un gradé a déclaré que l’avion ne décollerait que le lendemain, la plupart des passagers sont rentrés dépités sur la Paz. Un peu échaudés, nous avons préféré réclamer le remboursement du billet et envisager un autre moyen de transport. Là, autre attente indéfinie pour récupérer notre argent: "seule l’agence centrale en ville est habilitée aux remboursements". Il a fallu aller dénicher un militaire bardé d’étoiles, caché dans un bureau feutré pour obtenir gain de cause. Aline se souviendra d’un quart d’heure angoissant, enfermée dans une petite pièce avec 4 militaires à la mine patibulaire qui manipulaient des liasses de billets sortis de leurs tiroirs secrets. 
Des bus pas "speed"...
Les bus boliviens, tout un poème. En général, en retard de 2 bonnes heures, les bus boliviens sont parfois programmés à des horaires de folie: minuit, 3 H du matin. Les réservations ne servent à rien et il n’est pas rare que deux passagers aient le même numéro de siège sur leurs billets. Nous avons même croisé des voyageurs avec des tickets 35 et 36 dans un car de 28 places! Comme le bus était complet, le chauffeur leur a proposé de venir s’installer dans la cabine! Vitesse de croisière: 30 km heure, vitesse de pointe: 40 km heure. Le voyage est bien long surtout quand on est debout. Certains ont du mal à le supporter, Philippe en a fait la triste expérience lorsqu’un petit garçon qui avait apparemment mal digéré son "pollo frito" lui a vomi dessus. 
... et "des trains pas comme les autres"
Palme d’or pour le train Santa Cruz - Quijarro à la frontière brésilienne. Souvent en retard, mais parfois en avance! On a rencontré sur le quai de la gare un couple de Tchèques désespérés qui étaient arrivés une demi-heure avant le départ officiel de l’"express". Trop tard, hélas, ce jour là, le train était parti une heure en avance! 
> LES GENS
"Un Indien dans la ville" 
Les villes coloniales boliviennes, parmi les plus belles du monde latino-américain, sont essentiellement indiennes. Il arrive encore qu’on y rencontre des personnes âgées ne parlant qu’aymara ou quechua et des enfants scolarisés jouent les interprètes. Les ‘indigènes' comme les appellent les blancs et les métis sont extrêmement discrets et résignés malgré leur sort difficile. Majoritaires, ils n’ont même pas une miette de pouvoir et presque pas d’accès à l’éducation ou à la santé. 
Pendant que les indiens vivent plutôt misérablement, les descendants d’Européens concentrés près de Santa Cruz à deux pas du Brésil se pavanent au volant de leurs somptueuses jeeps, arborant des vêtements griffés de marque italienne ou enregistrant leurs bagages Vuitton sur des vols Santa Cruz-Miami. Pas étonnant que Che Guevara ait passé autant de temps en Bolivie ou il a finalement trouve la mort. 
"Rencontre du 3eme type" 
Dans l’Orient bolivien (la région des missions jésuites), nous avons croisé de drôles de personnages: les mennonites. Proches des mormons, ils vivent dans des communautés rurales comme au 18eme siècle. Les femmes ressemblent à Laura Ingalls dans la "Petite maison dans la prairie" avec leurs collants de laine, leurs chapeaux étranges et leurs robes-tabliers fleuries. Les hommes sont un peu des images idéales du fermier: chapeau de paille, salopette noire et chemise immaculée. On les retrouve sur les marchés ou ils viennent vendre leurs récoltes. Etonnamment bien intégrés, ils passent avec facilité de leur dialecte allemand à l’espagnol accentué à la bolivienne. 
"Citizen Kane" 
Le pro du journalisme, c’était notre guide Freddy avec lequel nous avons parcouru le chemin pré-inca du Takesi. Pour arrondir un peu ses fins de mois, il écrit des articles pour le journal le plus vendu de Bolivie: "Extra". A "Extra", on ne pratique pas le journalisme d’investigation, mais le sensationnalisme. Il paraît qu on peut même en apprendre toutes les techniques dans l’école de journalisme de Lima. Freddy nous a raconté les fausses nouvelles sur les familles entières dévorées par des anacondas et l’histoire de la sirène du Titicaca. Les Indiens croient que les inondations sont provoquées par des sirènes, réfugiées au fond du lac. Il y a quelques années, alors que les pluies ravageaient le pays, la rédaction d Extra a lancé un scoop: une sirène venait d’être pêchée par des paysans dans le lac Titicaca. Ce jour là, le quotidien a fait le plus gros tirage de l’année. L'affaire a vite pris des proportions démesurées. Le siège du journal était assailli par des lecteurs désireux de rencontrer la sirène. Les journalistes ont fait croire que la créature était détenue par les militaires et là, même état de siège à la caserne! Habilement, il a fallu calmer le jeu et faire tomber le souffle, sans révéler que l’histoire de la femme poisson avait été inventée de toutes pièces. 
> MANGER
"L’aile ou la cuisse" 
On est tous des enfants gâtés face aux longues cartes de restaurants en Europe ou en Orient. En Bolivie, tout est plus simple: du poulet, toujours du poulet et pour que les clients n’hésitent pas entre plusieurs garnitures, on les leur sert toutes. En général, le plat type c’est du poulet à la plancha, en chicharron avec des frites, du riz et des tomates et un yuca (manioc) pour faire bonne mesure. Sur les marchés, on trouve de tout, des fruits, des fines herbes, des épices... Mais dans les assiettes des restaurants, RAS, calme plat. 
Heureusement, on a déniché des restos sympas à Sucre, La Paz et Cochabamba. 
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... la Bolivie: par Aline Betschart et Philippe Acar
La Bolivie ne se limite pas aux Andes. Il faut être prêt à partir à l’aventure et défier tous les obstacles - transports difficiles, froid, alimentation succincte - pour découvrir ses superbes forêts tropicales et ses villes coloniales. 
Itinéraire 
Potosi / Sucre / La Paz  - Takesi / Santa Cruz / Les missions jésuites 
- "Germinal" à Potosi -
A 4000 m d’altitude, Potosi est la ville la plus haute du monde. Construite près du Cerro Rico (la colline riche en minerais), Potosi était au 17eme siècle, la ville la plus peuplée de la planète. Des Espagnols s’y sont installés avec des esclaves ramenés d’Afrique et ont mis en coupe réglée la région obligeant tous les indiens à travailler dans les mines d’argent. De nos jours, Potosi est une cité provinciale à l’allure médiévale. On s’attend à tout moment à croiser dans ses ruelles des conquistadores à cheval. De superbes bâtiments d’époque ont été conservés: cathédrales, Casa de la Moneda ou transitait l’argent frappé aux armes du roi d’Espagne, et couvents. A notre avis, les plus beaux du continent. Notamment, le couvent Santa Teresa réservé aux jeunes aristocrates qui arrivaient avec leur dot (oeuvres d art, bijoux...) et trois servantes. On a eu très, très froid à Potosi. Le chauffage est inexistant dans la plupart des hôtels. 
Temps fort de notre séjour en Bolivie: le voyage au coeur des mines d’argent du Cerro Rico ou on a pu constater que les conditions de travail des mineurs étaient moyenâgeuses. Leur espérance de vie ne dépasse pas les 45 ans à cause des gaz toxiques qu’ils respirent 8 heures par jour. Le seul changement depuis la colonisation, c’est leur liberté. Equipés de casques et de bottes, nous avons rampé dans des galeries étroites et sombres pendant 3 heures. Claustrophobes, s’abstenir! Comme le veut la tradition, on a offert des bâtons de dynamite et des sodas frais aux mineurs et nous avons assiste à l’explosion d’une paroi ou se trouvait une veine d argent. 

- "Jurassic Park" à Sucre -
Sucre n’est qu’à quelques heures de Potosi et pourtant les deux villes sont aux antipodes l’une de l’autre. Sucre est plus facile à vivre, son climat y est agréable. La journée, on peut flâner entre ses bâtiments coloniaux blancs et le soir, rien de mieux qu’un verre sur les hauteurs de la ville près du couvent de la Recoleta

A quelques kilomètres de Sucre, nous avons visité un site hors du commun. Il y a quelques années, dans une carrière a ciment, des ouvriers ont remarqué des traces de pas sur des murs à la verticale. Des scientifiques venus sur place se sont vite rendu compte qu’il s’agissait d’empreintes de dinosaures. On regarde ces traces comme un immense tableau en suivant la trajectoire de carnivores et d’herbivores de toutes les tailles. Par contre, visite décevante du palais de la Glorieta, un superbe édifice laissé à l’abandon sur un terrain devenu propriété de l’armée. 
 
 
 
- La Paz - 
C’était notre deuxième visite à la Paz ou nous avions déjà passé quelques jours il y a trois ans en venant du lac Titicaca. Située sur un site exceptionnel, un profond canyon encaissé à 3500 m d’altitude, la Paz est la capitale "officieuse" la plus haute du monde. Les quartiers pauvres et l’aéroport sont sur les terrains gelés de l’Altiplano et plus on descend, plus la ville est prospère. Pendant une journée, on a organisé péniblement un trek de 3 jours dans les Yungas, zone sub-tropicale sur l’autre versant des Andes. 
- "les randonneurs" au Takesi -
Le Takesi est un chemin de pierre pré-inca qui ressemble à une voie romaine presque entièrement pavée. En trois jours de marche, on parcourt 45 km au milieu de paysages très varies. On a commencé à 4000 m pour ensuite passer un col à 4600 mètres. Pour la première fois, nous avons eu la chance de croiser un condor survolant les Andes. Ensuite, descente entrecoupée de quelques petites montées dans une vallée verdoyante et fleurie avec des haltes près de lacs et de cascades. Le dernier jour, on atteint les yungas avec leurs champs de bananes, de coca et des mines désaffectées. Ce trek nous a beaucoup plu même si les emplacements de camping sont parfois un peu sales. Ceci dit, la Bolivie est vraiment un pays propice aux treks et à l’alpinisme. Anecdote, à la fin du Takesi, quand on redescend en bus vers la Paz, on passe devant un château bavarois. C’est la que s’était réfugié le tristement célèbre Klaus Barbie pour échapper à la justice. 
- "Mission impossible" chez les jésuites -
Après un atterrissage à Santa Cruz, dont l’unique point d’intérêt est la place centrale peuplée de paresseux (on parle des animaux, bien sur) se déplaçant d’un arbre à l’autre, nous avons entrepris le tour des missions jésuites. Beaucoup de transport et d’attente, mais cela valait vraiment la peine. Entre San Javier et San Jose de Chiquitos, les jésuites ont édifié au 18eme siècle sept lieux de culte perdus dans la jungle. Martin Schmidt, un prêtre suisse, venu évangéliser la région y a enseigné la musique et a dessiné les plans des églises en bois peint, construites et décorées par les indiens. Nos coups de cœur sont San Javier, la plus sobre, Concepcion, multicolore, et San Jose en pierre ocre. Un architecte suisse les a restaurées il y a quelques années grâce aux aides de l’Unesco. 

De San Jose, nous avons pris "el tren de la muerte" jusqu à Quijarro, à la frontière du Brésil, notre dernière étape.

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